jeudi 13 juillet 2017

Dans les pas de Saint Patrick avec l’Arche




Queen's University
Fin juin, l’Assemblée de la Fédération de l’Arche internationale a eu lieu à Belfast. 500 personnes venues de presque toutes les communautés de l’Arche dans le monde (malheureusement, comme pour notre rencontre de Leeds, certains n’ont pas pu avoir le visa) se sont retrouvées dans la très belle Queen’s University pour six jours de rencontres, de fêtes et de réflexions, de retrouvailles ou de découvertes.
Avec Ann Emmott, nous avons été présents pendant toute cette belle rencontre, représentant Foi et Lumière : Ann au début et moi à la fin avec une soirée commune pendant laquelle nous avons pu échanger… dans un pub !
Patrick et Eileen ont rendu leur casquette
La Fédération de l’Arche a maintenant de nouveaux responsables, Stephan Posner etStacey Cates-Carney ; ils ont reçu chacun la casquette - symbolisant leur responsabilité - de leurs prédécesseurs, Patrick Fontaine et Eileen Glass. En plus de cette casquette, ils ont été très bien équipés pour la traversée qui les attend : une ancre, une boussole, une barre à roue, une longue-vue, une carte, une corde, des rames, un banc et... des gilets de sauvetage ! Patrick et Eileen ont été très chaleureusement remerciés ; Monique, la femme de Patrick, a été associée à cette célébration. Il est vrai qu’elle n’a pas beaucoup vu son mari pendant ces cinq dernières années et elle méritait largement d’être aussi remerciée…
Le conseil de surveillance a également été en partie renouvelé (Viviane le Polain a été réélue) et chaque membre a reçu la cravate qui représente le sérieux de leur engagement !
Le programme a été très "light", ce qui laissait beaucoup de temps pour les rencontres en dehors des séances officielles ; ces séances étaient toutes très animées par des chants, des mimes et peu de mots (les traducteurs m’ont dit qu’ils n’avaient pas trop de travail). Les rapports étaient présentés avec beaucoup d’images et il y a même eu une danse au milieu du rapport financier, et on a chanté, «quand je pense ‘finances’, j’entends de la musique dans l’air !», parce qu’il faut considérer "qu’à l'Arche, l’argent est notre ami".
La tombe de Saint Patrick
Le dimanche, nous sommes tous partis vers Downpatrick pour retrouver les traces de Saint Patrick qui a rythmé chaque journée de la semaine. Que ce soit à la cathédrale de la Sainte Trinité, à Slive Patrick, à Saul Church, chaque pierre respirait le souvenir de ce grand saint fêté dans le monde entier, car il a été à la source d’un grand mouvement d’évangélisation – et aussi parce qu’il y a une grande diaspora irlandaise.
Avec la communauté Al Safina de Damas
Avec  Ludovic Baudrand de l'Arche de Grenoble




Les ateliers permettaient de découvrir comment les communautés de l’Arche vivent dans plusieurs endroits du monde ; je suis allé à deux ateliers, l’un sur la communauté Al Safina de Damas et l’autre sur les liens avec le mouvement Joie et Charité en Iraq. Et j’ai pu retrouver des membres des communautés que j’avais pu visiter (Ukraine, Lituanie, Brésil, Argentine, Philippines) et des personnes ayant un handicap qui sont pour beaucoup également membres de Foi et Lumière, dont le fils d’un ancien coordinateur de province qui m’a pris pour un usurpateur car personne ne pouvait avoir de rôle plus important que son père !




La spiritualité tient une grande place à l’Arche et chaque journée commençait par un temps de prière avant le petit-déjeuner (avec menu à la carte : messe, méditation, chants, yoga…), puis chaque session le matin démarrait par un mime retraçant la vie de Saint Patrick et tous les après-midi se terminaient par un temps de prière commune d’une heure. Avec un grand respect des traditions de chacun, chrétien, hindou, musulman ou bouddhiste, des temps de silence, des chants, des lectures rythmaient cette heure.
J’ai pu rencontrer les délégués des Églises pour l’Arche, pas Monseigneur Pierre d’Ornellas, parti avant que j’arrive, mais Monseigneur Stephen Conway, de l’Église d’Angleterre, et la révérende Ruth Patterson, qui était également déléguée pour Foi et Lumière et qui souhaite arrêter. Ce furent des temps très forts, et je les remercie chacun pour ces temps de partage.
Au moment de repartir, on pouvait toucher du doigt tous les liens qui avaient pu se tisser pendant cette semaine et la fédération de l’Arche s’en trouve plus forte. Bonne chance à Stephan et Stacey, nous nous sommes promis de nous rencontrer bientôt !

Bonne mer à Stephan et Stacey





jeudi 6 juillet 2017

Fé e Luz a 40 ans !


Le logo des 40 ans et la grande basilique de Aparecida
En 1977, à Rio de Janeiro et à Sao Paulo, Maria-Cecilia et Zilda, sans concertation entre elles, ont démarré Foi et Lumière au Brésil. Qui fut la première ? Personne ne peut ou ne veut le dire, et ainsi, elles sont toutes les deux honorées pour avoir entendu l’appel de Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu, et y avoir répondu avec générosité.
L'imagem
En 2017, les Brésiliens ont voulu fêter comme il se doit cet anniversaire, mais aussi celui des 300 ans de Nossa Senhora de Aparecida. C’est en effet en 1717 que trois pêcheurs avaient retiré de leur filet une statuette représentant un corps de femme blessée, sans tête ; en relançant leur filet, ils ont trouvé la tête qui manquait. Ils avaient beaucoup prié pour que leur pêche soit bonne, pas pour une pêche miraculeuse ! Dieu répond à nos prières de manière étonnante, mais Il ne nous donne que des choses bonnes, pas forcément celles que nous attendions. Et cette statuette attire aujourd’hui des millions de pèlerins qui viennent prier Marie comme l’avaient fait avant eux les pêcheurs, avec humilité. Fé e Luz s’est donc joint à cette grande ferveur populaire et a voulu que la fête des 40 ans se passe au milieu d’une grande foule, pour pouvoir être visible et témoigner ainsi de la manière dont Jésus a un amour de prédilection pour les plus petits. La foule était grande en effet car cela s’est passé au cours du grand week-end de la Fête-Dieu. Et même si nous étions environ 400, nous n’étions qu’un petit nombre face à la foule des pèlerins venus en masse à Aparecida.
Pour que la fête soit encore plus belle, des délégués venus des pays des provinces d’Amérique Latine étaient venus du Paraguay, du Chili, du Pérou, du Nicaragua et du Mexique. Maria-Cecilia était venue avec Tim des États-Unis, mais Zilda n’a pas pu être des nôtres ; elle avait envoyé un message très en phase avec celui d’Aparecida : en toutes circonstances, il faut prier, prier, prier…
Depuis la célébration d’ouverture jusqu’à la célébration d’envoi, ce fut un véritable festival qu’il est impossible de raconter tellement tout était merveilleusement préparé et animé. Et puis, raconter une fête organisée par des Brésiliens, c’est quasiment impossible, il faut y être pour comprendre que tout est occasion de joie, de rires, d’émotions… Donc je ne peux que donner quelques flashes qui me restent dans le cœur après ces belles journées :
Les décorations d'Aparecida 
-         -  La Fête-Dieu, grande célébration populaire avec la très belle procession dans la vieille ville dont les rues étaient recouvertes de tapisseries superbes. Elles sont réalisées avec de la sciure de bois colorée, du marc de café, de la farine, des fleurs, du sable et quelques autres accessoires tels que des capsules de bouteilles... Chaque paroisse avait la charge d’une tapisserie et elles avaient rivalisé d'imagination et d'inspiration pour honorer le passage duSaint Sacrement !
-        -  La célébration d’ouverture avec un festival de bannières toutes plus belles les unes que les autres et de nombreux messages : de Zilda, Jean Vanier et Marie-Hélène en vidéo, mais aussi de Maria-Cecilia et bien d’autres. J’ai modestement essayé de répondre à la question qui m’avait été posée, quelle vision pour Foi et Lumière ? Je n’ai pas la vision de l’avenir, mais pour avancer, j'ai dit qu'il fallait trois outils, en lien avec l’appel, l’identité et la mission : écoute (l’attention au cri du pauvre), la fidélité (à sa communauté, c’est là qu’on trouve l’énergie) et l’audace (que nous donnent les personnes ayant un handicap).
Don Sergio distribue des marque-pages F&L
Célébration dans la grande basilique
-        -  La célébration eucharistique dans la grande basilique présidée par l’évêque d’Aparecida, Don Sergio Krzywy, évêque référence de Foi et Lumière au Brésil, et concélébrée par les 8 aumôniers présents. La basilique était pleine et les pèlerins présents à cette messe nous ont bien vus et ils ont beaucoup entendu parler de Foi et Lumière ! J’ai été très agréablement étonné en voyant, après la messe, sur le chemin du retour vers les lieux d’hébergement, don Sergio distribuer aux passants des marque-pages Foi et Lumière ; voilà un évêque référence qui fait honneur à sa mission !
-       -  La fête d’anniversaire dont je ne retiens qu’une seule image : Sainte Bernadette priant à genoux devant Notre-Dame d’Aparecida. Un beau raccourci pour que se rejoignent les anniversaires de Foi et Lumière (avec Bernadette) et d’Aparecida !
-      -   Les rencontres avec les uns et les autres ; là aussi, je ne retiens que celle avec un aumônier français, Philippe Roche (qui a écrit un témoignage dans Hisse et Ho ! n° 33 page 19). Il m’a raconté la vie au quotidien de sa communauté dans les favelas…
-      -   Les retrouvailles avec mes amis handicapés rencontrés au cours des visites précédentes ; ils ont tous une meilleure mémoire de moi et leur amitié n’a pas pris une ride. Je ne peux pas les citer tous, de peur d’en oublier, mais Vanessa, Ricardo, Rubencito, Thiago, Freddy, Jose Felipe et tous  les autres, je ne vous oublie pas ! Vous restez tous dans mon coeur e mes prières.
-      -   La célébration d’envoi, au bord de la rivière où les pêcheurs ont eu cette belle découverte de la statuette de Marie, présidée aussi par don Sergio, s’est terminée par une célébration d’envoi au cours de laquelle ont été associés les jeunes qui iront en Espagne début août : ils partent bien à cette rencontre non pas seulement pour se baigner dans la mer Méditerranée, mais aussi avec une mission à remplir !
Maria-Silvia avec Sabrina et Angelina
Pendant ces journées, les membres de la province Campo Belo se sont réunis pour une assemblée provinciale. Cela fait la deuxième assemblée à laquelle j’ai participé sur les trois qui ont eu lieu depuis 2009. Sabrina Nalon a été élue et remplace Angelina pour les quatre prochaines années. Merci à toutes les deux pour le service donné et à donner !

Ces quelques jours passés au Brésil furent une fête extraordinaire et je suis revenu même pas fatigué (alors que j’avais plein de bonnes raisons pour l’être !) car j’ai été sans arrêt porté par l’enthousiasme des amis d’Amérique Latine : une fête là-bas, ce n’est même pas fatigant !! Merci à tous ceux qui se sont donné beaucoup de mal pour que tout soit réussi, que Dieu bénisse Fé e Luz et que Nossa Senhora da Conceição Aparecida vous accompagne pour les 40 prochaines années !

Bon anniversaire !
L'album photo 










mercredi 5 juillet 2017

Ne craignez pas !


Le Vésuve et la baie de Naples depuis la château St Elme
Pour la fête de la Pentecôte 2017, j’ai bouclé la boucle des provinces Foi et Lumière ; la province Mers et Volcans (Sud de l’Italie) est en effet la 52ème province que j’ai visitée depuis 2008. Il est important pour le coordinateur d’aller à la rencontre de tous sans discrimination de distance, ce n’est pas parce que la province est éloignée qu’il ne faut pas y aller, au contraire ! Mais cette fois, pour aller à Naples, ce n'était pas trop loin !
Le Vésuve depuis Castellamare
En ce début du mois de juin, la province Mers et Volcans, la bien nommée, s’est réunie à Castellamare di Stabia (au bord de la mer Tyrrhénienne), et au pied d’un volcan, le fameux Vésuve. C’était le moment choisi pour l’assemblée de la province et toutes les communautés de Campanie, des Pouilles, de Basilicate et de Sicile étaient venues pour ce moment important de la vie de la province. Je suis arrivé la veille et j’ai été accueilli par Bruno Galante, de Naples, qui m’a fait les honneurs de sa belle ville, et de son centre historique. Nous avons vu l’église du Gesù Nuovo, la basilique Santa Chiara et son beau cloître, la cathédrale, il Duomo San Gennaro, le château Saint Elme qui domine toute la baie de Naples pour ne citer que les principaux lieux visités, sans oublier une dégustation de la grande spécialité napolitaine,  la pizza !
A Castellamare, pendant trois jours, des temps de réflexion, de prière, de discernement, mais aussi des temps de fête ont rythmé le programme. Chaque jour, un mot clé était donné en référence au thème de la rencontre "Ne craignez pas !" : avoir confiance (ce qui fait que les relations que nous avons entre nous sont solides, que nous pouvons compter les uns sur les autres), s’abandonner (laisser toute sa place à l’Esprit Saint pour nous accompagner) et être transformé (ne plus avoir peur de l’autre). 


Carlo et Vito
Concours de danse
Le discernement a trouvé très naturellement sa place dans cette trame et, Vito Giannulo a été élu coordinateur de la province pour succéder à Carlo ; un grand merci à tous les deux ! Vito est journaliste et est le fils de Vanna Rossani, ancienne coordinatrice nationale de l’Italie. Puis nous avons vécu la traditionnelle fête où, avec Vito et Lucia, comme membres du jury, nous avons dû départager les équipes en course pour le plus beau chant, la plus belle danse…
Vito reprend la bannière de la province
Cave canem
Sur le chemin du retour, nous avons visité les ruines de Pompéi : ce fut une relecture des livres d’histoire de ma jeunesse. J’y ai retrouvé toutes les images qui avaient marqué ma mémoire, les passages pour piétons, les mosaïques de chien (cave canem)…

Ce que je retiens surtout de ces trois jours, c’est la rencontre d’une maman de Sicile venue avec son fils, deux fois plus grand qu’elle, et très handicapé. La tendresse avec laquelle elle s’est occupée de lui, sa grande foi, son grand désir que Jésus vienne à la rencontre de son fils, m’ont énormément touché. Rien que pour elle, ça valait le coup de fonder Foi et Lumière ! Et j’ai compris qu’elle ne connaît Foi et Lumière que depuis peu de temps… Combien comme elle sont en attente de nous rencontrer ? Ne craignons pas d’aller à leur rencontre !

jeudi 29 juin 2017

En marche vers la paix avec Dorothée et Nicolas

Frère Nicolas
Le tableau de la roue
Il y a 600 ans naissait Nicolas de Flüe (ainsi nommé car né dans une ferme de Flüeli) dans le canton d’Obwald, au plein cœur de la Suisse. A 30 ans, il se maria avec Dorothée et ils eurent dix enfants, cinq garçons et cinq filles. Vingt ans plus tard, juste après la naissance de leur dixième enfant, il a tout quitté pour devenir ermite au Ranft. Sa spiritualité peut se résumer à la contemplation quotidienne de son livre de prière, le fameux tableau de la roue. Il a souvent été consulté par les uns et les autres pour résoudre des différends plus ou moins importants et les réponses lumineuses qu’il a données ont fait de lui un des principaux saints patrons de la Suisse car il a su ramener la paix et la communion entre tous. On peut juste regretter que sa femme Dorothée, qui avait compris que l’appel que son cher mari avait reçu le dépassait, la dépassait, et qu’ils avaient besoin tous les deux de s’abandonner à la Miséricorde divine, n’ait pas elle aussi été canonisée… Mais les communautés Foi et Lumière de Suisse et du Jura français les ont fêtés tous les deux ensemble, associant Dorothée à frère Nicolas, pour se mettre en marche vers la paix.
La célébration d'ouverture avec Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion
L'arbre de la paix
Nous étions environ 250 pèlerins à nous être mis en route pour rejoindre le pays de frère Nicolas, dans le petit village de Sankt Niklausen : le cadre était magnifique, au-dessus du lac de Sarnen, au-dessous de superbes sommets, au milieu des vaches… Nous avons pu aller visiter le Ranft et l’ermitage de frère Nicolas, célébrer la réconciliation par une très belle liturgie, concrète et priante, fêter la paix avec une très belle animation musicale, construire un arbre de la paix, danser, chanter, prier tous ensemble dans une grande amitié. Nous avons repris à notre compte les dix règles de la paix que chaque communauté a illustrées à sa manière.
Un groupe de scouts était venu apporter leur aide, des jeunes pleins d’énergie, et j’ai pu constater que, comme d’habitude dans de telles circonstances, ceux qui viennent aider finissent par réaliser qu’ils reçoivent plus que ce qu’ils ont pu donner.
La fête finale pleine de joie
Joséphine était venue de Chypre pour ne pas oublier que son pays est divisé et que tous y attendent aussi la paix.
Sur le chemin du retour, nous avons pu découvrir des paysages superbes de lacs, de montagnes et de vallées jusqu’à la maison de Gabrielle et Pierre-André, très accueillants et heureux de nous faire découvrir leur ville de Gruyères et les montagnes environnantes ! Merci !
Je n'oublie pas la prière de frère Nicolas que nous avons chantée si souvent... 



"Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout entier pour Toi, mon Seigneur et mon Dieu. Arrache de moi tout ce qui m'empêche d'être à toi ; Accorde-moi tout ce qui peut me rapprocher de Toi ; Délivre-moi de moi-même et prends-moi tout entier pour Toi."

Le père Klaus n'avait pas apporté son cor des Alpes, mais on a  pu en voir.
Isabelle, Joséphine et Gabrielle à plus de 2000 mètres (Moléson)

Album photo




vendredi 9 juin 2017

Marie, femme de Cléophas, continue sa route…

Conférence à Gap
Au cours des dernières semaines je suis allé présenter le livre "Moi, Marie, femme de Cléophas" au centre diocésain de Gap (Hautes Alpes), à la librairie UOPC de Bruxelles, puis à la Viale-Europe, une communauté d’environ 25 jeunes adultes venus à Bruxelles pour le travail ou leurs études. Entre temps, j’avais été invité à une séance de signature à la librairie de la Procure à Versailles. Enfin, au cours d'un pèlerinage en Suisse, j'ai été invité à présenter le livre aux communautés de la province "Monts et Vallées sans Frontière".
On me demande souvent quelle a été l’inspiration qui m’a poussé à écrire ce livre, quelles sont les origines de cette initiative. Je réalise de plus en plus, à force de répondre à toutes ces questions, combien ce travail d’écriture me dépasse. Cette femme, Marie, n’est mentionnée qu’une seule fois dans un verset des Évangiles (Jn 19, 25) : je suis allée la retrouver pour raconter, à travers elle, ma propre histoire. J’ai voulu, à travers ses aventures et ses tribulations, dire combien son amitié avec Jésus et Marie sa mère ont bouleversé sa vie. Pour cela, il m’a fallu faire trois exercices très périlleux : remonter le temps d’environ 2000 ans, voyager jusqu’en Terre Sainte (où je ne suis encore jamais allé), et surtout… me mettre dans la peau d’une femme !
Conférence à Bruxelles
J’ai si souvent entendu Jean Vanier parler de l’Évangile comme s’il avait véritablement été le témoin de ce qu’il raconte. Il est si familier de tous ces personnages qui peuvent nous paraître lointains que j’ai tenté à mon tour de pousser les portes qui existent - si on les cherche bien - pour entrer et aller me promener dans tous ces lieux dont parlent les évangélistes. Et ça marche ! Et j’ai réalisé que ce que disent Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu est vrai : ce ne sont pas eux qui ont fondé Foi et Lumière ou l’Arche, mais Jésus et Marie sa mère ! J’ai découvert combien Saint Pierre peut être d’un tempérament simple, chaleureux et coléreux ; j’ai imaginé Saint Paul dur avec les autres et avec lui-même, mais attentif aux autres et capable de se remettre en cause devant la simplicité d’un jeune garçon handicapé.
Présentation du livre en Suisse
Aujourd’hui, Marie, la femme de Cléophas a traversé les siècles et elle m’accompagne et me pousse à être attentif à chacun. Ces communautés de rencontre qu’elle a fondées à l’initiative de Jésus et de Marie à partir de Béthanie, elle a le souci de les voir continuer à se développer partout où cela est possible.
C’est ainsi que j’ai été touché par cette jeune femme, maman d’un enfant trisomique de trois ans : je n’ai pas pu lui conseiller de rejoindre la communauté Foi et Lumière de sa paroisse car ils sont bien plus âgés en moyenne qu’elle… Elle n’a comme seul secours et seul objectif de rejoindre d’autres parents comme elle à travers les réseaux sociaux pour échanger et partager ; elle y trouve pour le moment du réconfort et les informations nécessaires sur les prises en charge possibles pour son fils ; elle peut dire plus de choses à travers l’anonymat de son clavier et de son écran d’ordinateur… mais il faudra bien un jour qu’elle passe par de vraies rencontres et de vraies amitiés.
J’ai aussi rencontré une autre maman. Son fils handicapé est bien plus âgé et a une sociabilité quasiment nulle ; c’est un grand gaillard deux fois plus grand qu’elle et le seul réconfort qu’elle a (elle vit seule avec son fils depuis que son mari l’a quitté) est de venir à Foi et Lumière qu’elle a découvert depuis peu. Elle paraît toujours très tendue, anticipant tout ce que son fils peut imaginer, et ses larmes ne sont jamais très loin… Que faire pour l’aider et la soulager ? Comment rejoindre les autres familles qui sont comme elles ?

Foi et Lumière n’a peut-être pas qu’un seul modèle pour venir en aide aux familles qui ne s’en sortent pas toutes seules. Il faut se mettre à l’ouvrage pour trouver des solutions nouvelles, à l’intérieur du cadre défini pour l’appel, l’identité et la mission de Foi et Lumière que nous avons travaillé récemment. Marie, femme de Cléophas, veut nous inciter à faire comme elle, à faire comme Jean et Marie-Hélène l’ont fait à leur tour : nous sommes tous appelés à être fondateurs, à imaginer des solutions nouvelles pour soulager les familles qui ont tant de mal à vivre la solitude, la souffrance, le rejet à cause de leurs enfants ayant un handicap. Il faut y aller !

lundi 24 avril 2017

Dis, papa, pour qui on va voter ?

Au lendemain du premier tour, je me pose beaucoup de questions quant au deuxième tour du 7 mai prochain... Avec Julie, nous avons voté de manière identique, un vote de conviction ; voter, c'est voter pour quelqu'un, un programme, des idées, ce n'est pas voter, au terme de réflexions stratégiques plus ou moins fumeuses, contre quelqu'un de manière à favoriser l'élimination de tel ou tel adversaire pour la suite des élections.
Quel candidat présent au deuxième tour s'est clairement exprimé pour la défense de la vie, comme le demandent les évêques de France ? "La dignité de notre société se reconnaît au respect des plus faibles de ses membres depuis le début de leur vie jusqu'à leur fin naturelle". Quel candidat se prononce pour la défense de la famille, tissu nourricier de la société ? 
Je ne me vois pas expliquer à Julie des recommandations de vote que je ne saurais pas m'appliquer à moi-même.
Donc, j'en conclus qu'aucun des deux candidats n'aura notre voix. Et nous prierons pour notre pays.

jeudi 6 avril 2017

Aller à Lourdes, c’est comme revenir à la maison.

Aller à Lourdes pour une rencontre Foi et Lumière, c’est comme revenir à la maison ! On s’y sent toujours chez soi, mais c’est aussi à chaque fois une nouvelle te enrichissante expérience.
Les 11 et 12 mars, la province "Entre deux Mers" s’est retrouvée à la Cité saint Pierre, là où a eu lieu notamment la rencontre internationale d’octobre 2008, le conseil des coordinateurs de février 2011. Que de bons souvenirs ! Même avec un programme très chargé, j’ai pu prendre le temps de descendre jusqu’au sanctuaire pour y déposer toutes les intentions que j’avais reçues de ma famille de mes amis et de Foi et Lumière.

Cette assemblée provinciale a eu lieu selon les "canons" de Foi et Lumière : bilan des quatre années passées, choix des priorités pour les quatre prochaines années, présentation des personnes qui ont été nommées pour faire partie de la nouvelle équipe provinciale, discernement, élections, action de grâce… Rien de très original, semble-t-il, mais à l’intérieur de figures imposées, il peut y avoir beaucoup de libertés pour manifester de l’originalité dans l’attachement que nous portons à Foi et Lumière.
D’une manière symbolique, l’ensemble de l’ancienne équipe a déposé son tablier de service avant le début de l’assemblée et la nouvelle équipe a repris le tablier à la fin de l’assemblée. Même si Michel et Sabine Arduino, accompagnés par Sam, ont repris du service, ils ont été pendant le temps de l’assemblée des délégués presque comme les autres.
Le temps de discernement a été suivi par un temps d’adoration devant le Saint Sacrement, une manière de se placer dans les mains de Jésus, pour qu’il puisse indiquer à chacun qui Il avait choisi pour accompagner la province.
La veillée a été très joyeuse ; il fallait deviner quelques figures de Foi et Lumière de trois manières différentes, avec des explications, par un mime, par un seul mot… et comme d’habitude, notre célèbre esprit de compétition a fait que chacun a gagné !
Jean-Luc raconte le pèlerinage de 1975 à Rome
Pendant tout le temps de cette assemblée, nous avons pu admirer les talents d'artiste de Jean-Luc Chaigneau ; il habite à La Rochelle et a participé à tous les pèlerinages internationaux de Foi et Lumière depuis 1971 ! Il a notamment réalisé un album de dessins (plus de 150 planches) qui raconte les premiers pèlerinages avec talent et beaucoup d'humour ! Hisse et Ho a parlé de lui en juin 2010 (numéro 6).




La messe du dimanche fut célébrée par le père André Cabes, recteur des sanctuaires de Lourdes, et ancien aumônier de communauté. Quand Monseigneur Jacques Perrier nous disait que Foi et Lumière faisait partie du patrimoine génétique de Lourdes, il ne se trompait pas !

Bonne route à la nouvelle équipe, que Notre-Dame de Lourdes veille sur vous !
La nouvelle équipe provinciale

jeudi 23 mars 2017

Les aventures de l'ECI en Géorgie

Marche dans la fraîcheur matinale avec Judex
Début mars, l’équipe de coordination internationale s’est retrouvée pour trois jours de travail à Cerovani, en Géorgie.
Tous n’étaient pas présents : Valerie était restée pour travailler pour sa thèse, Corinne était allée entourer Louise pour les funérailles de Henri Major et Ann... Ann est bien arrivée jusqu’à Tbilissi, mais à son arrivée, elle a reçu de mauvaises nouvelles de sa fille Rebecca et elle a aussitôt fait demi-tour… Grâce à Dieu, c’était moins grave que ce qu’elle craignait, mais elle nous a manqué.
Le voyage est long pour aller jusqu’à Tbilissi et les uns et les autres, malgré des heures d’arrivée parfois bien tardives, ont été à chaque fois accueillis par quelqu’un de Foi et Lumière qui était là pour nous emmener jusqu’à Cerovani ; pour ma part, je suis arrivé avec Guénaël à 2 heures du matin et le transport des écouteurs de traduction ont nécessité (comme souvent) beaucoup de diplomatie et de patience… surtout quand ça se passe au milieu de la nuit !
Chez Monseigneur Giuseppe Pasotto
Pour ceux qui étaient arrivés le plus tôt, un déjeuner était prévu chez Monseigneur Giuseppe Pasotto, administrateur apostolique du Caucase, qui exerce un rôle pastoral équivalent à celui d'évêque pour les catholiques de rite latin en Géorgie et en Arménie. Ce fut un moment très chaleureux et il nous a très bien reçus. Il était notre hôte car la maison où nous nous trouvions, Tagba House, dépend de lui. Nous avons ensuite visité la vieille ville avant de revenir à Cerovani en passant par l’ancienne capitale de la Géorgie, dont les souverains (au IVème siècle) se sont convertis au christianisme, faisant de leur pays le premier pays chrétien, sous l’influence de sainte Nino de Cappadoce.
Les temps de travail ont été très intenses et fructueux, car, outre le temps des rapports de chacun des membres de l’équipe, nous avons évoqué les questions du rassemblement des jeunes à Guardamar en août 2017, l’identité et la mission (dans la continuité de ce qui avait été fait en Pologne) auxquelles nous avons ajouté l’appel, les finances, la rencontre internationale de 2018… Nous avons aussi beaucoup prié, notamment pour Henri Major, dont les funérailles ont eu lieu pendant que nous étions réunis.
Eka présente les membres des communautés présentes
Et nous avons reçu la visite de membres des trois communautés de Géorgie (la Source, la Vigne et la Fleur du désert). Ce fut un temps très chaleureux et animé : chants, jeux, danses ont rythmé les quelques heures passées ensemble. Nous avons senti combien chacun était heureux de se retrouver ensemble ! Mais ce fut trop rapide, comme toujours et il a fallu repartir. La dernière soirée à Tagba House fut très mouvementée et joyeuse; Rebecca s’est retrouvée momifiée et grâce à l’intervention du Père Isaac, elle a pu revenir parmi nous ! Le tout étant mis en scène par Amgad avec l’aide de Raúl…



Dernière soirée à Cerovani


Nous nous retrouverons avec joie comme toujours pour de nouvelles aventures début 2018, sans doute sur le lieu de la rencontre internationale…

jeudi 9 mars 2017

Le câlin eucharistique

Marie-Odile Frey, coordinatrice de la province France Est Pétillante, est chargée de la pastorale d'un centre pour personnes handicapées à Cernay (Alsace), l'institut Saint André géré par l'association Adèle de Glaubitz. Les messes qui y sont célébrées sont pleines de ce que chacun peut y apporter, joie, peines, cris, souffrances, mais tout cela est transfiguré dans l'Eucharistie. A cette messe, les membres de la communauté Foi et Lumière locale sont également présents. Le texte qui suit a été rédigé par Christophe, le jeune aumônier du centre, après qu'il y ait célébré sa troisième messe dominicale. Il dit combien cette célébration l'a transformé, l'a fait grandir, a été pour lui une véritable rencontre avec Jésus...

C’était dimanche matin. La chapelle était assez remplie ce jour-là. Les premières personnes installées dans les bancs où devant les premiers bancs dans leurs fauteuils roulants attendaient le début de la messe. La porte était grande ouverte et on s’agitait dans le chœur pour que tout soit prêt, que tout soit en place pour célébrer l’eucharistie en ce jour du Seigneur. 
Ici, même si les horaires sont respectés, on n’est pas à une minute près. Non on n’est pas pressé : « A saint André, on prend son temps » dit Marie-Odile, chargée de la pastorale. Il faut du temps.
Du temps pour que les résidents arrivent, seuls, ou accompagnés par une autre personne qui les aide à se mouvoir ou à pousser le fauteuil roulant.
Il y a ceux qui habitent ici, les résidents, ceux qui y travaillent, les professionnels. Il y a ceux qui viennent célébrer la messe à l’Institut, parce que l’ambiance est différente, parce que la chapelle est accueillante, chauffée, belle ; parce que la liturgie est belle, simple mais soignée, parce que l’horaire les arrange. En arrivant chacun est accueilli par une des personnes handicapées de ce grand Institut et qui propose à chacun une feuille de chants.
Oui, ici, à Saint André, tout le monde a le droit de chanter. Ce n’est pas une chorale qui donne un concert depuis sa tribune ou dans le chœur, et qui fait de l’assemblée un public, venu écouter une nouvelle performance. Non, chacun chante avec. Et tant pis s’il y a deux, trois, quatre, cinq mélodies différentes pour la même partition : on chante ! En attendant de débuter la célébration, une musique de fond aide à garder le silence et à veiller à une ambiance propre au lieu. Marie-Odile veille à cette ambiance, au respect du lieu. Et même si certains s’expriment par des cris, des râles, des gestes amples, des onomatopées plus ou moins graves, plus ou moins stridentes, on sent que les personnes connaissent ce lieu, qu’elles aiment y venir prier, célébrer, que la messe est un rendez-vous désiré, attendu. Sœur Emmanuelle, quant à elle, finit de tout préparer, de la sacristie vers le chœur, et malgré ses 90 ans, grimpe les marches et les échelles pour allumer les bougies au maître-autel, sur l’autel de célébration, aux autels de Marie et de Joseph.
Elle aime tant saint Joseph. C’est un peu son chouchou. Elle n’hésite pas à témoigner de la puissance du gardien de la sainte Famille vers qui elle fait monter ses prières secrètes. La dernière en date : la nomination d’un nouvel aumônier pour l’Institut. Après des années de bons et loyaux service, le père Paul, à 92 ans, est épuisé et il ne lui est plus possible de célébrer l’eucharistie. Marie-Odile qui porte ici la pastorale depuis plusieurs décennies est attristée et, en raison de la diminution des prêtres, devra sans doute organiser certains dimanches des célébrations de la Parole. Elle n’arrive pas à se faire à l’idée que ses chers résidents qui sont ici chez eux, 365 jours de l’année, n’aient plus la grâce et la chance de pouvoir vivre la messe ! L’évêché a fait savoir qu’il faudrait s’organiser autrement, compter sur les prêtres du secteur. Elle connait la bonne volonté des prêtres des environs, mais, pourquoi, pourquoi faut-il en arriver là ? Alors, avec sœur Emmanuelle, elle prie, elle prie pour que le Seigneur donne un prêtre pour saint André.
A 10h30 … passé … parce qu’ici, on prend le temps … Christophe sort de la sacristie, accompagné de 4 servants d’autel. La cloche sonne. Le chant d’entrée se met en route. Les servants de messe sont des jeunes adultes qui malgré leur handicap ont revêtu l’aube blanche (avec l’aide de sœur Emmanuelle) et de bon cœur participent à cette mission, à ce service. Dans un rituel bien rodé, chacun reçoit et connait sa mission : sonner la cloche à la sortie de la sacristie, avancer et se tourner vers le maître-autel et s’incliner en même temps que le prêtre, se mettre autour de l’autel et donner au prêtre les vases sacrés et les burettes, sonner la cloche pendant la consécration, aller porter la paix à l’assemblée, … C’est qu’ici, dans ce lieu où vivent des personnes handicapées, on a l’habitude de voir différents prêtres. Contrairement à certaines paroisses où on ne vient pas quand on sait qu’un tel ou tel autre prêtre célèbre, ici, on accueille : on est heureux qu’un prêtre vienne donner Jésus ! Et ici, à l’Institut, quand arrive le geste de paix, c’est la fête ! Chacun se tourne vers l’autre, dans la mesure où son corps le lui permet et va sortir de son banc pour aller rencontrer le reste de l’assemblée. Ici, le geste de paix prend son temps et souvent le prêtre doit attendre le retour des servants d’autel qui sont allés donner la paix dans toute l’assemblée jusqu’à la dernière personne, jusqu’au dernier banc. Combien de nos assemblées paroissiales pourraient venir prendre exemple sur la convivialité, la joie et en même temps la simplicité et la profondeur de ce qui se vit … à l’Institut saint André. Quand nos assemblées paroissiales, prêtres et fidèles portent le visage de la gravité, de la tristesse, parfois de l’individualisme, ici, on fait l’expérience que … n’est pas forcément handicapé celui qu’on croit ! En tout cas de la contagion de la foi et de l’art de communiquer … même sans pouvoir parler ou bouger avec son corps.
Christophe, le prêtre, c’est lui, le « miracle de saint Joseph » pour sœur Emmanuelle. A force de prières, telle la veuve de l’évangile qui « casse les oreilles du juge », sœur Emmanuelle et Marie-Odile auront réussi à convaincre le chaste époux de Marie. Au détour d’une nomination diocésaine, et avec un combat lié à une prière à saint Joseph … Christophe a été nommé aumônier et est donc chargé de célébrer la messe le dimanche matin. Ce jour-là c’était peut-être la deuxième ou la troisième fois qu’il y venait. Heureusement pour lui, les deux citées plus haut étaient de bon conseil, et rassurantes. Pas évident de présider la messe devant une assemblée dont la majorité des fidèles porte un handicap ! Pas évident non plus quand ces handicaps sont multiples, divers, que tous les âges sont présents en même temps dans la chapelle, quand certains mots ont tout à fait une autre portée dans ce contexte-ci ! Comment se tenir ? Quoi dire ? Quoi ne pas dire ? Il lui fallait tout apprendre … Et même, disait-il, à ré-apprendre à célébrer la messe. Non pas qu’il s’agissait de révolutionner le rituel de la messe, ce n’est pas son style, mais savoir ajuster les paroles, les mots, parfois moins de paroles, parfois plus d’explication, parfois être plus spontané, et de toute manière, pour l’homélie, court … ce qui n’est pas gagné pour ce prêtre réputé bavard dans ses homélies … Marie-Odile lui rappelait volontiers cette parole : « ici, il faut t’adresser aux résidents, pas d’abord aux personnes venues de l’extérieur ». Facile à dire, quand on a tout à apprendre ! Mais une parole nécessaire, en vérité.
Le geste de paix vient de se terminer. Christophe est dans l’admiration de cette spontanéité et de cette simplicité d’une rencontre où handicapés et les autres … se fondent dans une même communion autour d’une invitation : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez-vous la paix ! ». Avec une certaine appréhension quand arrive le moment de la communion, il se rend aux pieds des marches du chœur. Il doit encore se sentir en confiance devant une assemblée dont il sait qu’un geste, un regard, une attitude peut provoquer des réactions parfois surprenantes,… surtout en ce moment sacré par excellence de la distribution de la communion. Il lui faudra apprendre que Jésus (qu’il tient entre ses mains !) n’a pas eu peur, lui, d’aller dans les foules improbables, dans les lieux où les codes étaient autres que ceux des bien-pensants … Dans un désordre pourtant habité, les personnes s’avancent, de la gauche, de la droite, au centre, pour recevoir Jésus. Pour un prêtre, donner Jésus, dans la messe qu’il célèbre, est la plus grand et la plus belle chose. Il a donné sa vie pour cela. Pour donner Jésus présent dans l’hostie. Ici, pas de place pour les rigoristes et les rubricistes. Certains ouvrent la bouche pour communier, d’autres ouvrent les mains, ou saisissent l’hostie. Il faut parfois aider, demander, accompagner. C’est toujours très beau de voir telle autre personne handicapée ou tel professionnel, tel paroissien aider le résident qui ne sait plus comment faire, quoi faire, par où repartir pour regagner sa place … On se croirait au moment de la distribution des pains multipliés dans l’Évangile.
Ce jour-là Patrick se présente devant le prêtre. Il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’année, portant le handicap de la trisomie 21. Les deux hommes ne se connaissent pas encore. Christophe lui présente l’hostie : « Le corps du Christ ». Patrick, les mains ouvertes, grand sourire au visage, se laisse devenir crèche vivante quelques instants, le temps que Jésus repose entre ses mains comme dans le berceau à Bethléem. Il répond : « AMEN ». On imagine alors Patrick repartir à sa place. L’histoire pourrait se terminer là.
Mais il n’en est rien ! Alors que le prêtre saisissait déjà l’hostie suivante dans ses mains, tel un geste machinal et automatique, Patrick, resté devant lui le saisit avec empressement et, posant ses mains autour des épaules du prêtre, lui pose deux bises sur chacune des joues. Christophe est saisi d’étonnement ! Il ne sait plus quoi faire, comment se positionner. Il se demande ce qui est en train de se passer. En 13 années de sacerdoce, jamais personne ne l’avait embrassé, une fois avoir communié, une fois avoir reçu Jésus hostie. Au contraire ! Combien de fois dans son cœur avait-il pesté quand une main en forme de pince venait prendre l’hostie sans même répondre le simple « Amen » ! Ce dimanche-là, Christophe vivait une des plus belles messes de sa vie de prêtre. Dans la joie de la présence d’un prêtre qu’il ne connaissait pas, dans la joie de pouvoir s’avancer à la messe pour communier, un handicapé, trisomique, Patrick l’embrassait ! Etait-ce tout simplement une question de politesse ? Un tic ? Une manière d’être de Patrick qui faisait une démonstration affective un peu exagérée, ou mal gérée ? Christophe, l’espace d’une seconde (qui lui paraissait interminable !), se tournait vers Marie-Odile en attendant de sa part un geste, une consigne, un mot pour savoir comment se sortir de cette situation inhabituelle et peut-être inappropriée pour ceux qui suivaient dans la procession. Mais, Marie-Odile n’avait sur son visage que son sourire, ce sourire apaisant qui disait « confiance ! » ou encore « où est le problème ? ». De problème, de fait, il n’y en avait pas. Patrick venait d’inventer un nouveau rituel, celui du câlin eucharistique ! Machinalement, mal à l’aise, un peu gêné, se sentant observé par la planète entière voir tout l’univers, le prêtre lui posait une tape amicale sur la tête et déjà, Patrick se déportant légèrement, il cherchait dans le ciboire la sainte communion pour la personne suivante.
Ce câlin eucharistique se reproduit systématiquement quand Patrick vient à la messe. Il se déroule une sacrée (sic !) rencontre. En ce moment précis d’un câlin, prendre l’autre dans ses bras, faire les bises, comme il peut s’en vivre des milliers et des milliers chaque jour dans le monde entre deux personnes qui s’aiment, entre des parents et leurs enfants, entre des amis, entre deux personnes qui ne se sont plus vues depuis longtemps et se retrouvent, au moment d’une fête comme le passage de l’an, d’un anniversaire, quelque chose de très fort se vit. Le prêtre vient de communier. Jésus est présent en lui. Patrick vient de communier, Jésus est présent en lui. Mais quand Patrick prend le prêtre dans ses bras, il ne fait pas semblant : c’est de tout cœur. En cet instant qui dure l’espace de quelques petites secondes, Jésus est bien là au milieu d’eux. En leurs cœurs, à chacun, en leurs vies, mais aussi et de manière mystérieuse, dans le ciboire qui se retrouve coincé, pris au piège de la spontanéité et de l’affection de Patrick, entre les deux ! Dans le geste de Patrick, que le prêtre ne repousse pas, Jésus se retrouve comme pris au piège de cet élan de bonté et de tendresse du handicapé trisomique. Jésus est au cœur de cette image qui choquera certains, trop occupés à faire suivre des règles, des habitudes et des principes, qui provoquera la moquerie d’autres, ou qui verrons d’autres, lire le signe de ce moment. Le signe, c’est celui de la vérité : Jésus est occasion de joie, Jésus est source de paix, Jésus est celui qui rassemble les différences dans l’unité.
Ah, … si nos communautés paroissiales pouvaient avoir la simplicité de trouver en l’autre un frère, une sœur, une âme dont il faut prendre soin … Alors que dans de nombreuses églises, les fidèles s’installent sans se regarder, sans se dire bonjour, sans s’accueillir les uns les autres, la chapelle de saint André devient le modèle de ce qu’est vivre du Christ. Combien de fois quand un enfant pleure ou fait du bruit, quand de nouveaux visages arrivent, nos communautés se sentent dérangées, bousculées, … Le geste de Patrick invite à se laisser tout simplement habiter par cette question : Jésus a t’il sa place entre moi et l’autre ? Il est le trait d’union entre l’autre et moi ! Il est cette présence, cette force, cette grâce, ce miracle, ce don, ce Sauveur, ce Seigneur qui dans la simplicité, la faiblesse et la pauvreté apparente d’une hostie est capable de changer nos relations, de simplifier nos relations. Surtout, il est celui qui nous redit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ! ».
De confidence de prêtre, Patrick a fait grandir Christophe. Ils n’ont jamais échangé de paroles, tenu ensemble une conversation. Mais ce geste, ce moment vécu au cœur de l’eucharistie a donné à Christophe une certitude renouvelée qu’être prêtre est une grande chose, que de donner Jésus déplace des montagnes et ouvre des perspectives là où ne l’attend pas, plus. Surtout, il sait qu’il ne commence qu’à comprendre la grandeur, la force de l’eucharistie, fut-il prêtre depuis plus d’une décennie. Surtout, il ne cesse de repenser à ce qui se passe quand Patrick une fois avoir communié pose ce geste. Jésus est là dans le ciboire et vient, une fois de plus encore, comme le jour de Noël se faire tout petit, tout petit pour permettre à l’homme de faire une grande chose : poser un geste de paix, un geste qui est noble. Jésus croit en la capacité de l’homme de faire de grandes choses. C’est lui-même qui le disait à ses Apôtres : « vous ferez de plus grandes choses encore ! ». Jésus est là dans le ciboire, il est comme écrasé par le geste débordant de Patrick, une fois de plus froment moulu pour donner de la nourriture à ceux qui ont faim de lui ! C’est fou, c’est grand comme ce qu’il y a de plus sacré, l’Eucharistie, vient ainsi se mêler à ce qu’il y a de plus incarné, humain, un geste amical. On pense à Jésus sur la croix, qui, les bras grands ouverts, donne sa vie pour que le monde soit sauvé. Son geste préfigure tous les bras grands ouverts, tels ceux de Patrick, le handicapé, qui vient forcer les codes, les habitudes, les peurs, les certitudes de Christophe, souvent handicapé du cœur …
« Que c’est beau Jésus ! », disait le bienheureux Antoine Chevrier ! Oui, c’est beau, l’Eucharistie … si le monde savait ! Et si ceux qui savent peuvent s’étonner et s’émerveiller de la communion, notre monde courrait pour vivre ce câlin eucharistique …

lundi 27 février 2017

Chaud et froid en Ukraine

Pavlo, roi de l'Ukraine
Après l’Égypte, pays où Foi et Lumière est bien vivant, et plein d’énergie, je suis allé dans un autre pays où notre mouvement est tout aussi dynamique, l’Ukraine. Le climat n’y est pas tout à fait le même puisque, juste avant mon arrivée, il a beaucoup neigé et la température a allègrement dépassé (vers le bas) les – 10 degrés !
Pavlo et sa marmotte (babak en ukrainien)
Mais la chaleur dans les cœurs a largement compensé le froid à l’extérieur. La rencontre proprement dite s’est passée tout près de la frontière polonaise, à plus de 100 km au sud-ouest de Lviv, à Lopushanka-Khomyna. Nous étions une cinquantaine venus de presque toutes les communautés de ce pays-province. L’ambiance fut studieuse et joyeuse, sérieuse mais aussi détendue ; il y avait beaucoup de jeunes et d’enthousiasme, des temps de formation, mais aussi des temps de partage, de rencontre et de fête. Le but de cette rencontre était de désigner le coordinateur de la province, tous les vice-coordinateurs ayant été élus en mai 2016. Après un discernement réalisé avec l’aide de la responsable du comité de nomination, Pavlo (28 ans) a été élu et ce fut un grand temps de célébration. Il a fallu en effet confirmer cette élection par toutes sortes d’épreuves imaginées par les uns et les autres, depuis des questions posées par Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu, plus vrais que nature, jusqu’à la vérification de ses capacités personnelles dans des domaines très variés dont la confiance : il fallait, pour Pavlo qui avait les yeux bandés, se laisser tomber en arrière du haut d’une chaise en espérant que les membres de sa province seraient là pour le rattraper !
Nous avons profité du beau temps (mais froid…) pour prendre l’air et aller faire une grande bataille de boules de neige. Quand il fait froid comme ça, il faut se bouger.
Séance de bronzage dans la neige !
Il y a eu aussi une revue des activités de la province pour l’année 2017 : beaucoup de choses, dont une retraite pour les guitaristes des communautés ! Et le mot d’ordre pour l’envoi, c’était « multipliez-vous ! » L’Ukraine a le grand désir d’aller annoncer Foi et Lumière partout dans le pays, et notamment vers l’est où il n’y a pas encore beaucoup de communautés. Chacun, avant de partir, a été béni et a béni les autres, un grand moment où des choses très belles peuvent s’échanger entre les uns et les autres.
J’ai séjourné à Lviv avant et après cette belle assemblée provinciale ; j’étais logé dans une chambre de passage à l’Université Catholique d’Ukraine (UKU) dont le président est Monseigneur Borys Gudziak, éparque des grecs-catholiques ukrainiens de France, de Suisse et du Bénélux. Il réside à Paris, mais il était de passage à Lviv ; il a célébré la divine liturgie dans l’église de l’université et j’ai eu la chance d’y participer et de pouvoir parler un peu avec lui ensuite : il souhaite démarrer Foi et Lumière dans son éparchie ; j’irai donc le voir bientôt.
Visite au centre Emayc (Emaus)
L’UKU, c’est aussi ce foyer, situé au cœur de l’université, qui accueille quatre personnes ayant un handicap mental. Monseigneur Borys, quand il était recteur de l’université, a voulu que les étudiants soient formés intellectuellement, mais aussi qu’ils puissent avoir une possibilité de contact avec des personnes différentes pour être mieux "structurés" humainement. Quelle belle intuition ! Ce foyer dépend du centre Emaus dirigé par Christina, qui a fait partie de ma communauté, et nous avons pu passer un bon moment ensemble pour le dîner, pour jouer et prier. Le lendemain, j’ai pu la retrouver sur son lieu de travail avec son équipe. J’ai réalisé combien leur travail d’information, de communication, de sensibilisation au problème du handicap était important et riche de résultats positifs !
Pour que le séjour soit le plus complet possible, j’ai aussi été accueilli le temps d’un dîner à l’Arche de Lviv. Encore un bon moment.

Merci beaucoup à Uliana, à Pavlo et à tous ceux qui ont rendu ce séjour en Ukraine si riche en rencontres. Je me suis senti chez moi chez vous !