samedi 19 décembre 2015

Kristina

L'église du monastère de Paparčiai
Quand en mai 2014, Kristina, qui était depuis six mois vice-coordinatrice internationale, m’a invité à aller passer 24 heures au monastère des sœurs de Bethléem à Paparčiai, au milieu des forêts de Lituanie, je n’imaginais pas vraiment tout ce qui allait se passer !
J’avais bien remarqué que Kristina était très à l’aise dans cette ambiance très particulière d’un ordre monastique sévère ; en effet, "la famille monastique de Bethléem de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno" observe la règle de Saint Bruno, celle de l’ordre des Chartreux. J’ai pu en observer la rigueur dans mon petit ermitage dans lequel on venait m’apporter mes repas… Mais cela m’a permis de prier, de méditer et de me préparer intérieurement à la session de formation que j’allais animer dès le lendemain soir… Dans le train qui nous ramenait à Vilnius, j’ai demandé à Kristina si elle avait jamais entendu un appel à rejoindre cette communauté ? Elle m’a répondu que non, que le seul appel auquel elle avait répondu, c’était celui de Foi et Lumière. Et l’engagement qu’elle avait pris en acceptant de servir comme vice-coordinatrice internationale était porté dans la prière par les sœurs qui connaissent bien Foi et Lumière et sont de bons soutiens de Foi et Lumière en Lituanie et dans le monde.
A notre arrivée à Vilnius, nous avons retrouvé l’aumônier national de Foi et Lumière, et avant de rejoindre les participants à la formation, nous nous sommes arrêtés pour prier dans la maison où avait habité Sainte Faustine Kowalska. Nous y avons prié le chapelet à la Miséricorde Divine. C’est dans cette maison de la Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde, où elle a vécu dans les années 1933 – 1936, que le Seigneur Jésus lui avait dicté ce chapelet.
Trois mois plus tard, quand Kristina m’a appelé pour me dire l’appel radical qu’elle avait reçu et auquel, après un long discernement, elle voulait répondre « oui », j’ai été abasourdi et ma première réaction –après avoir raccroché- fut de me mettre en colère contre le Bon Dieu qui semblait me jouer un mauvais tour ! Puis, petit à petit, j’ai "digéré" cette nouvelle et j’ai pu passer à une autre étape qui était celle d’accompagner Kristina dans cette démarche. Fille unique d’une maman veuve, elle a mis du temps à lui annoncer cette nouvelle et j’ai le sentiment d’avoir un petit peu joué le rôle du papa de Kristina… Il faut dire que Kristina est née un 12 avril, elle a donc la même date d’anniversaire que ma fille Julie !
La vue sur le mont Blanc depuis les Monts Voirons
Avec soeur Deir Maria, Julie et Kristina
J’ai été très heureux de revoir Kristina l’été dernier au monastère Notre-Dame de la Gloire-Dieu des Monts Voirons, un superbe endroit au-dessus du lac Léman et face à la chaine du Mont-Blanc ! Ce plus ancien haut-lieu marial de Haute-Savoie a souvent vu Saint François de Sales y rejoindre le groupe des ermites d’alors. C’est là que Kristina, accompagnée de sœur Deir Maria, a passé le mois d’août en retraite. Avec Isabelle et Julie, nous avons passé un très bon moment plein de joie. Nous étions si bien ensemble que nous avons oublié l’heure des vêpres et nous sommes arrivés à la chapelle un peu en retard !
Et puis, le dimanche 11 octobre, Kristina a rejoint la clôture du monastère de Paparčiai. L’Évangile, ce jour-là, disait : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple (Mc10, 29-30). Et les communautés du monde entier avaient pour thème de réflexion pour le mois d’octobre : main dans la main avec les communautés religieuses ! La communauté de Kristina a bien sur choisi de vivre cette union de prière avec le monastère de Paparčiai, un monastère qui est explicitement nommé dans le carnet de route…
L’Église catholique termine l’année de la vie consacrée et s’apprête à entrer dans l’année du jubilé de la Miséricorde. Je me rappelle cette journée de mai 2014, commencée au milieu de la communauté religieuse que Kristina a rejointe et qui s’est terminée dans la maison de Faustine Kowalska que nous avons remplie de notre prière : Par Sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier. Nous allons avoir beaucoup d’occasions dans l’année qui vient de vivre la main dans la main, remplis de cette grande Miséricorde Divine !

Kristina, je réalise maintenant que tu n’as pas vraiment quitté Foi et Lumière, nous avons gagné un soutien constant par la prière des sœurs de Bethléem de Paparčiai. Prie pour nous comme nous prions pour toi !

L'Équipe de coordination internationale s'est réunie en Pologne

Le CA et l'ECI au grand complet
Les rencontres en Pologne se suivent et ne se ressemblent pas toutes, heureusement. Début décembre, nous étions à Konstancin-Jeziorna, près de Varsovie, dans un centre d’animation missionnaire des pères Pallotins, pour deux réunions successives : le Conseil d’administration et l’Équipe de coordination internationale. Il y avait un jour de recouvrement pour avoir le temps de réfléchir tous ensemble, pour tenter de discerner l’appel de Dieu pour Foi et Lumière dans les années à venir. Ce fut un temps de partage à partir des messages que nous avaient donné nos fondateurs ; nous n’avons pas convergé vers la définition d’un horizon clair et limpide de ce qui nous attend sur le chemin qui va nous emmener vers 2025 et au-delà… Il faudra certainement laisser des possibilités au Saint Esprit de nous surprendre et nous étonner, comme il l’a fait en 1971.
Nous avons aussi commencé la réunion de l’Équipe de coordination internationale qui a suivi par une journée de réflexion sur l’identité et la mission de Foi et Lumière : c’était une manière de préparer le conseil des coordinateurs qui aura lieu dans les mêmes locaux en juillet 2016.
Nous avons accueilli très chaleureusement les deux nouveaux vice-coordinateurs internationaux, Kirt Bromley et Uliana Roy qui accompagnent respectivement les provinces du Canada et des USA (Kirt) et l’Ukraine, Between the Seas et Danube (Uliana). Tous deux se sont très vite intégrés dans cette équipe si belle et qui a à cœur le désir de faire rayonner Foi et Lumière partout dans le monde. Nous avons fait ainsi le tour des provinces, nous réjouissant des bonnes nouvelles et partageant les difficultés que vivent certaines communautés (comme au Burundi, à Capetown, en Syrie, en Ukraine…). Nous avons commencé à planifier les activités phares des mois à venir : le Jubilé des malades et des personnes handicapées à Rome en juin, le Conseil des coordinateurs de juillet, les JMJ de Cracovie, un grand rassemblement de jeunes de Foi et Lumière en 2017…
La viste de Saint Nicolas
Nous avons eu la joie de recevoir plusieurs visites : saint Nicolas nous a fait la surprise de venir nous voir le 6 décembre avec une hotte pleine de cadeaux ; Agnieszka, la coordinatrice de la province, et des membres des communautés de Varsovie sont venus nous retrouver pour dîner avec nous et passer une bonne soirée tous ensemble. Nous avons découvert Varsovie by night (le lieu où Saint Jean-Paul II avait dit la messe en 1979, la paroisse où une communauté de Varsovie se retrouve, un restaurant où Frédéric Chopin avait l’habitude de venir dîner… et où nous nous sommes bien amusés, comme dans une rencontre de communauté !).
Sur le plan spirituel, nous avons célébré le 7 décembre, pour la vigile de la solennité de l’Immaculée Conception, l’entrée dans l’année sainte de la Miséricorde Divine par une célébration du lavement des pieds.

Merci à vous tous, vous êtes super ! Un grand merci tout particulier à Asia qui a si bien préparé cette réunion ! Je suis toujours heureux de retrouver cette équipe au complet ! Je me rends compte à chaque fois combien vous êtes précieux et combien c’est plus facile de porter ce travail d’accompagnement des provinces dans la confiance et la communion. Kocham was (c'est du polonais...) !
Dans  le restaurant favori de Frédéric Chopin

lundi 30 novembre 2015

Fe y Luz en Argentine (et à São Paulo)


Pendant les quelques secondes pendant lesquelles j’ai pu parler au Pape François fin juin sur la place Saint Pierre, je lui ai dit que j’allais aller dans son pays pour rencontrer les communautés Foi et Lumière d’Argentine. J’ai pu tenir cette promesse en allant jusqu’à Buenos Aires du 20 au 22 novembre. J’y suis allé avec Maria-Silvia et les coordinateurs de la province Pont de l’Amitié, Marcia et Walter que j’avais retrouvés chez eux à São Paulo. Cette province regroupe les communautés du sud du Brésil, du Paraguay et de l’Argentine. Cela faisait quelques temps que Maria-Silvia me disait que Foi et Lumière en Argentine avait besoin d’être encouragé, dynamisé… et je me suis décidé à aller sur place pour tenter de redonner un peu de tonus à ce grand pays.
Avec Don Alberto Bochatey
Nous avons commencé cette visite en rencontrant celui par qui tout a commencé en Argentine, Monseigneur Alberto Bochatey, osa. Du temps où il était jeune prêtre dans une paroisse de Mendoza, il avait été à l’origine de plusieurs communautés. Aujourd’hui, il en reste une avec laquelle il a gardé des liens très forts et notre rencontre a permis de renouer le fil avec cette communauté "Saint Augustin" dont la province avait un peu perdu la trace. Don Alberto nous a montré des photos et donné les contacts des responsables. Dans le diocèse de La Plata, dont Don Alberto est évêque auxiliaire, à une heure de route de la capitale, il n’y a pas encore de communauté et pourtant il y a beaucoup de besoins… Nous sommes ressortis très heureux d’avoir pu renouer le contact avec une communauté et de penser qu’une nouvelle communauté allait démarrer !
Après une bonne journée de travail !
L’étape suivante fut de rejoindre la maison de Mariela Esponda, la responsable de la communauté Nuestra Señora de Esperanza de Haedo, dans la banlieue ouest de Buenos Aires. C’est là que nous ont rejoints trois personnes venues de la communauté San Francisco Solano de Rosario, ville distante de 300 kilomètres au nord, et deux de la communauté locale. Nous avons passé une journée ensemble à nous écouter, à rêver, à organiser… et le fruit de cette journée est que les communautés d’Argentine ont la volonté et la capacité de continuer à vivre la vie de Foi et Lumière, la volonté et la capacité de faire grandir Foi et Lumière dans le pays avec notamment l’aide de la catéchèse spécialisée ; celle-ci est prête à ouvrir les portes au cours des visites prévues dans les diocèses du pays pendant l'année prochaine. Une petite équipe va se mettre en place et préparera une rencontre qui aura lieu en septembre prochain avec la participation de Don Alberto. Des jeunes ayant participé aux JMJ seront invités à venir donner leur témoignage. L'élection d'un responsable chargé de coordonner Foi et Lumière en Argentine sera faite à ce moment-là.
Avec la communauté Nuestra Señora de esperanza
Le dimanche, nous avons assisté à la rencontre de la communauté Nuestra Señora de Esperanza ; c’est toujours merveilleux que de vivre un temps pareil : la joie, la convivialité, le partage, l’amitié sont toujours présents où que l’on soit dans le monde ! J’ai pu constater qu’il y avait dans le lieu de la réunion une feuille sur laquelle étaient affichés tous les rêves de la communauté, un exemple à suivre ?
Puis nous sommes allés rendre visite au foyer de l’Arche de Buenos Aires, puis à Maria-Luisa, la fondatrice de l’Arche en Argentine. C’est toujours bon de rencontrer nos frères et sœurs de l’Arche ; il y a là des amis solides sur lesquels on peut s’appuyer… Maria-Luisa est une femme exceptionnelle qui organise avec son mari des temps de retraite pour les parents autour de la spiritualité de Jean Vanier ; il y a là aussi des possibilités de rencontre avec Foi et Lumière…
Mais il était déjà temps de repartir ! Et je suis resté ensuite deux jours à São Paulo pendant lesquels j’ai pu rencontrer les responsables de l’association nationale de Foi et Lumière au Brésil (qui prépare les fêtes de leur quarantième anniversaire en 2017 à Aparecida, une quarantaine de membres des communautés de São Paulo à qui j’ai pu parler un moment de la mission de Foi et Lumière.
Communauté Santa Cecilia
Communauté Vila Guilherme
Et avant de repartir, j’ai là aussi pu rendre visite à l’Arche où se trouve actuellement Hélène Anctil, coordinatrice provinciale de Canada Est, venue aider la communauté locale dans son travail de re-fondation.
Cette visite fut très dense car j’ai l’impression d’avoir fait des multitudes de rencontres en très peu de temps, mais ce fut très riche et l’accueil si chaleureux de tous dans les deux pays m’ont permis de faire le maximum pour que la mission soit réussie et porte beaucoup de fruits ! Muchas gracias, obrigado !
L'album photo

dimanche 29 novembre 2015

Przykazanie nowe daję wam

La belle équipe provinciale
Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres (Jn 13, 34). C’était le thème choisi par l’équipe provinciale de Pologne Sud pour leur rencontre annuelle à Hałcnow, chez des religieuses séraphiques. Ce monastère est à une heure à l’ouest de Cracovie et je fus accueilli à l’aéroport par Agnieszka, coordinatrice de la province et Zbyszek, l’interprète fidèle de nos rencontres d’équipe de coordination. Cet aéroport, qui s’appelle Jean-Paul II, est en grands travaux d’agrandissement dans la perspective des JMJ de 2016 ; ce grand événement se prépare et on sent que les Polonais sont impatients d’accueillir les jeunes du monde entier dans leur si belle ville.
Mon ami Piotr
Nous avons déjeuné dans un petit restaurant, Lunch Bar Awokado, qui est un atelier protégé où travaille Ania, de la communauté d’Agnieszka. J’y ai retrouvé, avec une joie partagée, Piotr qui était à Leeds en 2013 !
Le sanctuaire de la divine miséricorde de Łagiewniki
Puis, sur la route de Hałcnow, nous nous sommes arrêtés au sanctuaire de la Divine Miséricorde à Łagiewniki : c’est là qu’a vécu Sainte Faustine Kowalska, là que le Pape Saint Jean-Paul II a confié le monde entier à la miséricorde Divine. Nous y étions à 15 heures et avons participé à la prière du chapelet de la Miséricorde dans la chapelle où est enterrée Sainte Faustine, nous préparant ainsi avec un peu d’avance à l’ouverture du Jubilé de la Miséricorde.
A mi-chemin, nous sommes passés par la petite ville de Wadowice, ville natale de Karol Wojtiła. Les travaux qui étaient en cours en 2012, quand nous y étions passés avec le pèlerinage de notre province, sont maintenant terminés et la maison natale du Saint Pape est très bien restaurée.
Dziękuję père Jarosław !
Nous avons retrouvé les participants au week-end et avons tout de suite commencé notre rencontre par la messe ; nous avons eu la chance d’avoir avec nous jusqu’à six aumôniers, un luxe ! L’ancien aumônier provincial, le père Jarosław Chlebda a passé le relai à son successeur, le père Maciej Ścibo, au cours d’une belle célébration.
J’ai parlé deux fois aux personnes présentes (environ soixante-dix) sur le thème de la rencontre et aussi pour leur parler de notre grande famille internationale. J’ai senti une grande écoute et une attention très active ! Il y a eu aussi comme dans toutes les rencontres des temps d’atelier, des temps de fête, des temps de prière. J’ai été très heureux de ce temps de rencontre, tous étaient bien dans le thème du week-end et la joie était présente à chaque instant !
Parmi toutes les choses vécues, je retiens deux choses qui m’ont le plus frappé :
-          -  Au cours de la présentation, quelques communautés sont venues témoigner de leurs activités et j’ai senti à travers les témoignages de camps d’été, de pèlerinages (une communauté est allée jusqu’à Lourdes !), une grande vitalité.


-          - Un des ateliers était consacré à constituer un petit orchestre avec les personnes handicapées présentes, et avec un temps de préparation extrêmement court, ils nous ont présenté la chanson Hallelujah de Leonard Cohen. Ils ont été très fortement applaudis !
Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à Jaworzno chez Asia Koczot qui fêtait son anniversaire ! Nous nous sommes retrouvés nombreux chez elle pour cet événement très festif !


Un grand merci à Agnieszka et à toute l'équipe provinciale de Pologne Sud pour cette belle rencontre. Votre province est très belle et j'ai eu une grande joie à être parmi vous pendant cette rencontre ! Et comme à chaque fois, j'apprends quelques mots nouveaux en polonais, je vous dis :dziękuję bardzo, kocham Polska Wiara i Swiatło !

L'album photo

jeudi 5 novembre 2015

La province Danube se remet en marche !

La flamme continue à briller dans la province Danube !
La province Danube m’est très chère, c’est sans doute celle que j’ai le plus visitée ! J’y suis allé pour la première fois début 2002 pour la réunion du Conseil International ; et j’y suis retourné à de nombreuses reprises pour des formations, des réunions de conseil de zone ou de province, des pèlerinages… J’en connais tous les pays : Hongrie, Roumanie et Serbie… mais surtout j’y ai de nombreux amis que j’ai à chaque fois grand plaisir à retrouver !

Aussi, quand cette belle province a des soucis, j’en suis très affecté et j’essaie de faire tout mon possible pour lui venir en aide. En 2011, une assemblée provinciale a eu lieu au cours du pèlerinage provincial qui avait été organisé à Miercurea Ciuc… l’expérience a montré qu’il n’est pas bon de mélanger les genres… Quatre ans plus tard, et malgré des rencontres et au moins une formation, l’équipe provinciale, épuisée, n’avait plus qu’une seule envie, passer la main au plus vite ! C’est dans ces conditions que s’est tenue une assemblée provinciale à Budapest fin octobre 2015. J’y suis allé avec beaucoup d’appréhensions, car je ne savais pas bien comment procéder dans une telle situation. Heureusement, il y a dans cette province un noyau d’anciens coordinateurs très motivés : Péter, Csaba, Mircea ont été très précieux pour que tout se passe bien !

Les anciens et les nouveaux
Mon ami Levente !
Plus de la moitié des cinquante communautés étaient présentes et nous avons commencé par écouter les rapports de l’équipe provinciale ; puis chacune des communautés présentes a pu dire ce qu’elle avait vécu depuis quatre ans. J’ai été très heureusement surpris d’entendre que les soucis de l’équipe n’avaient pas beaucoup impacté la vie des communautés ! Elles ont continué à vivre leurs rencontres régulièrement avec l’aide du carnet de route, à faire leurs camps d’été… Du coup, plutôt que de revenir sur les problèmes et les solutions possibles, j’ai demandé aux personnes présentes de se mettre en petits groupes et d’exprimer leurs rêves pour les années à venir, sans omettre les obstacles sur la route, mais aussi tous les atouts à leur disposition… Chacun a bien joué le jeu et pendant ce temps, avec Péter, Csaba et Mircea, nous avons tenté de dessiner le contour des groupes de communautés qui pourraient être suffisamment proches les unes des autres pour bien se connaître et organiser des activités communes. Le lendemain, après avoir présenté (et affiné avec les commentaires de chacun) ces contours, les personnes présentes se sont rassemblées en groupes pour proposer le nom de la personne la plus à même de coordonner chacun de ces entités géographiques. Et ça a bien marché, car très vite, une petite équipe de neuf personnes s’est mise en place avec enthousiasme ! Il fallait enfin désigner une personne pour animer cette équipe et être le point de contact avec l’international. Un coup de téléphone a suffi et Blanca, de Cluj, a accepté cette mission ! Il reste encore à compléter cette équipe par un aumônier et un trésorier, mais c’est en bonne voie.
Le parlement de Budapest
La vue sur le beau Danube et le pont des chaînes
Tout cela, compte tenu des circonstances, est bien entendu à titre expérimental, et nous reviendrons l’été prochain avec Uliana, vice-coordinatrice internationale, pour faire un premier constat de la manière dont tout cela se sera mis en place et nous pourrons alors confirmer cette équipe. Je ne suis pas très inquiet car j’ai entendu, à la fin de l’assemblée, beaucoup de personnes s’exprimer pour proposer des projets, à tel point que je suis intervenu pour leur dire que ça serait difficile de faire tout ce qu’ils disaient et qu’ils devraient sans doute faire des choix ; mais ça faisait plaisir de les entendre se projeter ainsi ! Nous avons aussi eu la chance de pouvoir aller visiter, de jour comme de nuit, la très belle ville de Budapest, car nous étions logés dans une école toute proche du centre. 


Quand nous disons que l’Esprit Saint souffle sur les assemblées, je peux confirmer que, pendant cette assemblée, il était bien présent au milieu de nous !
Je remercie Amar et Mónika pour tout ce qu'ils ont fait pour la province pendant ces quatre années, certes un peu difficiles, mais ils n'ont jamais baissé les bras et si cette assemblée fut une réussite, c'est en grande partie grâce à eux et à l'équipe provinciale.










jeudi 24 septembre 2015

Le tour de Vendée en joëlettes pour les vingt ans de Foi et Lumière

En route vers les Essarts
Foi et Lumière a démarré en 1995 en Vendée et, pour fêter leur vingtième anniversaire, les cinq communautés de ce diocèse ont mis les petits plats dans les grands et ont mis la barre très haut ! Sur le modèle du tour de France de l’OCH en joëlettes, ils ont décidé d’organiser un tour de Vendée. L’objectif était de célébrer dignement cet anniversaire, mais cette fête ne devait pas être qu’un petit événement fermé sur les seules communautés locales. Il fallait que ça permette de redynamiser Foi et Lumière en Vendée ; il fallait que Foi et Lumière s’ouvre et soit visible ; il fallait que Foi et Lumière se mette en route pour aller à la rencontre de tous ceux qui attendent notre bonne et joyeuse nouvelle, de tous ceux qui restent trop seuls face au handicap et qui ont besoin de connaître la joie de l’amitié qui se vit au sein de nos communautés.
Quand j’ai entendu parler de ce projet en novembre 2014, ceux qui avaient le désir de se remuer pour que ça soit un beau succès avaient les yeux qui brillaient, et je leur ai promis de venir les rejoindre sur les routes de Vendée. J’étais donc là pour la dernière étape qui nous emmenés de Chauché aux Essarts, et le lendemain à une fête d’action de grâce à La Roche-sur-Yon.
L'arrivée aux Essarts
Ambiance de fête à l'arrivée
Cette dernière étape fut une expérience formidable, à l’image sans doute de toutes les autres étapes au cours de ces deux semaines de marche : il y avait beaucoup de joie sur les visages et dans les cœurs (et un peu de fatigue aussi pour ceux qui étaient de la fête depuis le début). Nous avons été accompagnés par un grouper de jeunes confirmands pour lesquels le contact avec les personnes ayant un handicap mental a certainement une excellente façon de se préparer à recevoir le sacrement de confirmation en janvier 2016 : j’ai vu un de ces jeunes, un peu fatigué par la marche, prendre appui sur un garçon trisomique, quelle belle image ! Nous avons été très bien accueillis aux Essarts au milieu d’une fête locale par le maire de la ville et par le curé de la paroisse (qui lui avait marché toute la journée).
Le lendemain, à La Roche-sur-Yon, une messe paroissiale a été animée par Foi et Lumière et, à la sortie de la messe, un temps d’échange avec les paroissiens a permis encore une fois de bien nous faire connaître.
Pour illustrer ce tour de Vendée, je voudrais partager le témoignage de Marie-France qui a marché une journée avec Foi et Lumière ; il montre bien combien Foi et Lumière peut toucher les cœurs !
Au milieu du parcours, je me trouve en fin de marche. Un vent violent souffle, au point de parfois, presque nous stopper ! Les glands tombent des arbres. Nous en recevons quelques-uns, ce qui nous oblige à nous protéger avec nos capes de pluie.
Puis, une petite accalmie. Je me trouve quelques instants seule en fin de marche. Je suis saisie. J'aperçois ce petit groupe avancer. Je me mets à pleurer. Ces larmes viennent de je ne sais où. Voir ce petit groupe avancer déterminé, simple, joyeux, malgré le vent, la pluie : n'est-ce pas cela la mission des croyants ? Dans ce monde en tempête, avancer, ensemble, joyeusement, déterminé. Annoncer par notre marche ensemble l'espérance ! Et le Seigneur lui-même était bouleversé par cette simplicité, cette joie, cette détermination, cette espérance contre toute espérance ? Merci à ces pèlerins de l'espérance que j'ai eu la joie de rejoindre pour quelques heures !

La télévision locale (TV Vendée) en a parlé dans son journal le 15 septembre

Oui, ce qu’ont fait les communautés de Vendée est exceptionnel ! Bravo et merci à Gilles, Patrick et tous les autres ! J’espère qu'il y aura beaucoup de fruits, que les communautés de Vendée seront bientôt très nombreuses et puis... que ça donne aussi des idées à l’extérieur !
D'autres marches vont suivre !

mercredi 16 septembre 2015

Une session de formation tant attendue

La photo des participants
Les communautés [Foi et Lumière] à travers le monde forment une grande famille internationale. Dans chaque province, chaque pays, on porte les fardeaux, les souffrances et les joies des uns et des autres (Charte III. 4). Quand des communautés sont trop éloignées les unes des autres, cet aspect de notre charte ne peut que difficilement s’appliquer : comment former une famille quand la communauté la plus proche de la mienne est à plusieurs centaines de kilomètres, comment partager, célébrer ensemble ? Si Foi et Lumière a pour ambition de ne laisser personne seul, pourquoi certaines communautés n’ont jamais rencontré personne d’autre que les seuls membres de leur propre communauté ?
J’ai toujours eu le souci de ces pays qui ne peuvent être rattachés à une province ; même s’ils sont voisins géographiquement, l’isolement des communautés les rend extrêmement fragiles. C’est pourquoi une session de formation destinée à ces communautés a été organisée au foyer de charité de Segbohoué (Bénin) début septembre. Un rêve a pu devenir réalité pour moi, mais aussi pour les onze communautés présentes dans ces six pays : Côte d’Ivoire (1 communauté à Korhogo), Burkina Faso (1 communauté à Ouagadougou), Togo (1 communauté à Dapaong), Bénin (1 communauté à Cotonou), Nigeria (1 communauté à Ekpoma), Cameroun (4 communautés à Nkongsamba, Douala et Yaoundé, et 2 en formation à Bafang et à Bafoussam).
Après plusieurs mois de longs et minutieux préparatifs gérés depuis le secrétariat international par Guénaël et depuis chaque pays, mais surtout par sœur Marie-Antoinette au Bénin, ce fut le moment du grand départ ! Avec trois grosses valises pleines de carnets de route et de nombreux documents, nous nous sommes envolés avec Guénaël pour Cotonou où nous étions attendus par sœur Marie-Antoinette et par Philippe (papa Corneille). Le premier jour fut consacré à des activités de sensibilisation à cette formation :
Interview pour la télévision
-          Enregistrement à l’ORTB d’une présentation de la formation : ce fut diffusé dans la journée sur la chaine principale de la télévision béninoise et a eu un impact très fort ; les téléphones des responsables de la communauté de Cotonou ont sérieusement chauffé ! Beaucoup semblaient très intéressés et ne pensaient pas que cet événement qui se préparait était aussi important qu’il justifie une émission télévisée ! J’ai même rencontré deux personnes venues jusqu’à Segbohoué pour me rencontrer et en savoir plus sur Foi et Lumière !
Soeur Marie-Antoinette avec le père Jean-Raphaël
-          Entretien sur la mission de Foi et Lumière pour la radio "Immaculée Conception" par son responsable, le père Jean-Raphaël Marie, de la congrégation des Frères Franciscains de l’Immaculée. Il a été touché par notre rencontre et a proposé de faire enregistrer les temps d’enseignement, pour que les participants puissent emporter avec eux le CD de l’ensemble des conférences et des échanges qui s’en sont suivis. Il fallait voir, le dernier jour, le gravage des CD qui se faisait (quatre par quatre) en trois minutes ! Il est venu lui-même deux fois jusqu’à Segbohoué.
-          Visite à l’archevêque de Cotonou, Monseigneur Antoine Ganyé, qui vient de célébrer ses 20 ans d’épiscopat (le 20 août au cours d’une messe présidée par le Cardinal Robert Sarah et en présence de M Boni Yayi, président de la république). Cet entretien fut très simple et chaleureux et a porté principalement sur la valeur humaine et spirituelle des personnes ayant un handicap mental, sur la nécessité pour l’Église de reconnaître en elles une lumière qui peut nous éclairer nous-mêmes… et sur la nécessité de leur faciliter l’accès aux sacrements. Monseigneur Ganyé m’a dit avoir été sensible à mes propos.
-          Visite à la Révérende Mère Emma Gbaguidi, Supérieure Générale des Sœurs de Saint Augustin. Cette rencontre fut aussi un moment extrêmement joyeux, nous avons même été invités à dîner dans une ambiance très familiale. La sœur Marie-Antoinette a une supérieure qui la soutient bien dans ses activités auprès de Foi et Lumière !
En parallèle, la journée fut ponctuée par les péripéties des Camerounais dont le vol d’arrivée le lendemain allait sans doute tomber à l’eau, la compagnie Camair Co ayant quelques soucis qui l’obligeaient à annuler de nombreux vols ! Finalement, après de nombreux coups de fil avec le secrétariat à Paris et avec les Camerounais, le problème put être résolu, mais cela a nécessité beaucoup de sacrifices et engendré pas mal de frustrations… Les Camerounais n’ont finalement pu venir qu’à 11 au lieu de 23 et sont arrivés avec un jour de retard (pour neuf d’entre eux et deux pour les deux autres)… On peut facilement imaginer que les onze qui sont venus ont été tout de même heureux de pouvoir participer… et que les 12 qui sont restés au pays ont été bien malheureux (certains s’étaient fait faire un passeport pour l’occasion, s’étaient fait vacciner et avaient dû demander un visa)…
Le deuxième jour, nous avons pu rejoindre le lieu de la rencontre, le foyer de charité de Segbohoué, à une heure de route de Cotonou. Sur le trajet, Philippe et son fils Corneille nous ont emmené à Ouidah, célèbre (une bien triste mémoire) pour son centre de départ des esclaves vers l’Amérique. Il y a sur la plage un monument commémoratif, la porte dite du "non-retour". Curieusement, juste à côté de cette sinistre porte, il y en a une autre qui a été élevée en mémoire de l’arrivée des premiers missionnaires en avril 1861 qui marqua le début de l’évangélisation du pays.
Le foyer de charité de Segbohoué
Une fois l’installation effectuée, il était temps de démarrer la formation qui a duré du mercredi au soir jusqu’au dimanche après le déjeuner. Ce fut merveilleux de voir ces 60 personnes avides de mieux connaître Foi et Lumière : les nombreuses questions posées après chaque temps de parole permettaient de bien éclaircir tout ce que je n’avais pas pu dire et montraient que tous avaient bien écouté et étaient très désireux de revenir à la maison avec le maximum de choses pour partager avec le reste de la communauté, pour rendre compte dans chaque diocèse, pour avoir les moyens d’annoncer notre bonne et joyeuse nouvelle et faire grandir Foi et Lumière dans cette région du monde. Il y a eu comme dans toute rencontre Foi et Lumière :
-          des temps de partage : il y a eu des groupes de partage qui ont permis d’échanger les expériences de chacun, il y a eu des ateliers qui ont porté sur la préparation de la prochaine rencontre de communauté avec le nouveau carnet de route, et à chaque instant il se passait toujours quelque chose et les échanges ont été nombreux pendant les repas ou pendant les pauses.
-          des temps de fête, notamment le dernier soir a été consacré à la traditionnelle "fiesta" et ce genre d’événement est particulièrement bien réussi quand ça se passe en Afrique : danses, sketches, mimes, cuisine locale… tout était fait pour que chacun se sente bien avec le groupe. Il était difficile d’imaginer que tout ce petit monde ne se connaissait pas la semaine précédente !
-          des temps de prière avec les membres du foyer, une célébration du lavement des pieds (une première pour la plupart des participants), le chapelet récité à l’aides des "mystères de Foi et Lumière", des messes dont la dernière, la messe du dimanche, fut particulièrement animée… deux chorales avec des chants traditionnels africains, des processions (entrée, offertoire, sortie) accompagnées en rythme par des danseuses. La messe a duré assez longtemps… mais nous n’avons pas vu le temps passer !
Les temps d’enseignement (deux par jour) suivaient le texte de la prière de Foi et Lumière. Notre prière est très belle et permet, en la suivant du début jusqu’à la fin, d’aborder tous les thèmes que je souhaitais traiter : le mystère de la fragilité, la personne handicapée source de paix et d’unité, l’appel reçu à rejoindre une communauté (et l’invitation à appeler les autres), la communauté Foi et Lumière où on partage, prie et célèbre, les membres des communautés, la nécessité de toujours se nourrir de la Parole et de l’Eucharistie, la passion et la résurrection de Jésus comme source et sommet de nos vies de communauté.
L'atelier organisé pour les personnes handicapées
Un moment particulièrement émouvant fut les témoignages d’une personne de chacun des pays. La situation des enfants handicapés qui nous été présentée par ceux et celles qui les ont vécues est loin d’être enviable… Rosemary, du Nigeria, qui était présente à la session, vivait cachée par ses parents pour qui elle était une malédiction ; des membres de la communauté Foi et Lumière n’ont pas hésité à la sortir de là : pendant la session, toujours bien habillée, toujours souriante, elle a montré, au cours d’un atelier pour les personnes handicapées présentes, qu’elle pouvait faire de belles réalisations en enfilant de toutes petites perles !
Avant de partir, après la traditionnelle photo de famille, nous étions nombreux à échanger des adresses. Maintenant que nous avons rompu l’isolement, il n’est plus question de rester seuls ! Il y a des promesses de se revoir, de s’organiser pour qu’un jour, Foi et Lumière ayant tellement grandi, tous se retrouvent dans une nouvelle province, une province dynamique, portant de nombreux fruits, une structure construite sur une pierre d’angle solide !

Je dois remercier chacun des participants pour leur attention bienveillante, pour leur engagement et leur détermination à faire grandir Foi et Lumière, chacune des personnes handicapées pour leur présence toujours fidèle : elles nous ont bien aidé à saisir la raison de notre présence à Segbohoué. Je remercie tout particulièrement la sœur Marie-Antoinette qui a beaucoup fait sur place pour que tout se passe bien et pour que chacun se sente bien accueilli. Je remercie enfin le père Denis, du foyer de charité, qui nous a si bien accueillis : je suis toujours heureux de passer du temps dans un foyer de charité, il y a tant de choses que nous partageons…
Perpétue
L'album photo







mercredi 2 septembre 2015

A la recherche de Foi et Lumière en Zambie

Le père David Harold Barry est un homme merveilleux et très précieux pour Foi et Lumière ! Il a été aux origines de Foi et Lumière au Zimbabwe (il m'a montré la maison où Jean Vanier est venu et l'a convaincu ainsi que Remedio Fernandes de démarrer une communauté), et il s'est fait une spécialité de souffler sur les braises refroidies pour redémarrer les communautés dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps... En 2014, il est allé au Nigeria et a rencontré une communauté dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps ! Quatre d'entre eux seront début du 9 au 13 septembre à une formation à Cotonou. Maintenant que David habite en Zambie, il s'est fixé comme objectif de partir à la recherche des communautés disparues, après avoir été sur place à plusieurs reprises depuis le Zimbabwe. Et comme dans toutes les belles histoires, il y a une fin heureuse ! Voici le récit de sa récente visite à Kabwe. Merci David !

Le Père David, inlassable missionnaire de Foi et Lumière
Le 27 Août, je suis allé en bus jusqu'à Kabwe et Patrick Mulenga est descendu de Ndola. C'était merveilleux de le revoir. Avec Andrew Phiri maintenant à Chipata, ils sont les seuls "survivants" des responsables de Foi et Lumière que j'ai pu retrouver en Zambie ! Nous nous sommes rencontrés au Makululu, une banlieue de Kabwe où le Père Sax nous a présenté la sœur Amalia, une Italienne, qui  
Patrick traduit en Bamba
travaille au sein de la communauté dans une nouvelle paroisse. Une quarantaine de parents et leurs enfants ayant un handicap étaient rassemblés dans une salle de l'école maternelle pour nous accueillir et j'ai longuement parlé de Foi et Lumière et Patrick traduisait en Bemba, en y ajoutant ses propres réflexions.

Je connais, pour en avoir été le témoin, de nombreuses manières dont les gens manifestent leur reconnaissance, mais la manière des Bemba semble être de se rouler sur le sol en chantant et tapant des mains ! C'était très émouvant car ils semblaient tous voir en Foi et Lumière quelque chose de nouveau et d'inédit. Et ils estimaient que c'était vraiment nécessaire pour leur communauté. Ils sont déterminés à démarrer et Patrick et moi allons rester en contact avec eux. La soeur Amalia apportera son soutien comme la soeur Lucie du Centre Pastoral, que ceux d'entre nous qui sont allés à Kabwe il y a deux ans se souviendront.

Je joins quelques photos, mais pas, je le regrette, de cette dame roulant sur le sol ! Comme nous le savons tous, dans nos pays d'Afrique australe, nous rencontrons souvent beaucoup d'enthousiasme et de joie quand nous commençons Foi et Lumière. Mais il arrive souvent que l'enthousiasme baisse lorsque les difficultés de persévérer semblent plus importantes que les résultats qui sont constatés et ressentis. Comment pouvons-nous soutenir nos communautés afin qu'elles restent fidèles aux personnes vivant avec un handicap et à leurs parents?

Les parents sont très intéressés
Patrick et moi, nous avons bien l'intention de souffler sur les braises du feu ici et repartir. Il y a toujours eu des gens à Ndola qui sont restés à Foi et Lumière et nous prévoyons d'avoir une réunion de formation avec eux et les responsables de Kabwe et d'autres que nous pourrons découvrir. Time a gentiment accepté de venir nous rejoindre pour cet événement.

Prions pour Foi et Lumière dans tous nos pays et continuons à chercher des moyens pour construire et  reconstruire ; ainsi, nous pourrons continuer à tendre la main aux plus pauvres et souvent les plus oubliées des personnes.





mardi 30 juin 2015

40 anni di Fede e Luce : "Coraggio, sono io".


La ville d'Assise
Foi et Lumière est né à Lourdes en 1971, mais les premières années furent assez difficiles et il a fallu un pèlerinage à Rome en 1975, au moment de l’année sainte, pour que le mouvement reprenne de l’élan ; ce fut le Bienheureux Paul VI qui confirma le mouvement né quatre ans auparavant. Il s’adressa aux pèlerins présents en leur disant ces mots improvisés : « Dans quelques instants, en passant au milieu de vous, je voudrais faire comprendre à chacun de vous : tu es aimé de Dieu, tel que tu es. Il habite ton cœur. Remercie-le. Aie confiance en Lui. Vois : Il te donne place parmi tous les autres chrétiens, dans son Eglise. Avec eux, tu es appelé à former une famille où l’on s’aime comme des frères ». C’est ce que Marie-Hélène Mathieu a rappelé au pape François quand il est venu vers nous à la fin de l’audience sur la place Saint Pierre ce mercredi 24 juin, premier jour du pèlerinage organisé par Foi et Lumière en Italie pour fêter ce quarantième anniversaire.
Le pape François rencontre Emanuela
Quelques instants auparavant, il avait rencontré Emanuela et ce contact aura été ce qui l’aura sans doute le plus touché. Emanuela est profondément handicapée et dépend totalement de ceux qui l’assistent pour tous les gestes de la vie quotidienne. J’étais présent un matin au petit déjeuner quand deux amies d’Emanuela sont arrivées avec elle ; j’avais terminé et j’étais prêt à m’en aller, mais j’ai résisté à la tentation de partir et je suis resté, faisant - maladroitement - de mon mieux pour les aider. Pendant un bon moment, elles ont essayé de lui donner à manger un petit verre de lait avec un complément alimentaire et un morceau de biscotte écrasé… Emanuela était encore tout ensommeillée et n’avait pas du tout envie d’avaler quoi que ce soit… J’ai été en admiration devant la délicatesse, la tendresse et la patience infinies avec lesquelles ces deux amies prenaient soin d’Emanuela, en lui parlant, en lui fredonnant de petits airs joyeux… La rencontre avec Emanuela fut pour moi le sommet de mon pèlerinage et sa présence parmi nous fut un rappel constant de la mission de Foi et Lumière dans l’Église telle que les papes nous l’ont dit : « tu es aimé de Dieu, tel que tu es » disait le Bienheureux Paul VI, « chers amis porteurs d’un handicap, vous êtes précieux pour l’Eglise. Par votre proximité avec Jésus et Marie, vous êtes des témoins privilégiés de l’amour de Dieu pour chacun de nous » nous a dit le pape François.
Après la place Saint Pierre, nous prîmes la direction d’Assise ; nous étions un millier de pèlerins venus de toute l’Italie, mais aussi de Croatie, de Grèce, de Chypre, de Galilée et de France (trois pèlerins avec Marie-Hélène Mathieu et Corinne Chatain). Nous avons passé trois jours merveilleux dans cette belle ville d’Ombrie, trois jours sur les pas de Saint François.
L'accueil très chaleureux de Don Domenico Sorrentino
Les organisateurs de ce pèlerinage avaient particulièrement bien soigné la préparation avec un thème général « Courage, c’est moi » (Mt 14, 27) qui se déclinait chaque jour avec des épisodes de la vie de Saint François. Des temps de réflexion, des temps de partage, des temps de prière, des temps de fête ont rythmé ces journées qui sont passées trop vite… Nous avons été très chaleureusement accueillis par Monseigneur Domenico Sorrentino, évêque d’Assise, dans la basilique majeure, nous avons assisté à des mimes merveilleux de poésie qui ont rendu vivants le cantique de la création de Saint François, nous avons été transportés dans les différents pays par de très beaux chants et de très belles danses…
Nous avons eu la joie de retrouver tous ceux que nous avions déjà rencontrés dans d’autres événements, la joie de découvrir de nouveaux visages et de se faire de nouveaux amis, la joie d’entendre Marie-Hélène raconter les débuts de Fede e Luce quarante ans auparavant et rappeler la figure charismatique de Mariangela que personne n’a oubliée…
Je me suis senti bien au milieu de cette foule, pèlerin parmi les pèlerins, et j’ai pu prendre le temps d’aller à la rencontre des uns et des autres, et de faire mon propre pèlerinage. Quand j’ai entendu Marie-Hélène raconter les débuts de Foi et Lumière, j’entendais l’appel de San Damiano à Saint François (« Va et répare ma maison », le thème du dernier jour du pèlerinage). En effet, Jésus a demandé aussi à Jean Vanier et à Marie-Hélène Mathieu de réparer l’Église qui s’écroulait de ne pas accueillir les plus petits dans ses paroisses et ses pèlerinages ; sans ces pierres angulaires, le bâtiment était comme construit sur du sable. Depuis 1971, à la suite de nos fondateurs, avec toute la chaîne de ceux qui ont accepté de prendre des responsabilités, nous avons tous été des bâtisseurs de la “cathédrale” de Foi et Lumière. Une cathédrale est un bâtiment baigné de lumière ; habituellement, ce sont les vitraux qui font entrer la lumière, mais pour notre cathédrale, ce sont nos fêlures qui laissent la lumière pénétrer notre cathédrale. 
Les communautés d'Italie sont toutes là
Les briques apportées par chaque communauté italienne représentaient bien ce premier mur, un mur un peu de guingois, un peu branlant, mais plein de trous et d’espaces vides. Et il était bien clair qu’il y avait encore beaucoup de travail pour achever la construction. Pendant une veillée, nous avons mis de côté nos peurs (manque d’énergie, anxiété, l’inattendu)  en les déposant au pied de la croix, tout en gardant précieusement, car cela fait partie de notre identité, notre fragilité car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Co 12, 10). S’il y a encore beaucoup de travail, ne nous décourageons pas, car si nous avons parfois du mal à rester fidèles à l’appel de Jésus à reconstruire sa maison, il ne nous abandonnera jamais, si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même (2Tm 2, 13).
Dans cette œuvre de bâtisseur qui est encore devant nous, n’oublions pas les murs qui se construisent dans les autres pays, en particulier ceux qui ont besoin de notre solidarité, car leurs murs sont aussi importants que les nôtres, sinon plus. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.  (1Co 12, 25-26). En me recueillant devant les tombes de Saint François et de Sainte Claire, je pensais à tous ceux qui en Syrie, ne peuvent pas faire le deuil de leurs proches quand les cimetières se trouvent dans des zones dangereuses ou qu’il est devenu impossible de construire des stèles commémoratives…

La photo finale avec les 1000 pèlerins
Le dernier jour, on se dit toujours que c’était trop court quand c’est déjà le temps de se dire au revoir, mais il faut bien repartir pour poursuivre notre travail de bâtisseurs ; chacun est reparti avec une petite brique, signe de cette mission que nous avons reçu à Foi et Lumière de construire une grande cathédrale !
J’ai pu saluer Emanuela avant de partir : elle était plus éveillée que la première fois que nous nous étions rencontrés. Emanuela, j’ai été heureux de faire ta connaissance, tu m’as confirmé dans ma mission de coordinateur en me demandant non pas d’être avec toi pendant ce temps du petit déjeuner, mais de rester avec toi. Je suis heureux de l’avoir fait, continue à veiller sur moi.

L'album photo

jeudi 11 juin 2015

La Maison Départementale des Personnes Handicapées : "nous sommes là pour vous aider"

En décembre 2014, à quelques semaines d’intervalle, j’ai reçu deux courriers de la maison départementale des personnes handicapées des Hauts de Seine (MDPH 92) me disant que les décisions concernant le centre de jour (Perce-Neige à Sèvres) et le foyer (Maison Saint Joseph à Versailles) de Julie arrivaient à échéance le 31 juillet 2015.
Le traitement de ces dossiers demandant jusqu’à six mois (si on choisit la procédure simplifiée…), il fallait agir sans tarder. J’ai donc très vite commencé à préparer le dossier du centre de jour, le plus compliqué car il fallait des documents concernant le projet personnalisé de Julie que seul Perce-Neige pouvait renseigner. Il fallait aussi un dossier médical qui fut demandé au centre médical Jérôme Lejeune. Tout fut envoyé à la MDPH début mars par le centre Perce-Neige de Sèvres.

Pensant – très naïvement - que le deuxième dossier pouvait être traité dans la foulée du premier, j’ai essayé de contacter la MDPH par téléphone, mais en vain. Le 18 mars, j’ai donc rempli un formulaire sur leur site pour poser ma question :
Vous avez reçu (transmis par le CITL Perce-Neige de Sèvres) une demande de renouvellement de la décision concernant ma fille Julie - dont je suis le curateur - qui arrivait à échéance le 31 juillet 2015. Il se trouve qu'à la même date une autre décision arrive également à échéance : ETABLISSEMENT MEDICO SOCIAL (RENOUVELLEMENT) : Foyer d'Hébergement pour la période du 11/07/2010 au 31/07/2015 - LVA MAISONNEE SAINT JOSEPH - 107, avenue de Paris, 78000 Versailles
Dois-je faire un deuxième dossier de demande ou bien pouvez-vous inclure cette demande dans le dossier que vous avez reçu il y a quelques semaines ?
Merci beaucoup par avance.

J’ai fini par recevoir une réponse le 10 juin (après deux relances effectuées en mai) : oui, il faut faire un deuxième dossier ! Panique à bord ! Je me précipite pour remplir les huit pages du nouveau dossier en prenant grand soin de suivre les indications de la notice explicative de quatre pages. J'avais pris le soin de répondre en disant que je ne joindrai pas de dossier médical, compte tenu de la proximité de la date de dépôt du dossier précédent. Pour être sûr que tout sera traité au plus vite, je suis allé le 11 après-midi jusqu’à la MDPH avec mon dossier sous le bras… Une fois arrivé et après avoir attendu que les cinq personnes qui attendaient avant moi soient passées pour traiter leurs demandes (il faut bien attendre un peu, sinon, ça ne serait pas drôle et on pourrait avoir des doutes sur l’ampleur du travail de cette administration), j’ai pu enfin présenter mon dossier. Une dame très aimable m’a écouté attentivement, a consulté son écran - sur lequel tous les détails du dossier de Julie étaient apparus à l’énoncé de sa date de naissance et de son nom – puis elle a appelé une collègue au téléphone (le téléphone interne a l’air de mieux fonctionner que pour les appels extérieurs !). Elle m’a alors dit avec un grand sourire : « mais monsieur, les deux dossiers ont bien été traités, vous allez recevoir un accusé de réception ; il n’est donc pas nécessaire de refaire ce dossier ». Un large bureau nous séparait et je n’ai pas pu malheureusement lui sauter au cou pour la remercier.
En rentrant à la maison, j’ai ouvert la boite aux lettres (j’aurais sans doute mieux fait de le faire avant de partir…) et…. J’ai trouvé une lettre de la MDPH : l’accusé de réception des deux demandes ! De joie, j’ai déchiré le dossier si méticuleusement préparé le matin-même.


Ai-je bien fait ? Deux minutes plus tard, un mail arrivait, me confirmant qu’un nouveau dossier médical n’était pas nécessaire pour la deuxième demande. 

Kafka, sors de ce corps !

mercredi 3 juin 2015

Des nouvelles de Mirna à Alep

Jean Vanier a écrit à Mirna pour lui demander des nouvelles ; elle lui a longuement répondu et, avec leur autorisation à tous les deux, je vous fais part de cette lettre qui est très émouvante car elle décrit de l'intérieur ce que vivent les chrétiens de cette ville martyre. Elle dit aussi comment Foi et Lumière demeure source de joie et d'amitié au milieu des ruines et des décombres de la ville, comment Foi et Lumière peut allumer des lueurs d'espérance dans les ténèbres.
Nous vivons la plupart du temps nos rencontres de communauté dans l'insouciance ; il ne faut pas oublier que cette joyeuse nouvelle que nous avons à faire connaître est un fabuleux trésor, un trésor qui peut faire des miracles dans les circonstances les plus difficiles ou tragiques de notre monde. Soyons bien conscients de cette dimension de notre mouvement, et n'hésitons pas à continuer à annoncer Foi et Lumière, à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contretemps, à encourager avec patience et souci d'instruire (2 Tm 4, 2), c'est ce que font Mirna et les communautés d'Alep.


Cher Jean,
Merci beaucoup… Je vais bien, comme tous autour de moi. Il n’y a pas de réseau à Alep depuis mon dernier message… et maintenant, nous nous débrouillons pour trouver d’autres moyens pour pouvoir rester en contact.

Alep est une ville si meurtrie, la semaine de Pâques fut très difficile pour les habitants. De nombreux missiles sont tombés sur la ville à minuit, tout le monde dormait ; 7 bâtiments ont été totalement détruits, et beaucoup d’autres en partie détruits ; de nombreuses familles ont été tuées, les funérailles concernaient des familles entières, le père, la mère, les enfants étaient tous enterrés en même temps. La peine à Alep fut immense et engendra un nouveau flot de départs : des habitants, des familles ont quitté Alep pour un lieu plus sûr, ceux qui sont restés vivent des moments très difficiles, ils ont si peur, et c’est la peur qui guide leurs décisions, leur vision de la vie, leur vision de leur avenir.
Aujourd’hui encore, un obus de mortier est tombé. Depuis plus d’une semaine, nous n’avons plus ni eau ni électricité. Tout le reste est disponible, nourriture, produits ménagers… mais c’est très cher. La route principale qui relie les villes est devenue très longue à parcourir à cause des nombreux points de contrôle et avec de gros risques. Les dangers les plus grands aujourd’hui sont la division, la haine, la peur de l’autre, le manque d’espoir, le manque de sens.

Avec l’aide de Nabil, je peux voir quelques lumières au milieu des ténèbres. Nabil fait partie de ma communauté depuis 28 ans ; nous avons une longue histoire commune, beaucoup de souvenirs, des moments de joie, des moments de tension. Il travaille dans un atelier proche de mon bureau et quand il rentre chez lui, il nous rend visite pour quelques minutes, saluant chacun. Il demande souvent à mes collègues (il l’a même demandé une fois au directeur du secteur de l’éducation gouvernementale lors d’une visite officielle) : « qui es-tu ? Es-tu un membre de Foi et Lumière ? » Et quand ils répondent négativement… il dit : « ooooooooh nooooon, et pourquoi pas ? » Puis il se met à les inviter à nos rencontres de Foi et Lumière. Je constate le changement chez ceux qui au bureau sont en contact avec Nabil : ils sont plus ouverts, heureux de le rencontrer et de rire avec lui, même s’ils ne comprennent pas tout ce qu’il leur dit. Nabil appelle à ouvrir les portes, à faire tomber les barrières à une époque où, en Syrie, beaucoup d’autres essaient de construire des murs très épais et de fermer les portes.
Avec les communautés Foi et Lumière, nous pouvons encore vivre la joie et l’amitié. Nous avons célébré la fête des mères, toutes les communautés se sont retrouvées ensemble : nous avons commencé par apprendre un chant, nous avons parlé de la valeur des mamans, puis nous avons dansé, nous avons partagé un petit repas…

Félicitations pour le "prix Templeton" ! C’est pour notre monde une source d’espérance. Je trouve que c’est une très bonne nouvelle. C’est important, pour conserver de l’espoir, qu’il y ait des fondations et des personnes qui cherchent et encouragent la paix pour notre monde, et qui expriment ce besoin. Il faut que nous fassions connaître le chemin de la paix, encourager les gens à se rencontrer et à ne pas avoir peur les uns des autres.
Le temps de Pâques est très approprié à ce que nous sommes en train de vivre, nous avons besoin de la paix de Jésus ressuscité quand il dit à ses disciples "la paix soit avec vous" et nous avons aussi besoin de la "force du Saint Esprit". J’essaye de garder mes mains libres et ouvertes pour recevoir ce don en prenant du temps pour prier, du temps en silence pour demeurer proche de Dieu, pour vivre de sa paix, son amour et sa tendresse.

Je voudrais partager avec toi quelques histoires qui m’ont touchée. Au début de ce temps de crise, j’étais très proche d’une famille, une famille très pauvre, un papa, une maman et leurs quatre filles ; Rita, l’une d’entre elles est morte en tombant dans des escaliers. Son père n’a pas pu l’enterrer car le cimetière chrétien se trouve dans un quartier dangereux d’Alep. Il a dû louer pendant quatre jours une pièce de l’hôpital (jusqu’à ce que sa paroisse trouve un autre endroit pour une sépulture temporaire). Pour conserver le corps dans de bonnes conditions de température, il a loué un générateur et de l’essence. C’est très cher pour une famille pauvre, mais le père a dit que c’était la dernière chose qu’il pouvait offrir à sa fille et la mère a dit que son principal souci était de trouver un lieu pour enterrer sa fille et qu’elle puisse reposer dans l’éternité. Cette famille a vécu une semaine très difficile.
Ce temps de crise a impacté une tradition très importante pour notre peuple. Par exemple, la tradition du deuil et du respect que nous devons à une personne décédée. Les musulmans enterrent leurs proches le jour même de leur mort, c’est très important pour eux (pour montrer du respect à une personne morte, il faut l’enterrer rapidement). Donc la célébration de funérailles a lieu le jour même. Pour nous les chrétiens, nous pouvons attendre le jour suivant, en gardant le corps du défunt pendant une nuit à la maison. Seulement pour des occasions spéciales, nous pouvons attendre un peu plus (dans le cas où il faut attendre quelqu’un qui arrive de loin).
Nous avons aussi la coutume que la famille et les amis accompagnent le cercueil jusqu’au cimetière et ils y reviennent fréquemment pour prier pour les défunts ; ce n’est plus possible aujourd’hui, car il n’y a plus de pierres tombales et on ne sait plus retrouver les lieux des sépultures. Il y a aussi le fait qu’il y a un nombre croissant de morts, des dizaines chaque jour.
Quand un jeune garçon de douze ans a été tué par un obus de mortier, sa famille a fait imprimer une petite carte en mémoire de sa mort. Au dos de cette carte, ils ont mis la prière de Saint François d’Assise. J’ai été très touchée par cette famille, ce fut très inspirant pour moi à Pâques de voir comment ils ont été capables de pardonner et d’appeler les autres à devenir des artisans de paix malgré toute leur grande douleur. Cette famille m’a aidé à comprendre Jésus sur la croix : malgré toute sa douleur, il a été capable de penser aux autres, à leur transmettre son amour, à les appeler à prendre soin les uns des autres.

Les mains ouvertes et en silence, je reçois la lumière de Jésus ressuscité.
Prie pour la Syrie, pour Alep, pour toutes les familles déplacées, et aussi pour moi.

Mirna Hayek
Syria-Aleppo