vendredi 17 février 2017

De Toutânkhamon aux pyramides

Toutânkhamon
Après l’assemblée de la province ILA Trinity à Beyrouth, l’étape suivante, toujours au Moyen Orient, a été l’Égypte pour six jours bien remplis.

J’ai été accueilli à l’aéroport par Amgad, vice-coordinateur international pour les 6 provinces de cette région, et sa famille : Mary sa femme, Edward et Rita, leurs deux enfants de sept et deux ans. C’est une période de vacances en Égypte et j’ai eu le plaisir de les accompagner pour une découverte du Caire. Ils habitent à Mansoura, à deux heures de voiture à l’intérieur du delta du Nil et n’ont pas très souvent l’occasion de venir dans cette ville immense où la circulation est assez surprenante. Le même trajet peut prendre 45 minutes ou deux heures selon les embouteillages, les lignes blanches sont là pour faire joli et les piétons traversent quand et où ils ont envie de passer de l’autre côté ! Nous avons effectué un grand voyage dans le temps pour aller visiter le Village Pharaonique : on y découvre une impeccable reproduction de la vie dans l'Égypte antique. Ce voyage à l'époque des pharaons est rendu très vivant par des acteurs et des reproductions de bâtiments (y compris la tombe de Toutânkhamon), de vêtements et des modes de vie de l'Egypte antique. Ce fut un excellent rappel des cours d’histoire que j’avais suivis il y a bien longtemps.
L'équipe du carnet de route
Le soir, après avoir récupéré Corinne Chatain qui arrivait de Paris, nous avons rejoint le quartier de Muqattam qui domine la ville du Caire. C’est là, chez les petites sœurs de Jésus que nous avons retrouvé l’équipe du futur carnet de route : Abouna Adel, Maged, Rami, Aïssa et Bernadette, la fondatrice de Foi et Lumière en Égypte. Pendant deux jours, nous avons bien travaillé pour construire la trame de ce document qui va accompagner les communautés du monde entier pendant une année. Le thème qui avait été retenu est la prière de Foi et Lumière et nous serons abreuvés chaque mois par les eaux du Nil, ce grand fleuve sans lequel il n’y aurait pas de vie dans le pays ; dans la liturgie copte, il y a une très belle prière aux eaux du Nil qui sera reprise dans le carnet de route.
Atelier de tissage
Nous avons bénéficié de l’environnement des trois petites sœurs de Jésus, de leurs prières, et, accompagnés par la petite sœur Odile, nous avons pu accompagner la petite sœur Magda dans le quartier voisin des chiffonniers du Caire, là où sœur Emmanuelle a vécu au milieu de la plus grande communauté de zabbalines (chiffonniers) du Caire. C’est là qu’elle passe ses journées auprès d’enfants dans une école et de femmes dans les ateliers. Très impressionnant, surtout quand on sait que c’est là que travaille le responsable de la communauté Foi et Lumière locale, "les Frères de Jésus" que, malheureusement, nous n’avons pas pu rencontrer. Nous avons pu visiter des ateliers de tissage, d’artisanat avec des matériels de récupération (papier, capsules de café, capsules de canettes…).
Chez les chiffonniers du Caire
Du Caire, nous avons pris le train pour rejoindre Minya, à plus de quatre heures vers le sud. La province Egypte Centre nous y attendait pour leur fête de la lumière, une super fête avec plus de 600 participants. Pour un reportage plus détaillé, lisez le numéro 216 d’Ombres et Lumières, vous y verrez combien les Égyptiens de Minya sont accueillants et chaleureux !
Au retour au Caire, il restait encore un peu de temps avant de reprendre l’avion du retour et nous avons eu la chance de pouvoir visiter le site le plus fameux qui existe sur terre, car c’est là que se trouve la seule des sept merveilles du monde encore visible aujourd’hui…. les pyramides ! Toujours avec Amgad et Mary, mais sans leurs enfants, je me suis retrouvé avec une âme d’enfant, les yeux tout écarquillés, pour admirer ces somptueuses réalisations, de haut desquelles plus de quarante-deux siècles nous contemplent ! Pour jouer le jeu jusqu’au bout, il fallait bien monter sur un chameau… ce qui fut fait ! Le retour à l’aéroport nous permit de prendre un avion dont l’heure de décollage était 1h35 du matin ; la nuit fut courte pour une arrivée à 5h…
L'album photo
Au pied de la pyramide de Khéops


mercredi 8 février 2017

Coup de foudre au Liban

Le couvent Notre-Dame du Puits
C’est rare de voir la foudre tomber sur un avion quand on est à l’intérieur ; c’est comme une grosse vague blanche qui recouvre l’avion du haut vers le bas, un petit bruit sec, et puis rien… C’est à la fois impressionnant et insignifiant, merci M. Faraday ! C’est ce qui m’est arrivé avant l’atterrissage à Beyrouth fin janvier, alors que je me rendais au Liban pour l’assemblée de la province ILA Trinity. C’est peut-être l’Esprit Saint qui me souhaitait ainsi la bienvenue ?
Pendant deux jours, nous nous sommes retrouvés dans le couvent Notre-Dame du Puits, au-dessus du port de Beyrouth, avec les communautés libanaises de la province ; malheureusement, la communauté d’Iran n’était pas présente et les délégués d’Arménie qui avaient pu faire leur première étape jusqu’à Moscou (le trajet le plus commode pour venir d’Arménie au Liban !) ont raté leur correspondance et ont dû faire demi-tour…
Pendant une journée, ce furent des réflexions sur le thème qui avait été choisi pour cette assemblée, "nous voulons te dire oui". Une phrase extraite de la prière de Foi et Lumière, ça m’a paru un bon choix alors que nous allions la semaine suivante préparer le carnet de route de l’année prochaine sur ce thème. Pendant le temps en groupes de partage, j’ai pu aller visiter le lieu de la rencontre internationale de 2018, Notre-Dame du Mont. C’est un très beau site avec une vue exceptionnelle sur Beyrouth et la baie de Jounieh et il y a des installations très modernes avec un très bel amphithéâtre, de nombreuses salles pour les ateliers et groupes de partage, une grande chapelle… Je suis sûr que les délégués s’y sentiront très bien ; même en été où il peut faire chaud au Liban, les températures sont moins élevées dans les hauteurs et il y a de l’air.
Le dimanche, ce fut l’assemblée provinciale proprement dite avec le choix des priorités et le discernement de celui ou celle qui allait remplacer Antoine Abboud pour accompagner la province pendant les quatre prochaines années. Ce temps fut introduit par une vidéo où tous les anciens responsables du pays ou de la province ont pu dire comment ce oui donné avait changé leur vie, depuis tante Denise jusqu’à Antoine, que des très beaux et émouvants témoignages.
Antoine et Antoinette 
Monseigneur Michel Aoun
Ce fut Antoinette Makhoul qui a été choisie pour ce service, et comme d’habitude, tous sont venus remercier la remercier pour avoir accepté : elle a tout de suite revêtu le tablier que lui a transmis Antoine. Il restait encore à choisir ceux qui allaient accompagner les communautés en tant que vice-coordinateurs et désigner le comité de nomination provincial. Et l’assemblée s’est terminée par une messe célébrée par Monseigneur Michel Aoun, le délégué de l’Église catholique pour Foi et Lumière. La chapelle du couvent Notre-Dame du Puits est superbement décorée par des mosaïques du père Mario Rupnik (qui avait illustré le carnet de route de l’année 2014-2015). Derrière Monseigneur Michel Aoun, il y avait la mosaïque de la Samaritaine et l’Évangile du jour était… la Samaritaine ! J’ai pu m’entretenir avec lui quelques instants après la messe pour lui donner quelques nouvelles du mouvement et lui demander s’il pourrait accueillir une rencontre des délégués des Églises dans son évêché, ce qu’il a accepté bien volontiers.

La nouvelle équipe provinciale
Et dès le lendemain, il me fallait repartir vers le Caire. Ce furent deux jours bien remplis et je suis toujours très touché de l’accueil que peuvent nous réserver les Libanais… Merci à Michat pour la première soirée à Beyrouth, merci à Antoinette pour avoir dit oui, merci à Antoine pour ce qu’il a fait pendant ces quatre dernières années, merci à tous pour leur gentillesse et leur amitié à mon égard ! J’ai vraiment eu le coup de foudre pour le Liban !




mercredi 11 janvier 2017

La vie d'Anahit auprès des pauvres et des vulnérables

Anahit Mkhoyan est une amie arménienne. C'est elle qui a été à l'origine de Foi et Lumière dans son pays en 1999 ; elle a été la correspondante pour les communautés de son pays jusqu'en 2013 où elle a, avec beaucoup de sagesse, laissé la main à Armen Martyrosian qui est alors devenu vice-coordinateur provincial pour ILA Trinity (Liban NO, Iran, Arménie).
Anahit a publié son témoignage sur le site de CNEWA, une agence papale pour l'aide humanitaire et pastorale qui m'a beaucoup touché. Elle y raconte beaucoup de choses personnelles sur sa vie, son engagement auprès des personnes handicapées, son travail pour Caritas et sa rencontre avec le pape François. Merci Anahit !


Anahit Mkhoyan
J’avais tout juste 15 ans quand j’ai croisé pour la première fois des religieuses. Elles étaient venues dans le village d’Arevik, dans le nord de l’Arménie, où j’habitais avec mes parents. J’ai demandé à ma mère “Pourquoi sont-elles habillées ainsi ?”
Pour pouvoir répondre à ma question, elle a dû remonter dans l’histoire de notre pays. Pour un enfant du monde soviétique qui voyait en permanence de la propagande athée sur les murs des couloirs de l’école, juste à la bonne hauteur pour attirer l’attention des élèves, c’était difficile de comprendre qui étaient ces sœurs et pourquoi elles avaient choisi une vie aussi difficile. Néanmoins, ma mère a donné du sens à tout cela, petit à petit, et à bien d’autres choses ; par exemple, pourquoi les gens de notre village étaient appelés “Franks” – un surnom pour les Arméniens catholiques, qui faisait référence à l’influence des missionnaires français il y a quelques centaines d’années.
C’est ainsi qu’a débuté mon long voyage avec mon Église. Peu après, un prêtre a commencé à célébrer la messe dans l’église de notre village, le plus vieux sanctuaire de l’Arménie. J’ai rejoint la chorale et j’ai suivi les activités, les formations et les camps organisés par les sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception de notre village.
En 1994, alors que j’étais encore étudiante, j’ai commencé à travailler comme secrétaire pour l’archevêché de l’Église catholique arménienne. Mon père spirituel, l’archevêque Neshan Karakeheyan, qui à l’époque était le vicaire général pour les catholiques en Arménie, fut l’un de ceux qui ont beaucoup investi pour mon développement personnel, spirituel et professionnel.
En 1998, j’ai eu l’occasion de me familiariser avec les travaux des sœurs missionnaires de la charité de Mère Teresa. Elles travaillaient dans une ville appelée Spitak qui souffrait encore des dégâts du terrible tremblement de terre de décembre 1988. Elles y géraient une maison pour les enfants et les adultes ayant différentes sortes de handicap. Après avoir été au service de ces personnes dans cette maison pendant quelque temps, j’ai eu l’inspiration de créer un groupe de bénévoles pour travailler avec les personnes ayant un handicap.
Quand j’ai partagé cette idée folle avec mon père spirituel, il m’a parlé de Foi et Lumière, un mouvement chrétien multiconfessionnel qui assistait les personnes ayant un handicap mental et leurs familles. Ils étaient étonnants dans leur vocation et leur vie de communauté. Aussi, en 1999 nous avons démarré la première communauté Foi et Lumière dans l’Église catholique de Gyumri, la deuxième plus grande ville d’Arménie. Aujourd’hui, il y a trois communautés avec plus de 80 personnes engagées, et je suis toujours bénévole avec elles.
Cette même année, je me suis mariée, et j’ai découvert la grâce d’avoir une famille. J’ai trois filles et un mari aussi merveilleux que sa mère, ils m’ont vraiment aidé pour gérer cette belle famille et mes nombreuses activités.
En 2002, après avoir travaillé pendant 8 ans pour l’Église, j’ai décidé de changer d’activité professionnelle. Juste à ce moment-là, Caritas Armenia recherchait un responsable pour un projet centré sur les violences domestiques – un sujet pas bien compris alors en Arménie, ni même par moi. J’ai mené des recherches et défini une méthodologie qui fut utilisée plus tard pour aider les femmes et les enfants victimes de violences à Gyumri.
Pour moi, ce travail avec les œuvres de charité de l’Église était symbolique. Je travaillais dans l’Église et je participais à la création d’une constitution et d’intitulés de mission et de valeurs avec les dirigeants de l’Église arménienne dans le Caucase, l’archevêque Nerses Der Nerserian ; son vicaire général, à l’époque Monseigneur Neshan Karakeheyan ; et Zevart Nanaryan du Secours catrholique au Liban, qui nous a rejoints comme consultant. J’ai adoré cette mission et j’ai admiré le travail que cette organisation réalisait pour ceux qui étaient pauvres et vulnérables.
Dix ans plus tard, après avoir démarré le plus grand projet de Caritas Arménie à ce jour – la construction du centre d’accueil des personnes handicapées, la structure la plus grande et la plus moderne pour les personnes handicapées en Arménie – j’ai décidé de prendre du large ; nous, avec nos capacités humaines, avons besoin de pauses, même pour ce que nous aimons. Le changement nous aide à évaluer et à comprendre plus clairement ce qui nous est cher, ce que nous mettons en haut de nos priorités et ce que nous faisons juste parce que cela fait partie de la routine de la vie.
Avec ma famille, nous avons déménagé à Erevan, la capitale de l’Arménie, où j’ai travaillé pour un organisme de développement séculier. Mais au bout de deux ans, même si ma carrière évoluait vers un rôle de consultant concentré sur le développement organisationnel et la sensibilité culturelle, mon cœur était resté auprès de Caritas.
Alors que je me mettais en contact avec Caritas International – l’organisme central qui rassemble toutes les Caritas – j’ai reçu un appel de mon archevêque, Monseigneur Rafael Minassian : Caritas Georgie, dont il était le président, recherchait un directeur. C’était fin 2015, et j’ai eu beaucoup de mal à prendre une décision. D’abord, c’était bien court depuis notre déménagement, et il fallait repartir vers une autre culture et une autre réalité : même si l’Arménie et la Géorgie sont de pays voisins, les deux cultures et les deux peuples sont très différents l’un de l‘autre. Ensuite, même si j’avais déjà travaillé avec des personnes de cultures différentes, être responsable au quotidien d’une organisation sans connaître la langue de ceux qui y travaillent me faisait peur. Mais il fallait prendre la décision d’accepter ou de refuser comme s’il s’agissait d’un défi – ou un don -venant de Dieu, de travailler à nouveau avec l’Église et cette organisation que j’aime tant.
J’ai accepté le défi. Cela voulait dire qu’il fallait encore déménager et, à 41 ans, commencer à apprendre une nouvelle langue. Et me voici !
J’ai compris que le changement est une des composantes les plus importantes dans notre vie. Cela nous aide à rester humbles sur le chemin de l’apprentissage, cela nous enrichit dans nos connaissances et cela nous rend tolérants parce que nous voyons que les choses peuvent devenir très vite bonnes ou mauvaises de différentes manières.
La visite du pape François à Tbilisi
Un des moments les plus stimulants pour moi fut de rencontrer le pape François au cours de sa visite pastorale en Géorgie cette année. Les organisateurs du voyage ont demandé que je sois avec le Père Camillien Pawel Dyl pour accueillir le pape à une rencontre avec les organismes de charité de Tbilisi. Alors que j’attendais son arrivée, j’essayais très fort de garder mon calme. J’étais la seule femme au milieu de membres du clergé. J’étais partagée entre la fierté et la peur jusqu’au moment où il est sorti de sa voiture. Son apparence si humble et son sourire si sincère ont tout changé en un instant – un des moments les plus remarquables de ma vie.
Alors que je marchais à ses côtés pour l’accompagner jusqu’à son fauteuil, un sentiment de fierté m’a envahie, mais c’était de la fierté pour lui. J’étais si fière qu’il soit notre guide spirituel. Il était tellement attentionné en accueillant et en parlant aux uns et aux autres, si humble et si humain. Il est un bon exemple de la manière dont nous, les responsables d’organismes caritatifs, devons travailler et ressentir notre travail : humbles dans nos activités et sincères dans nos relations.

Je reconnais une chose que je n’oublierai jamais : quand Dieu nous propose quelque chose, nous devons l’accepter avec tous les défis qui vont avec. Il sera toujours là si nous continuons à marcher avec lui et, de temps en temps, Il nous donnera la force pour nous remonter le moral et pour continuer le chemin.

lundi 9 janvier 2017

Nouvelle formule magique !

Le nouveau "Ombres et Lumière" est arrivé !
Ombres et Lumière a changé de formule avec le numéro de janvier 2017. Le souci de l’équipe de rédaction n’a pas été de changer de fond en comble cette belle revue que de nombreux membres de Foi et Lumière connaissent bien. Il est plutôt de renforcer le soutien qu’elle apporte aux familles et aux personnes handicapées :
-          en continuant à apporter du lien, à créer un tissu de relations à travers ce média,
-          en essayant de toucher de nouveaux lecteurs pour leur faire découvrir combien la fragilité de chacun d’entre nous, ceux – nos amis ayant un handicap - pour qui il est difficile de la cacher, mais aussi nous tous qui avons au plus profond de nous une blessure, une faiblesse.
La revue demeure profondément attachée aux valeurs chrétiennes que Marie-Hélène Mathieu lui avait donnée à sa création en 1968, et elle se donne trois grandes missions qui apparaissent en haut de la “une” : partager nos fragilités, soutenir les familles, transmettre l’Espérance.
Pour présenter cette nouvelle formule (une formule magique ?), une conférence de presse a été organisée dans un lieu très “spécial”, dans l’obscurité totale, au restaurant “Dans le noir” (Paris 4). Nous étions dans l’obscurité totale (il fallait, pour prendre place, entrer par groupes de cinq, chacun étant relié à celui qui le précédait en lui mettant sa main sur son épaule) pour déguster un excellent petit-déjeuner. Ce fut une expérience extraordinaire de nous retrouver dans cet environnement, de découvrir en nous des ressources que nous n’imaginions pas pour trouver ce qu’il y avait devant nous et pour identifier les saveurs : une assiette avec une coupelle de salade de fruits, un yaourt, un croissant, un petit pain au chocolat, un verre de jus de fruit. Et nous avons écouté (sans aucune distraction possible) les présentations de Cyril Douillet et des trois chroniqueurs réguliers de la revue nous parler sur le thème très ambitieux : “la fragilité peut-elle sauver le monde ? ”. Et puis, au bout d’une heure, nous sommes ressortis comme nous étions entrés et on nous a donné ce conseil de bien baisser les yeux en sortant pour ne pas être éblouis. C’est sans doute de cette manière, à deux jours de la fête de l’Épiphanie, que les mages se sont inclinés devant l’enfant Jésus.
Henri et Louise Major à Rome en octobre 2014
Je pensais très fort en écoutant les présentations (très lumineuses dans cette profonde obscurité) à Henri et Louise Major, des lecteurs fidèles de la revue ; Louise a été coordinatrice de zone pour l’Amérique du Nord et Henri président du Conseil d’administration de Foi et Lumière. Ils sont venus tous les deux du Canada pour le pèlerinage de Ombres et Lumière à Rome en octobre 2014 et Henri, depuis quelques mois, souffre de la maladie de Charcot. Ils sont tous les deux merveilleux de courage : Henri a accepté de suivre un protocole spécial pour la recherche sur la maladie pour que d’autres après lui puissent bénéficier de traitements plus adaptés, et Louise passe ses journées auprès de son mari. Le lieu est beaucoup plus loin pour moi pour m'y rendre, j'y vais quand même tous les jours de 10h ou 10h30 jusqu'à 16h30...  et même là j'ai de la difficulté à le quitter.
Ils ont reçu, en avant-première la chronique de Marie-Hélène pour ce nouveau numéro, intitulé Visites ou visitations ?, dans laquelle elle dit : Cela nous est sûrement arrivé à tous : venant pour offrir notre présence, voilà que nous en repartons surpris d’avoir été aussi comblés. En d’autres cas, nous arrivons bien pauvres, bien démunis, tentés même d’esquiver la démarche et voilà que le visité, au-delà de nos défaillances, a pressenti la présence de Jésus. C’est bien ce que doivent ressentir Henri et Louise chaque jour ainsi que tous ceux qui viennent voir Henri ou qui se manifestent par des appels ou des lettres pour lui manifester leur amitié.
Voilà bien un des fruits de ce que nous vivons à Foi et Lumière : l’amitié que nous vivons est si forte qu’elle nous fait faire des choses que nous n’aurions pas eu la pudeur ou l’audace d’entreprendre. Voilà bien pourquoi Foi et Lumière doit se sentir proche de la revue Ombres et Lumière : l’amitié que nous vivons est clairement exprimé par chacun des articles et nous y retrouvons tous les liens que nous tissons, rencontre après rencontre. Nous partageons nos fragilités (chaque personne handicapée, en nous témoignant son affection, nous tend un miroir dans lequel nous apprenons à accepter nos propres blessures et notre fragilité), nous soutenons les familles (et je sais combien nous avons encore à travailler pour rejoindre les familles qui nous attendent), nous transmettons l’Espérance par des rencontres toujours pleines de joie !

Il est donc essentiel que chaque famille, dans toutes nos communautés, soutienne la revue, notre revue Ombres et Lumière, en s’abonnant, en en faisant la promotion autour de nous. Longue vie à cette nouvelle formule, une véritable Formule 1 !

mardi 20 décembre 2016

Aujourd’hui, le Fils de Dieu est né : tout change.

Au cours de la nuit de Noël, dans une grotte de Bethléem, un événement a bouleversé la marche du monde. Tout a changé, tout est devenu possible !
Cet événement n’a rien d’exceptionnel, la naissance d’un bébé. Et pourtant, il met le ciel en joie, et les anges chantent la gloire de Dieu ! C’est le début d’un grand mouvement : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (Is 9, 1), et les bergers, puis les mages, sont allés adorer cet enfant faible, fragile et dépendant. Ce qui est exceptionnel, c’est que notre Dieu tout-puissant, le créateur du ciel et de la terre, nous attend dans un état qui a priori ne lui ressemble pas : un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire (Lc 2, 12) pourrait-il être celui qu’Isaïe annonçait et qu’il désignait par ces appellations : Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix (Is 9, 5) ?
Mais rien n’est impossible à Dieu (Lc 1, 37) ; c’est notre imaginaire qui nous fait croire que Dieu ne peut pas être proche, qu’il ne peut pas attendre quelque chose de nous. C’est cet enfant faible, fragile et dépendant qui va nous dire que nous devons aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent (Mt 5, 44), que nous serons heureux si nous avons le cœur pur (Mt 5, 8), que nous n’entrerons pas dans le royaume des Cieux à moins de changer pour devenir comme les enfants (Mt 18, 3). Oui, cette naissance est la promesse de grands changements : tout va devenir possible.
Les communautés Foi et Lumière sont des lieux où nous apprenons le mieux à vivre ces changements radicaux : ce sont les plus faibles, les plus fragiles et les plus dépendants qui sont nos maîtres pour nous faire comprendre le sens profond de l’Évangile ; nous disons à Jésus dans notre prière que nous voulons vivre une alliance d’amour dans cette famille qu’il nous a donnée pour partager nos souffrances et nos difficultés, nos joies et notre espérance. Oui, tout change avec nos amis handicapés, ce sont eux qui nous font découvrir le visage et la présence de Jésus qui nous attend dans leur faiblesse et leur fragilité. Ils sont les signes vivants par lesquels la gloire de Dieu peut se manifester : elle le fait à travers la fragilité, la leur, mais aussi celle de chacun, une fragilité qu’il faut reconnaître et accepter, une fragilité qui peut devenir une force dès lors qu’elle n’est pas étouffée par des désirs de toute-puissance.
Laissons-nous conduire par les membres les plus fragiles de nos communautés jusqu’à l’enfant Jésus qui nous attend, emmailloté et couché dans une mangeoire ; toutes nos tristesses vont disparaître et nous repartirons consolés. Nous pourrons tous ensemble, avec les bergers, glorifier et louer Dieu pour tout ce que nous avons entendu et vu (cf. Lc 2, 20). Tout change, voici que je fais toutes choses nouvelles (Ap 21, 5).

Continuons notre marche avec le jeune Samuel qui n’aurait pas été le dernier à répondre à l’invitation des anges à aller à la crèche : joyeux Noël à tous !

Moi, Marie, femme de Cléophas continue son chemin.

Le livre "Moi, Marie, femme de Cléophas" est paru le mois dernier. Il raconte les aventures (et les mésaventures) de Marie, femme de Cléophas et maman de Joseph, un enfant "pas comme les autres", qui les emmènent du village d'Emmaüs jusqu'à Marseille, en passant par Jérusalem, Béthanie, Damas et Rome. J'ai eu quelques occasions de parler de ce livre et mes interventions ont été faites avec la médiathèque du diocèse de Gap (lien), avec le secrétariat de Foi et Lumière (lien), à Radio Notre Dame au cours de l'émission "écoute dans la nuit" (lien). Toutes ces occasions d'expliquer pourquoi je m’étais lancé dans une telle aventure me confirment (de par les échos que j'ai entendus) que c'était nécessaire et qu'il était important que je partage ma "visite" des Évangiles à travers les yeux de Marie, en témoin privilégié de ce que Jésus et Marie sa mère avaient à dire à des parents parfois désemparés devant la naissance d'un enfant qui n'est pas celui que ses parents espéraient.
L'émission "écoute dans la nuit" de Radio Notre-Dame (qui dure deux heures), partagée avec Clotilde Noël, une maman qui avait fait un choix très différent, celui d'adopter deux enfants handicapés après six autres enfants, un autre type d'aventure... avait pour thème "n'ayez pas peur de la tendresse". En me préparant, j'ai réfléchi sur la tendresse, et je me suis dit que ce mot, pour ne pas avoir de signification trop mièvre, devait nécessairement trouver son origine dans la tendresse de Dieu et j'ai trouvé un verset du livre des Lamentations de Jérémie qui résume bien mon état d'esprit, celui du père de Julie : Grâce à l'amour du Seigneur, nous ne sommes pas anéantis, ses tendresses ne s'épuisent pas (Lm3, 22). Oui, Jésus est toujours à nos côtés dans nos épreuves, car il ne veut pas nous voir ployer sous le poids du fardeau, sa tendresse nous relève chaque jour.

mardi 13 décembre 2016

Inédit : la dernière lettre de Charles de Foucauld

Ou plutôt celle qu'il aurait pu écrire... Pierre Durieux, coordinateur, avec sa femme Blandine, de la province France Loire Rhône Auvergne, nous a communiqué une lettre, fruit d'une méditation pour Foi et Lumière. Il ajoute qu'elle aurait pu s'intituler "ce que Charles de Foucauld dit aux personnes handicapées". La spiritualité de la fragilité qui est la nôtre est en effet bien proche de celle du Bienheureux Charles. Il a toujours cherché à occuper la dernière place, celle qui est général réservée à nos frères et sœurs handicapés. C'est pour cela qu'elles se sentent proches de lui et veuillent le suivre pour s'abandonner avec lui dans les bras du Père. Nous nous agitons beaucoup pour faire connaître notre joie autour de nous, pour être messagers ou missionnaires de la joie, mais nous ne voyons pas beaucoup de fruits. Mais, comme nous le rappelle le pape François, "le temps est supérieur à l'espace" : Donner la priorité au temps c'est s'occuper d'initier des processus plutôt que de posséder des espaces (Evangelii Gaudium #223). Alors confiance, disons avec lui cette belle prière :
Mon Père,
je m'abandonne à toi,
fais de moi ce qu'il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.
Je suis prêt à tout, j'accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon coeur,
parce que je t'aime, et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance, car tu es mon Père.

La lettre inédite :
Cher ami,
Mon frère,
À 6 ans, je suis orphelin, de père et de mère. À 20 ans, c’est au tour de mon grand-père de partir. À mesure que la vie progresse, le vide se fait autour de moi. Mais l’abandon, le rejet, ou l’échec n’ont pas eu le dernier mot : j’en suis la preuve. Que ta vie ne s’arrête pas à tes 20 ans ! et la suite est là