lundi 5 janvier 2015

Agathe Kabakuzi attire du monde autour d'elle !

Au mois d’août dernier, après l’assemblée provinciale qui s’est tenue à Kigali, nous sommes allés rendre visite à Monseigneur Smaragde Mbonyintege, évêque de Kabgayi. Au cours de l’entretien, il nous a parlé d’une jeune fille de son diocèse, Agathe, qui souffre d’un handicap physique très sévère, puisqu’elle est née sans bras et sans jambes. Il a invité Foi et Lumière à l’accompagner jusque chez Agathe pour que chacun puisse constater le rayonnement incroyable de cette jeune femme. Cette visite a pu avoir lieu début décembre et six personnes (Godeberthe, Lin, Jeanne d’Arc, Léoncie, Yves-Bertin et Chemsa) ont accompagné l’évêque et le curé de la paroisse jusqu’à la colline où habite Agathe avec sa famille. Au retour de cette visite, l'idée de démarrer une communauté Foi et Lumière dans la paroisse d'Agathe a germé et le curé semble très partant pour cela !
Lin, vice-coordinateur provincial, raconte cette belle journée :
Agathe rayonne de joie au milieu de sa famille et des visiteurs

Suivant le calendrier de l`évêque, la date fut fixée au 2 décembre à 09h00. De l`évêché de Kabgayi, nous prîmes la direction de la centrale Jandari de la paroisse Kabacuzi à environ 30 km. L`équipe était composée de 9 personnes dont l`évêque, le curé de la paroisse et le président de la Centrale Catholique que nous avons retrouvé sur place, Godeberthe, coordinatrice provinciale, Jeanne d’Arc et moi, vice coordinateurs, Léoncie, Yves-Bertin ainsi que Chemsa, un enfant vivant avec un  handicap physique et mental qui représentait les autres enfants.
Chemsa, fatiguée, est portée par le curé de la paroisse
Après l’ascension d’une des collines rocailleuses de Ndiza, nous parvînmes à destination. La famille visitée est composée de la mère de famille (veuve depuis 1994), 4 filles (dont celle qui est handicapée et ainée de famille) et un jeune garçon encore en âge de scolarité (école des métiers).
En entrant, nous avons vu, en proéminence, la tête d’une personne couchée sur le ventre, dont le buste était couvert par une couverture. Son regard accueillant et plein de tendresse, nous invita à nous approcher d`elle, pour les salutations et encouragements. Le temps d`émotion et de compassion passé, il s’en est suivi les mots de présentation et d`échange avec la famille visitée. A son tour, la maman passa  à la présentation de la famille et à l`historique de sa fille handicapée. Née handicapée, des membres supérieurs et inférieurs fortement atrophiés ; handicap physique sévère difficile à décrire. En peu de mots, les deux bras à partir des épaules ainsi que les deux jambes à partir des hanches sont comme s’ils n`existaient pas. Les fémurs et les avant bras, sont trop minces, trop mal formés et inertes ; la colonne vertébrale, elle, est réduite à moins de 50 cm.

A côté de l’incapacité totale d`usage de ses membres, le Seigneur lui a fait un don phénoménal : Il lui a donné une intelligence et des facultés d`usage exceptionnel de la bouche et de la langue. Agathe, couchée en position ventrale sur sa natte (position presque permanente) ; crayon à la bouche, d`une écriture très lisible, écrit sur son cahier posé à portée de la bouche, des prières de son invention ou autre chose qui lui vient  en tête. De la même position, sans l`aide d`une règle, elle vous trace une ligne droite digne de ce nom.
Avec sa langue, elle fait beaucoup de choses. Comme elle écoute beaucoup Radio Maria, elle a près d’elle, un petit poste Radio qu`elle calibre avec sa langue. Elle fait bouger le bouton Tuning / Volume et change les canaux du poste Radio au moyen de sa langue. Sa langue fait beaucoup de choses, car, c`est avec elle, qu`elle mange ; qu`elle brode, etc.
A voir comment elle brode avec sa langue, en faisant des petites nattes avec les fils de sisal et comment elle fait  des nœuds avec ces fils fins, vous vous dites qu`il ya des secrets de Dieu, que l`homme ne pourra jamais déceler.
Lors de l`exposé sur la vie de sa fille handicapée, Primitive, sa maman nous révéla en plus de ce qu`elle nous avait raconté, comment un certain jour, leur fille devint alphabète. Un jour de mai 2002, pendant  que la famille vaquait aux travaux champêtres, cette fille de 5 ans, était restée avec sa  petite sœur de 4 ans comme garde malade. A leur  retour, ils trouvèrent les enfants entrain d`écrire sur de vieux cahiers. Pendant leur absence, ils n`ont jamais su ce qui s`était passé. A nos questions, ils nous ont répondu, qu`il n`y a pas d`école maternelle dans la région, et que même s`il y en avait, une leçon d`un jour n`aurait pas suffi, pour devenir alphabète. Ce fut un autre mystère qui s`ajouta à d`autres.
Après de nombreuses questions de curiosité, auxquelles Agathe et sa maman ont répondu, notre visite prit fin vers 14h30, après un repas partagé avec la famille et les voisins ainsi qu`une prière d`actions de grâce. 


Tous en marche avec l'évêque.
Nous remercions beaucoup l`évêque d’avoir tenu la rude épreuve des collines et de sa simplicité quant aux échanges  plein de tendresse tout au long du trajet et de nous avoir tenu compagnie.

En conclusion, nous remercions beaucoup Monseigneur l`évêque de Kabgayi, de nous avoir entretenu sur un cas de nos semblables et de nous avoir exhortés à nous rendre compte par nous-mêmes, (en nous rendant sur les lieux) de notre condition humaine qui fait cohabiter la joie et la douleur.
Cette visite nous aura donné l`occasion de méditer sur les secrets et la bonté de Dieu.
Quand nous ferons part de la visite à nos communautés, nous aurons plus de conviction dans nos  propos, en affirmant que Dieu qui  nous a façonnés à sa guise, nous aime. A nous de lui demander la force et le courage pour accepter sa volonté. La communauté en général, et plus particulièrement la famille proche, devrions faire preuve d’humanisme et d`amour envers les éprouvés, comme nous l`avons remarqué dans la famille où nous avons été.

Suggestions :
Comme la famille (socialement pauvre cohabite avec une charge de handicap sévère à vie), habite  dans un endroit inaccessible aux véhicules, même aux vélos ;(nous avons dû abandonner  les véhicules près d`un pont inutilisable et faire plus de 4 km à pied sur des collines escarpées, aux sentiers rocailleux), il serait souhaitable que, les autorités ecclésiastiques  du lieu, en collaboration avec les autorités étatiques locales, entrent en pourparler pour voir les voies et moyens pour, reloger cette famille à un endroit (umudugudu) où plus facile d’accès pour le transport en temps normal, et aussi pour des interventions en cas de maladie.
Il est vrai que le travail pour les jeunes gens, devient un problème épineux.

Serait il possible à la paroisse où aux connaissances, d`orienter la jeune fille ayant terminé les études dernièrement vers un emploi, pour qu`elle puisse venir en aide à sa maman, car celle-ci doit rester auprès de sa fille pour s’en occuper, car son genre d`handicap ne peut pas être facilement gérable et supporté par n`importe qui, si ce n`est quelqu`un de sa famille.

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