lundi 28 septembre 2020

Une petite communauté domestique

L'éphéméride du 12 avril 2020

 Une belle conjonction de dates se profilait en 2020… L’anniversaire de Julie et le dimanche de Pâques allaient se fêter le même jour, le 12 avril. Une très belle célébration en perspective ! Et peut-être avec notre communauté où nous aimons tant ces anniversaires… Mais patatras, le coronavirus et le confinement qui en est résulté nous a privés de nos belles rencontres.

Mais nous nous sommes souvenus que par le mariage, le couple et la famille se transforment en petite Église domestique, lieu où se manifestent la présence et l’amour du Christ. L’amour de Jésus grandit dans l’amour des conjoints et dans la vie des enfants : ainsi chacun est invité à aimer et être aimé comme Jésus nous a aimés ! Et pourquoi ne pas nous transformer avec Isabelle et Julie en petite communauté domestique ? C’est ce que nous avons tenté de faire, notamment pendant la Semaine Sainte.

 

Un ânon, attaché, mais jamais monté

 D’abord, le dimanche des Rameaux, nous avons mimé l’Évangile de l’entrée de Jésus à Jérusalem : Julie m’a demandé d’aller chercher un petit âne et s’y est installée après l’avoir recouvert d’un manteau (l’ânon était un manche à balai dont une extrémité était recouverte d’un dessin représentant une tête d’âne). Puis elle est partie vers Jérusalem et nous avons crié « Hosannah au fils de David ! » en agitant des branches de laurier et en jetant des manteaux par terre.



 Le Jeudi Saint, nous avons fait une liturgie du lavement des pieds ; nous n’étions que trois, mais ce fut fait dans un grand recueillement, comme si nous étions en communion avec les autres familles de notre communauté qui l’ont fait en même temps que nous, sans que nous ne nous soyons concertés.

Le Vendredi Saint, nous avons assisté, toujours virtuellement, au chemin de croix de Notre-Dame du Laus, et nous avons vénéré une image du Linceul de Turin.

Enfin, le jour de Pâques, nous avons fêté la Résurrection de Jésus et l’anniversaire de Julie de nombreuses manières : le groupe Whatsapp a beaucoup chauffé ce jour-là, nous avons eu une petite fête familiale (mais virtuelle) avec nos autres enfants et nos petits-enfants.

Julie avec Albéric et Lucie

Et le matin, quand je suis sorti pour aller acheter du pain (et un beau gâteau d’anniversaire), j’ai pu marcher tranquillement au milieu de la route sans risque de me faire écraser… et j’ai souhaité « Joyeuses Pâques ! » à tous ceux que je rencontrais, beaucoup m’ont répondu, et j’ai même entendu un « Il est vraiment ressuscité ! »

Notre petite communauté domestique a vécu le temps de confinement de manière très particulière, priant ensemble tous les jours, ce que nous continuons à faire encore aujourd’hui.

dimanche 1 mars 2020

Dans cette vallée de larmes


La terrible annonce faite le 22 février 2020 par les responsables de l’Arche Internationale nous a tous plongés tous dans une immense vallée de larmes. Nous mêlons nos propres larmes à celles des femmes qui ont témoigné et je ne peux que partager ce que nous dit l’Arche à ce sujet : "Nous sommes bouleversés par ces découvertes et nous condamnons sans réserve ces agissements en totale contradiction avec les valeurs que Jean Vanier revendiquait par ailleurs, incompatibles avec les règles élémentaires de respect et d’intégrité des personnes."

C’est un peu comme si Jean mourait une deuxième fois et je me retrouve, comme après la naissance de Julie, à crier, à hurler : mais pourquoi ? Sans vouloir diminuer la responsabilité de Jean qui reste totale et entière, je crains qu’il n’ait été, lui aussi, une victime du père Thomas Philippe dont l'emprise si forte et la perversité si grande ont fait tant de dégâts autour de lui… au point que son fils spirituel a pu se laisser lui-même abuser ? Tout cela reste circonscrit aux activités d’accompagnement spirituel que Jean avait "héritées" du père Thomas et menées dans le cadre de l'Eau Vive et de l'Arche. Foi et Lumière n'est atteint que par la personnalité "abîmée" de son co-fondateur et cela nous permet de préserver notre charisme et de rendre grâce pour tout le bien que nous avons reçu de Jean. "Il est indéniable que Jean Vanier a fait un grand bien qui est un vrai bien" (Mgr Pierre d'Ornellas).

Je veux garder le souvenir d’un homme qui était un ami de Jésus et un modèle de prière. Je connais tant de personnes qui, comme moi, ont tant reçu de lui, qu’il ne faut pas occulter son côté lumineux sous prétexte de la découverte de graves zones d’ombres :
  • Si j’ai pu accueillir Julie dans ma famille et faire en sorte qu’elle soit une jeune femme de bientôt 32 ans, joyeuse, pleine de vie et source d’inspiration spirituelle pour son entourage, c’est bien parce que nous avions entendu Jean prêcher une retraite quelques années avant sa naissance et cela, personne ne me l’enlèvera.
  • Si je comprends un tout petit mieux ce que Jésus nous dit dans l’Évangile, c’est parce que j’ai entendu Jean nous le raconter comme si il en avait été un témoin direct ; je garde encore le souvenir de l’entendre parler des apôtres que Jésus avait choisis, “que des pauvres types !”. En la personne de Jean, Jésus a aussi choisi un pauvre type ! Cette façon si familière et simple d’entrer en contact avec la parole de Jésus, reçue de Jean, personne ne me l’enlèvera.
  • Si je sais un tout petit peu mieux prier, c’est parce que j’ai vu Jean prier et j’en ai été impressionné, et cela personne ne me l’enlèvera. Quand, au cours de la rencontre internationale de Foi et Lumière à Québec, je me réveillais tôt (à cause du décalage horaire) et que j’allais prier à la chapelle, Jean était déjà là, et il était encore là quand je partais. Quand un jour, à 10h30 du soir, à la Ferme de Trosly, j’ai vu une ombre sortir de l’oratoire, c’était Jean.
  • Si le geste du lavement des pieds nous reste comme un héritage spirituel de Jean, c’est parce qu’il était comme un sacrement d’humilité, c’était pour nous apprendre à aimer jusqu’au bout, c’était pour nous inviter à faire des choses un peu folles, car ce qui est fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages (1Co 1, 27). C’était aussi pour nous inviter à vivre de la joie, de cette joie que personne ne nous enlèvera (cf. Jn 16, 22).
Il ne nous reste plus maintenant qu’à rendre grâce pour tout ce que nous avons reçu de Jean et à le confier à la Miséricorde de Jésus qui est tendresse et pitié. Pendant toute l’année de la Miséricorde, nous avons repris l’hymne officiel : "Misericordes sicut Pater", tâchons de vivre de cette Miséricorde car pour obtenir la Miséricorde, nous devons d’abord devenir bienheureux d’en vivre (cf. Mt 5, 7). Avec Marie, Mater Misericordiae, chantons pour lui le Salve Regina : Eia ergo, Advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte.

La prière de Foi et Lumière dit : Aide nous à être debout, avec Marie, au pied de la croix, proches des crucifiés de notre monde. Aujourd’hui, c’est pour Jean que nous demeurons au pied de la croix, le cœur blessé et meurtri (en cela, nous nous sentons proches de toutes celles qui ont eu à souffrir d’abus de la part de Jean). 

Je suis un peu comme si je me trouvais devant un roc dans lequel on trouve une faille, et qu’il me fallait choisir entre faire exploser ce roc en exploitant cette fragilité ou essayer de mettre un petit pansement pour tenter de réparer ce qui paraît irréparable. Je sais ce que Julie choisirait… Je sais aussi que de tout mal Dieu peut faire sortir un bien ; alors viens vite Seigneur Jésus, nous sommes perdus dans l’attente de ce bien.

Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. (Jn 8, 7)

lundi 9 décembre 2019

L’Immaculée Conception, c’est le 8 ou le 9 décembre ?

Je suis l'Immaculée Conception
Le dimanche 8 décembre, deuxième dimanche de l’Avent, la prière d’ouverture nous invite à “éveiller en nous l’intelligence du cœur”. Julie, experte en intelligence du cœur, est troublée car le 8 décembre c’est pour elle la solennité de l’Immaculée Conception ; pourquoi ne fête-t-on pas Marie le jour dit, mais avec un jour de retard ? « Le 9, c’est trop tard !» me dit-elle.Que répondre ? Que le dimanche est, pour les chrétiens, le jour mémorial de la Résurrection qu’ils célèbrent dans la foi, et que, du coup, il a préséance sur toute autre fête ou solennité ? Non, rien à faire, le 8, c’est le 8 et pas le 9 !Écoutons la prière d’ouverture de la solennité de l’Immaculée Conception : “Tu as préservé la Vierge de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils”. Waoow, c’est “Retour vers le futur” épisode 0 ! Marie bénéficie donc d’une grâce provenant d’un événement qui n’arrivera que 33 ans plus tard… Si Dieu se rit de la concordance des temps, si L’Eucharistie est source et sommet de toute la vie chrétienne (LG 11), pourquoi ne pas considérer que le 8 décembre, que ça soit un dimanche ou pas, on puisse faire mémoire à la fois de la Passion et de la Résurrection du Christ et de la grâce qui en est résultée pour Marie ? 
Merci Julie de m’avoir poussé à cette réflexion, je trouve que tu n’as pas vraiment tort de nous questionner ainsi avec ton intelligence du cœur.

mercredi 27 novembre 2019

rencontre avec Imad Saleem (Amour et Joie)



Imad Saleem rue du Laos
Le mardi 26 novembre, Imad Saleem, fondateur du mouvement Amour et Joie, de passage à Paris, est passé par le secrétariat de Foi et Lumière international. Avec l’aide de Nadia, éducatrice spécialisée près de Paris pour la traduction, nous l’avons rencontré avec Corinne et nous avons passé une bonne heure à échanger, partager et nous avons commencé à tisser des liens solides.
Amour et Joie est né en Irak après la guerre contre l’Iran au début des années 90. Imad avait été mobilisé dans l’armée pendant 10 ans et il a eu beaucoup de temps pour réfléchir et prier ; il a eu un jour cette intuition que les personnes les plus fragiles pouvaient apporter bien plus que ce qu’on pouvait leur donner. Après en avoir parlé avec son directeur spirituel, il a commencé à convaincre les parents que leurs enfants ne devaient pas être cachés et avec l’aide de l’Église assyro-chaldéenne, Amour et Joie est né. Ça ressemble beaucoup aux communautés Foi et Lumière et ils parlent de leurs trinités : personnes ayant un handicap mental, les familles et les éducateurs. Le nom de trinité est lié à la Sainte Trinité. Jean Vanier est allé en Irak les rencontrer et il n’a pas cherché à les intégrer dans Foi et Lumière ni dans l’Arche pour qu’ils puissent garder leur identité propre et leur spiritualité.
Il y avait près de 40 communautés dans le pays avant les tragiques événements de 2014, maintenant, il en reste encore quelques-unes, mais la population chrétienne est passée de 300000 à 3000 ! Il y a eu beaucoup d’émigration vers les USA, l’Australie, le Liban, le Kurdistan irakien… et des communautés Amour et Joie sont nées un peu partout, aux USA (San Diego, Michigan), en Suède et Emad est allée faire une tournée de ces communautés qui l’a amené à visiter la France.
Mirna à Qaraqosh en 2011
Nous avons beaucoup en commun et ces communautés qui sont nées dans la diaspora irakienne seraient heureuses de ne pas rester isolées et pourraient rencontrer des communautés Foi et Lumière, à l’occasion par exemple de la fête de la Lumière.
J’ai le souvenir que Mirna avait été invitée à participer à une grande rencontre à Qaraqosh en 2011. A son retour, elle m’avait raconté combien la vie dans ce grand pays était difficile et combien il avait fallu beaucoup de courage aux 350 participants pour traverser le pays qui – déjà – était très dangereux (c'était moins d'un an après l'attentat de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Intercession de Bagdad)
Il faut poursuivre et continuer à tisser des liens avec nos amis d’Amour et Joie, leur foi est si forte qu’ils peuvent nous apporter beaucoup et ils ont besoin de rencontrer des amis dont la foi (et la lumière) peut les réconforter, car ce qu’ils voient dans les pays occidentaux où ils ont pu trouver refuge n’est pas une grande ferveur et cela les incite plutôt à rester dans leurs communautés… Nous avons tant à nous apporter les uns aux autres !

mercredi 10 juillet 2019

Marie-Hélène a fêté son 90ème anniversaire


À Foi et Lumière, le 4 juillet est une grande date ! C’est en effet le jour de l’anniversaire de Marie-Hélène, une grande dame.
Messe d'action de grâce
Cette année, la fête était un peu spéciale car l’anniversaire était celui des 90 ans, et quand on change de dizaine, la fête est toujours plus éclatante. Mais cela se passait à peine deux mois après la mort de Jean Vanier, et nous ne pouvions pas l’oublier…
Nous fûmes nombreux, de Foi et Lumière, de l’OCH, de l’Arche, de sa famille, de ses amis à nous retrouver chez les Petites Sœurs de Pauvres, avenue de Breteuil, là où Marie-Hélène habite désormais, dans une résidence qui s’appelle "Ma Maison". Tout a commencé par une messe célébrée par le Père Christian Mahéas, aumônier de l’OCH et de l’Arche en France, et par le Père Jacques Cuche qui a fondé plusieurs communautés Foi et Lumière. Dans son homélie, le Père Christian a retracé l’aventure de Marie-Hélène, depuis la rencontre décisive de Suzanne en classe de cinquième jusqu’à ce jour anniversaire où elle mérite bien de prendre un peu de repos et de recul pour contempler et rendre grâce pour ce beau chemin parcouru et faire confiance à ceux qui ont pris la suite…



Photo de famille
Marie-Hélène et Pierre-Louis soufflent les bougies
Puis, par un chaud soleil d’été, nous nous sommes rendus dans le grand jardin des sœurs ou un buffet nous attendait. Nous étions comme une famille réunie autour de celle qui fêtait, dans la joie, une nouvelle étape de sa vie. Chacun retrouvait avec joie des amis qu’il n’avait pas revus depuis longtemps, on faisait la queue pour aller embrasser Marie-Hélène, se faire prendre en photo avec elle, lui dire quelques mots d’amitié…
Le cadeau
Et puis est venu le temps du gâteau et des bougies à souffler ; Pierre-Louis est venu aider Marie-Hélène et plusieurs discours ont permis de lui témoigner notre amitié et notre affection. Un beau cadeau lui a été remis : une mosaïque, faite par les ateliers de l’Arche à Trosly-Breuil, représentant l’emblème de Foi et Lumière. Une prière et un Notre Père dit en commun est venu clore cette belle soirée. Il était d’aller se reposer et rendre grâce pour la vie de Marie-Hélène.

mardi 7 mai 2019

À Dieu Jean !



Cher Jean, depuis très longtemps, j’ai toujours pensé que Dieu avait un plan pour moi… depuis au moins 35 ans.

Dans ce plan, je devais suivre une retraite à Tressaint : nous y sommes allés avec Isabelle début octobre 1983 et c’était toi qui prêchais cette retraite dont le thème était : "Jésus est le pauvre". Nous avons failli ne pas rester quand nous avons découvert que de nombreuses personnes ayant un handicap étaient présentes. Heureusement, nous sommes restés jusqu’au bout.


Dans ce plan, je devais être un de ceux, appelés anawim, qui allaient animer les groupes de partage pendant la retraite. Cela m’a valu de participer chaque matin à un temps de prière avec toi, et je me souviens très bien de ce jour où, pour dire le Notre Père, j'ai mis ma main dans la tienne.


Dans ce plan, il y avait l’accueil de Julie, née 4 ans et demi après cette retraite. Nous avons compris avec Isabelle que, au cours de cette retraite, tu avais préparé nos cœurs en nous parlant de Foi et Lumière.


Dans ce plan, il y avait une communauté Foi et Lumière qui nous attendait à Chaville, et nous avons rejoint la communauté "A Dieu Vat" quand Julie avait tout juste un an.
Dans ce plan, il y avait l’appel reçu pour fonder avec d’autres parents, une communauté de jeunes enfants ; ce fut fait en février 1991 et la jeune communauté "Graines de Moutarde" est partie joyeusement quelques semaines plus tard pour le pèlerinage du 20ème anniversaire à Lourdes. Une grande foule venue des quatre coins du monde m’a fait découvrir l’universalité du mouvement et la joie qui est le fruit de si belles rencontres.

Dans ce plan, il y a eu une deuxième retraite à Tressaint avec d’autres parents de notre communauté et notre premier entretien : j’avais demandé à te voir pour te dire mon histoire et te remercier. Dans mon enthousiasme, je t’avais dit combien j’aimais Foi et Lumière et que j’étais prêt à faire "plein de choses". Tu m’as répondu : « ça viendra, ça viendra ».

Dans ce plan, il y a eu cette invitation à participer à la rencontre internationale de Varsovie en 1994 ; j’y suis allé avec empressement et j’ai été émerveillé de découvrir des gens tous extraordinaires venus de tous les pays où Foi et Lumière était présent.

Dans ce plan, il y a eu en 1995 une proposition des responsables de ma province pour aller participer à une session de formation dans la province jumelle d’Afrique de l’Est, à Nairobi, avec des participants venus du Kenya, d’Ouganda, du Rwanda, du Burundi et du Zaïre. Je parlais anglais et c’était la seule condition… Cette proposition a été suivie par une deuxième l’année suivante : il s’agissait d’accompagner Marie-Hélène Mathieu pour une session de formation à Kigali (Rwanda). Un an plus tard, il fallait y retourner pour s’assurer que ces formations avaient donné de beaux fruits.

Dans ce plan, il y a eu cet appel à laisser mon nom pour des élections de zone. Ma famille était d’accord à condition que j’aie quelques vacances supplémentaires… Tremblant, je suis allé voir mon supérieur hiérarchique pour lui faire cette demande dont je devinais l’issue défavorable. Mais j’ai été surpris de l’entendre dire : « tu as besoin de combien de jours ? ». Dix, ai-je répondu, et il m’a donné son accord en me prévenant que je n’aurais pas moins de travail et que je devrais m’organiser en conséquence. Et en juillet 1998, à Québec, pendant la rencontre internationale, je suis devenu coordinateur de la zone Europe Atlantique Nord.

Dans ce plan, il y a eu de nombreuses réunions du conseil international, deux par an, où nous avons travaillé ensemble, depuis la première en 1999, au Liban, jusqu’à ce que tu nous dises un jour que tu allais bientôt avoir 75 ans et que nous ne te verrions plus. C’était il y a 15 ans et ces cinq années où nous avons passé beaucoup de temps à travailler ensemble m’ont laissé un souvenir impérissable. Ton calme mêlé à une énergie incroyable, ta douceur mêlée à une autorité sans pareil m’ont énormément marqué.

Dans ce plan, il y encore eu des appels pour accompagner Foi et Lumière dans d’autres continents. En 2003, je me souviens bien avoir été prier un matin à l’oratoire de la Ferme et j’ai demandé : « Envoie-moi là où tu veux que je serve ». L’après-midi même, Viviane et Roy me demandaient si je voulais bien devenir coordinateur de l’Afrique ! Et j’ai passé 5 ans à découvrir que Foi et Lumière en Afrique était un modèle pour tout le mouvement ; la joie, la prière, l’amitié, les grandes valeurs dont nous vivons tous étaient très vivantes dans tous ces pays.

Dans ce plan, il y a eu finalement cet appel à être le coordinateur international. C’était à Lourdes en 2008 ; tu n’étais pas présent, mais tu es arrivé le soir même et je me souviens très bien de tes encouragements qui avaient suivi ceux de Marie-Hélène. J’ai vécu dix années merveilleuses et je rends grâce à Dieu pour tout ce que j’ai vécu à Foi et Lumière dans ces années de responsabilité. Je ne quitte pas ma communauté et nous allons continuer avec Isabelle et Julie.
Merci Julie, je rends grâce à Dieu aussi pour toi. Je me souviens de ce que tu as dit un jour à Trosly alors que tout un groupe des Amériques était venu pour une retraite : « Quand Dieu m’a envoyée dans ma famille, j’étais comme un cadeau pour eux ». J’en ai été très ému.

Cher Jean, je te suis reconnaissant pour tout ce que j’ai reçu de toi pendant toutes ces années. Je rends grâce pour tout ce que j'ai reçu de Jésus et de Marie par ton intermédiaire. Je suis sûr que tu vas continuer - de là-haut - à veiller sur nous, à nous porter dans ta prière, à continuer à nous donner l’envie de mieux connaître Jésus à travers les plus petits. Je continuerai pour ma part à tenter de suivre fidèlement le plan de Dieu pour moi.

samedi 2 février 2019

Bonne fête de la Lumière


Ce matin-là, comme tous les jours, Syméon s’est mis à l’écoute de sa petite voix : "Seigneur, serait-ce aujourd’hui ?". Syméon a eu autrefois ce songe qu’il ne mourrait pas avant d’avoir rencontré le Messie du Seigneur, que ses yeux verraient le salut préparé pour les peuples, la lumière qui allait se révéler aux nations et donner gloire à son peuple ; malgré son grand âge, il attend dans l’espérance l’accomplissement de cette promesse. Chaque matin, sa demande reste sans réponse, mais ce jour-là, ô joie !, il entend qu’il doit partir avec empressement vers le Temple de Jérusalem.
Sur le chemin, il se pose bien des questions sur ce qui l’attend : verra-t-il une nuée recouvrir le Temple, une colonne de feu illuminer toute la ville de Jérusalem, et dans des éclairs et le tonnerre entendre la voix du Seigneur annoncer Son retour ? Il se rappelle que Moïse avait eu cet avertissement, en réponse à sa requête Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire (Ex 33, 18) : un être humain ne peut pas me voir et rester en vie (Ex 33, 20). Il se dit alors que ce jour est sans doute le dernier de sa vie…
En arrivant dans le Temple, tout est calme et il cherche du regard vers qui aller ? Il aperçoit un jeune couple venu présenter son premier-né comme le veut la Loi du Seigneur, mais se dit en voyant qu’ils avaient préparé pour le sacrifice un couple de petites colombes : ce n’est pas vers cette famille que je dois aller, ce sont des pauvres. Mais, irrésistiblement, il se sent attiré vers ce petit enfant, né il y a 40 jours. Et l’Esprit-Saint, présent dans les colombes, lui dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie (Mt 3, 17). Alors il comprend et demande à Marie de prendre l’enfant dans ses bras et s’écrie d’une voix forte : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples, lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël (Lc 2, 29-32).
La lumière attendue n'était pas une colonne de feu, mais une petite flamme vacillante vers laquelle on vient se réchauffer en famille, le salut espéré ne pouvait pas venir d’une force toute puissante, mais de cette fragilité que Syméon trouve à la fois en lui et dans ce petit enfant, faible et dépendant, la gloire de Dieu ne pouvait pas se manifester de manière triomphante, mais dans la petitesse. Il revivait l'histoire du prophète Elie sur l'Horeb : le Seigneur était présent comme dans le murmure d'une brise légère (1R 19, 12). Conscient que cette révélation, dont il venait d’être le bénéficiaire privilégié, allait à l’encontre de ce que le peuple d’Israël attendait, il ajouta des paroles plus dures à l’attention de Marie : cet enfant sera signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive (Lc 2, 34-35).
Quand les communautés Foi et Lumière célèbrent cet événement que nous appelons la Fête de la Lumière, que célébrons-nous ? Nous nous rappelons la joie de la rencontre entre Marie, Joseph, Syméon et Anne autour de Jésus, qui étaient déjà comme une petite communauté. Nous nous réchauffons autour de la lumière qui se révèle aux nations au travers des plus petits d’entre nous, nous témoignons du salut que nous recevons de manière privilégiée quand nous reconnaissons que Jésus nous attend dans la fragilité. Notre prière le dit bien : apprends-nous à découvrir ton visage et ta présence en tous nos frères et sœurs, spécialement les plus faibles.
Nous devons témoigner sans relâche autour de nous que cette révélation faite à Syméon est destinée à tous. Dieu n’attend pas de nous que nous recherchions ce qui est grand et fort pour aller à sa rencontre, Il n’attend pas de nous que nous devenions des surhommes pour nous faire proches de lui, Il attend que nous nous mettions à son écoute, il nous apprendra alors à accueillir nos blessures et nos faiblesses, c’est par elles que se déploiera sa puissance. Cela ne nous évitera pas les épreuves, nos enfants ayant un handicap seront appelés également à être signes de contradiction, les parents auront eux aussi l’âme transpercée d’un glaive, mais ça ils le savent depuis longtemps…