jeudi 3 mars 2016

O Bonitas !

Kristina a écrit à plusieurs d’entre nous depuis sa nouvelle résidence, le monastère de Paparčiai en Lituanie. J’ai reçu pour ma part une longue lettre dans laquelle elle décrit comment se vit - de l’intérieur – le jumelage d’une communauté Foi et Lumière avec une communauté religieuse. Cela prouve, si c’était nécessaire, combien ces liens de prière et d’amitié sont importants pour chacun !
Quand, fin octobre 2015, toute ma communauté est venue au monastère pour sa rencontre mensuelle, nous avons toutes été remplies de l’esprit de Foi et Lumière : cette joie et cette liberté d’être telles que nous sommes, de célébrer la douce présence de Jésus et de se sentir tellement aimées ! Tous ont été très heureux et ont apprécié cette visite au monastère. A la fin de la journée, tous les membres de la communauté ont participé à la liturgie des vêpres et à la messe. Ce fut extraordinaire de voir comment tous sont restés dans le silence pendant tout le temps de la liturgie ! Sœur Marie-Reine (notre prieure) m’a demandé si la communauté pouvait chanter un chant à la fin de la messe avant de sortir de l’église, et ils ont chanté "Pierre, Jacques et Jean", ce fut une grande surprise pour tous ceux qui étaient là !
Avec sœur Deir-Maria, nous formons notre petite "branche" Foi et Lumière ici à Paparčiai. Je partage toujours avec elle les nouvelles que je reçois et à très souvent nos réunions se terminent par la prière de Foi et Lumière (dans plusieurs langues). Elle a toujours été très proche de Foi et Lumière et elle en ressent très profondément l’esprit et le cadeau que cela représente ! Comme elle est en charge du service d’accueil des invités, elle leur parle souvent de Foi et Lumière et leur suggère de rejoindre une communauté Foi et Lumière : « allez et voyez ! »
Il y a quelques jours, pendant un temps de rencontre fraternelle, j’ai lu à toutes les soeurs la lettre de Mirna, "quelques rayons de soleil de Syrie". Elles ont toutes été très profondément touchées… Merci pour Mirna !!! Merci au Seigneur pour la lumière et la foi dans son cœur ! Toutes ensemble, nous avons prié pour elle, pour la paix, pour le peuple syrien, le peuple ukrainien et tous ceux qui souffrent de la guerre. Comme pendant une réunion Foi et Lumière, nous nous sommes passées la bougie (avec l’emblème de Foi et Lumière !) de mains en mains, et nous avons terminé ce temps de prière en chantant : "Père unis-nous tous". Ce fut un moment exceptionnel !
Parfois, je partage des fioretti de Foi et Lumière avec les sœurs et je constate que le message de Foi et Lumière est important non seulement pour nous, mais pour toute personne, pour toute l’humanité. Je rends grâce à Dieu !

L'église du monastère de Paparčiai
Elle a passé la première étape de son engagement dans la communauté des sœurs de Bethléem juste avant Noël (le 23 décembre) en recevant une mélote, un vêtement bleu, qu’elle avait demandé à la mère supérieure de l’ordre, sœur Isabelle. Dans sa réponse, (en français) sœur Isabelle lui a dit :
Tout ce que tu as vécu auprès des personnes handicapées se prolonge maintenant dans l’amour pour toutes les personnes humaines connues ou inconnues, pour chacune de tes sœurs de Paparčiai et de cette petite Famille de Bethléem qui t’accueille. Ne sommes-nous pas tous handicapés de l’Amour, assoiffés de miséricorde, blessés de notre propre non-amour et blessant par notre ego envahissant ? Que pendant cette année de la Miséricorde, le Seigneur Jésus daigne faire de nous des "miséricordiés miséricordieux".


Elle me demande enfin de continuer à lui envoyer des nouvelles de notre Famille de Foi et Lumière, c’est important pour elle et également pour les sœurs du monastère. Cela les aide à prier pour des intentions concrètes, à rester "connectées" et d’expérimenter la bénédiction de rester unis main dans la main. Prions pour Kristina et pour toutes les sœurs qui partagent à leur manière la vie de nos communautés, elles sont des médiatrices essentielles pour nous garder dans l’amour de Jésus ! Et disons avec elles cette exclamation qu’elles tiennent de Saint Bruno dont elles suivent la règle : O BONITAS !

jeudi 25 février 2016

Le redémarrage de Foi et Lumière en Zambie

L'aéroport international de Ndola
Après le froid de l’Ukraine, voici la chaleur de la Zambie ! A peine revenu de la réunion de préparation du carnet de route, je suis reparti vers l’hémisphère sud et ce continent africain où je me sens toujours si bien ! Après un voyage assez long via Amsterdam, Nairobi et Lubumbashi, je suis arrivé à l’aéroport international de Ndola en Zambie. De là, accueilli par le père Jésuite en charge d’un centre de retraite tout neuf à Kitwe. Là nous avons passé trois jours de formation destiné à un groupe de personnes ayant connu Foi et Lumière et d’autres désireuses de mieux connaître notre mouvement pour démarrer des communautés. Tout cela a été organisé par une petite équipe dont la cheville ouvrière a été le Père David Harold Barry sj : il a été à l’origine du démarrage de Foi et Lumière au Zimbabwe, et maintenant, résidant à Lusaka, il est parti à la recherche des quelques braises encore fumantes des communautés de ce pays. Avec lui, Kathryn Morgan, coordinatrice de la province, était venu de Johannesburg et Time Baluwa de Harare. Tous les quatre, nous avons soufflé (avec l’aide du Saint Esprit) sur ces braises, et Foi et Lumière va sans doute redémarrer là où il y avait des communautés et sans doute au-delà jusqu’à Kolwezi, en République Démocratique du Congo ! Patrick Mulenga a été désigné comme point de contact : il coordonnera les promesses de redémarrage de communautés anciennes et de démarrage de nouvelles communautés.
Voici le compte rendu qu’a rédigé le Père David à son retour à Lusaka.

Le groupe rassemblé à Kitwe
Nous étions dix-huit, rassemblés au nouveau Centre de Retraite Jésuite de Kitwe – nous étions le premier groupe résident– du 21 au 24 janvier pour un temps de suivi des progrès de Foi et Lumière.
Pour ceux qui ne connaissent pas Foi et Lumière, nous sommes un mouvement œcuménique pour les personnes ayant un handicap mental et leurs familles. Notre objectif est de rejoindre des personnes souvent mises à l’écart – même parfois enfermées dans une chambre per leurs parents – et les aider ainsi que leurs familles à découvrir qu’elles sont comme nous tous, avec le besoin d’être aimées, d’aimer et d’être acceptées. Et qu’elles sont des personnes qui ont souvent des dons cachés en attente d’être révélés comme “un remède pour les nations” (Ap 22:2).
Le mouvement a démarré à Lourdes en 1971 par un pèlerinage organisé par Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu ; ils étaient 12000, personnes ayant un handicap, leurs familles et des amis. C’était la réponse au refus des organisateurs d’un pèlerinage diocésain d’accueillir une famille avec deux enfants handicapés parce qu’ils “vont faire trop de bruit et perturber les autres pèlerins.”
Notre réunion a rassemblé quatre personnes de la paroisse de Mandebvu de Lusaka, trois de la paroisse Saint Mary de Kabwe, cinq de Ndola, un de Chipata et une de Chinsali. Nous avons examiné la situation en Zambie depuis le démarrage dans les années 1980, la visite de Jean Vanier en 1996 et les développements qui ont suivi. Nous avons reconnu que le feu s’était réduit à des braises. Foi et Lumière a dépéri. Les parents ne comprennent pas et les coordinateurs qui avaient été choisis trop rapidement ont arrêté de communiquer.
Pendant ces trois jours, nous avons constitué une communauté, partageant nos expériences, apprenant à mieux connaître le mouvement, nous avons chanté et dansé. Nous avons pu réaliser que Foi et Lumière est un mouvement communautaire dont le but est de construire des relations et c’est ce qui se vit dans chacune de nos réunions mensuelles : nous y vivons ensemble un programme d’activités, partageons un petit repas, et prions ensemble. Nous essayons de créer une atmosphère où les personnes ayant un handicap se sentent libres, sortent de leur isolement et peuvent se réjouir.  
Tel l'oiseau tisserin, Foi et Lumière refait son nid en Zambie
Nous avons passé du temps sur le leadership, la préparation des réunions, l’engagement à construire une “communauté de rencontre”. Nous avons prié, seuls et en groupe pour découvrir en nous ce à quoi le Seigneur nous appelle pour cette reconstruction de Foi et Lumière. Et nous avons tous célébré notre oui”. Le moment est maintenant venu d’informer les prêtres de nos paroisses respectives et nos évêques de ce que nous voulons faire et leur demander leur bénédiction.


L'équipe de préparation avec Patrick Mulenga
Time Baluwa a également écrit ses réactions à son retour dans son pays sur son blog




mardi 2 février 2016

Kirt et Hilda Bromley, infatigables missionnaires au Ghana

Kirt Bromley est un nouveau vice-coordinateur international qui accompagne les quatre provinces du Canada et des États Unis, en remplacement de Fred Seagren. Kirt est marié avec Hilda, qui est originaire du Ghana. Tous les ans, ils passent quelques semaines dans ce pays où ils ont fondé de nombreuses bibliothèques rurales. Kirt est un homme extraordinaire (sa femme aussi certainement !) et il envoie régulièrement des nouvelles de leur séjour au pays. Cette année, il a une nouvelle mission, démarrer (ou plutôt redémarrer) Foi et Lumière dans ce beau pays ! Merci Kirt !

Le livre écrit par Kirt et Hilda

Comme j'avais promis à beaucoup d'entre vous de donner des nouvelles par e-mail, je vais me lancer. Notre voyage, à Hilda et moi, n’est pas seulement un voyage dans des paysages rudes, mais il est aussi, comme le vôtre, un voyage spirituel, et il me faut aussi vous partager une partie de cet autre paysage.

Les faits : nous sommes arrivés le 22 janvier, et comme d'habitude, à peine arrivés, nous avons dû courir. Hier, nous avons célébré le premier anniversaire de l'enterrement de Sam, le frère aîné de Hilda, qui était un grand soutien de notre "Books For Africa Library Project" : en effet, il a été le responsable de la construction de l'entrepôt pour nos livres. Nous avons utilisé une partie de l'héritage de ma mère pour construire quelques bâtiments, mais la patience et l'honnêteté de Sam nous ont permis d’épargner beaucoup d'argent...
Vous savez combien Hilda aime cuisiner ; vendredi, elle et dix cuisiniers ont préparé un repas pour une centaine de personnes dans le cadre de l’anniversaire de l'enterrement de Sam. Le lendemain, notre petit groupe familial, près de 30 personnes, a pu déjeuner en sortant de l'église.

Ce fut notre priorité pendant ces dix jours qui ont suivi notre arrivée, mais nous n’avons pas fait que ça : nous sommes allés à la capitale et avons commandé pour 2200 $ USD de livres à partager entre les bibliothèques que nous prévoyons de visiter cette année. À partir du 10 février, nous allons voyager jusqu’à l'extrême nord du Ghana, les régions Upper East et Upper West, où il y a 8 bibliothèques que nous avons mises en place. Cela fait des années que nous les avons démarrées, et nous avons entendu dire que certaines d'entre elles ne payaient pas leurs bibliothécaires. Notre plan est d’aller les voir avec leur conseil d'administration (et en établir de nouveaux si besoin), puis de les aider à revitaliser leur mission. Nous espérons que notre don de livres sera une bonne aide. Nous avons aussi une autre bibliothèque à mettre en place dans cette même région. Ce sera probablement la dernière pour nous.
Nous serons sur la route et vivrons dans les hôtels du 10 février au 17 mars. Gardez-nous dans la prière.

Nous avons commencé à distribuer des lunettes à Kukurantumi. J’avais remarqué qu'un homme, que je rencontrais à l'église le samedi, portait une paire de lunettes à laquelle il manquait la branche gauche ; il avait fixé une bande de caoutchouc qui allait de la monture sur le côté gauche jusqu’à l’extrémité de la branche droite en passant par l’arrière de la tête. Il en avait bien besoin, merci ! Aujourd'hui après la messe du matin, nous l’avons invité chez nous pour voir la collection de quelques centaines de verres que nous avons apportés dans notre valise.

J’ai eu la visite d'un jeune homme ayant une déficience intellectuelle à notre dîner de famille. L'année dernière, il traînait toujours autour de chez nous quand nous recevions plusieurs hommes en cure de désintoxication alcoolique. C’était bon de le revoir, et tout de suite, j’ai pensé à Foi et Lumière. L'année dernière, nous étions tellement occupés avec le programme de traitement à la maison, que je n’avais pas eu le temps pour Foi et Lumière, mais cette année je le ferai. J’ai parlé à cet homme de la merveilleuse communion de Foi et Lumière, et il reviendra aujourd’hui pour en entendre davantage.

La Miséricorde : Cela fait partie de ma vie spirituelle depuis plusieurs mois. Je suis profondément touché par l'appel du pape François à vivre une année centrée sur la miséricorde. Il y a tellement de choses à apprendre ! Hier, je suis allé à l'Église méthodiste de Kukurantumi, où Sam, le frère de Hilda, allait prier quand il était en ville. Ils ont eu une mention spéciale pour lui dans leur service. J'étais assis là avec une humeur plutôt négative. Lorsque le service a débuté à 09h00, avec Hilda et quelques parents, nous étions parmi les rares fidèles à rejoindre la douzaine de personnes qui étaient déjà présentes. "Quel genre d'église est-ce ?" ai-je demandé. Je n’aimais pas ça. Peu à peu, les gens sont arrivés. Après environ 15 minutes, le célébrant s’est arrêté et il a harangué les fidèles à cause de leur retard. Il y a eu beaucoup de chants et des prédications, mais je me trouvais dans une humeur négative. Miséricorde. Je ne veux pas être amer au sujet de ma foi.
La grâce de Dieu est arrivée de façon inattendue. Vers la fin du service, l'un des célébrants a demandé si quelqu'un de notre famille pourrait venir parler de Sam. Nana Asare est le fils aîné de Sam, alors il est venu et a dit quelques mots. Je me suis senti poussé par le Saint-Esprit à en dire plus. Comme Nana était en train de se rasseoir, j’ai bondi de mon banc et je me suis avancé. J’ai donné un court aperçu sur Sam ... sa fidélité dans l'étude de l'Écriture chaque jour (en effet, il fut le témoin qui m’a incité à commencer mon étude quotidienne de la Bible en 1976). J’ai aussi parlé de sa bonté, de sa générosité et de son esprit de pardon. J’ai précisé que la vie de Sam n’était pas que dans la parole, mais qu’elle se reflétait aussi dans ses actes. Eh bien, j’ai réalisé que j'avais fait un point qui était proche de la harangue que le prédicateur avait faite plus tôt, mais à la fin, j’étais très affecté. Qui suis-je pour juger ? Nous avons tous besoin de miséricorde. J’ai quitté l'église plus humble, et je n’étais plus troublé par ce nuage noir de jugement. Dieu est celui qui va changer la situation, pas moi. (Faire confiance à Dieu d'être Dieu est un grand défi !)

Je vois que j’ai couvert beaucoup de sujets...
Que le Seigneur bénisse votre voyage également.
Avec vous dans la grâce et la miséricorde du Christ,

Kirt et Hilda

samedi 30 janvier 2016

Bientôt, un nouveau carnet de route !

L'équipe carnet de route

Cette année, c’est une équipe ukrainienne qui va préparer le carnet de route pour l’année 2016-2017 (Olga, Vira, Inna, Luybov Sophia et Père Martin). Quand on travaille sur le carnet de route, on vit un peu toujours par anticipation et se projeter dans l’avenir n’est pas toujours évident. De plus, il faut tenir compte au maximum des retours reçus sur les précédents carnets de route, et là aussi, c’est une gageure que de vouloir satisfaire des demandes pas toujours compatibles entre elles !
Après une année passée la main dans la main, nous allons parcourir l’année prochaine avec comme fil conducteur la jeunesse. Mois après mois, nous verrons que des choses extraordinaires ont été faites par des personnes dans la fleur de l’âge, depuis le jeune Samuel, avec qui nous dirons tout au long de l’année : Tu m’as appelé, me voici, jusqu’à frère Roger qui, même s’il est mort assassiné à 90 ans, a démarré l’œuvre de Taizé vers l’âge de 30 ans. Et puis, mi-2017, nous aurons peut-être un grand événement destiné aux jeunes de Foi et Lumière !!
L'arrivée à Lviv
Une belle crèche
C’est dans une ambiance de Noël (eu Ukraine, comme dans tous les pays qui suivent le calendrier julien, Noël se fête le 7 février) que nous sommes arrivés avec Corinne dans la ville de Lviv. Pour être pleinement dans l’ambiance, il y avait aussi le froid et la neige. Nous avons marché dans le centre historique de la ville où tout (crèches, marchés, illuminations, chants) rappelait la fête de la Nativité. Nous avons diné dans une famille où nous avons entendu de nombreux chants de Noël ukrainiens avant de rejoindre un séminaire polonais dans la banlieue de Lviv, à Bryukhovychi, où nous allions travailler pendant les deux jours suivants. 
Nous avons essayé de définir, mois après mois, à partir de chacune des paroles du mois, comment chaque communauté allait vivre un temps de rencontre adapté à ce thème. Ce carnet de route est le même pour tous, mais il faut que chaque communauté reste bien ancrée dans sa propre culture : l’unité dans la diversité, nous sommes-nous rappelés à plusieurs reprises.

En plein travail !

Comme nous avons bien travaillé, nous avons pu rejoindre une fête des communautés de Lviv qui fêtaient Noël dans une paroisse de la ville. Nous y avons retrouvé l’ambiance priante et festive de nos communautés ! Et dès le lendemain, il a fallu repartir chacun chez soi ; tous, nous avons récupéré notre part de travail et d’ici quelques mois, nous pourrons recevoir un nouveau carnet de route !
Super, nous avons bien travaillé !





Belle fête avec les communautés de Lviv

mercredi 6 janvier 2016

Quelques rayons de soleil de Syrie

J'ai reçu cette lettre de Mirna qui m'a beaucoup touché... Je suis ébloui par tant de courage. Elle remet bien les choses dans la bonne direction, la bonne perspective... et elle nous donne des conseils : comment construire sa maison sur le roc et pas sur le sable ; elle nous rappelle combien ce que nous vivons à Foi et Lumière est prophétique si nous comprenons bien la mission des personnes ayant un handicap.
Avec Mirna et Alaa en Syrie (2010)

Chers amis,
Je voudrais partager avec vous quelques instants de vie au milieu de la tension, des soucis et de la tristesse.
A Alep, nous vivons chaque jour en espérant que le jour d’après sera un peu meilleur. Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive. Nous continuons à recevoir des missiles, des bombes et à entendre beaucoup de coups de feu provenant d’armes diverses. Chaque jour, nous apprenons la mort de nouveaux martyrs. Mais nous continuons à travailler, à nous rendre visite, à voyager vers d’autres villes.
Toutes sortes de nourriture, pain, fruits et légumes sont disponibles, mais nous continuons à subir des coupures d’eau et d’électricité. Les systèmes de distribution peuvent s’arrêter pendant plusieurs semaines ; les gens sont fatigués de devoir aller chercher de l’eau, de porter des bouteilles, des seaux provenant de puits récemment creusés pour que tous puissent avoir accès à l’eau. Le problème de l’électricité est résolu par des générateurs, mais seulement pour quelques-uns, les plus pauvres ne peuvent en profiter. La Syrie souffre aussi de perdre des jeunes, des familles… chaque semaine, nous disons au revoir à des amis, des parents, des voisins : les gens affrontent toutes sortes de dangers pour atteindre l’Europe. Et il n’y a toujours pas de signe de paix… mais nous continuons à entendre, voir et être les témoins de quelques lumières dans nos journées. Je peux vous en partager quelques-unes.
J’ai été très impressionnée par la puissance de vie d’une femme dont la maison a été très endommagée par une roquette Hawn. Elle m’a dit : "mon mari est allé enterrer notre fille et je suis restée pour nettoyer la maison et enlever les traces de sang, nos autres enfants vont bientôt arriver". Elle était si triste, elle pleurait, mais la porte de la vie restait ouverte, elle restait disponible pour la vie.
Une autre fille m’a raconté que sa vie était comme accélérée au milieu des nombreuses pertes qu’elle subissait. Elle me disait qu’elle n’avait pas le temps de faire le deuil de ses amis, parents et voisins : "une fois, quand j’ai ressenti qu’un de mes amis me manquait, j’ai essayé de l’appeler au téléphone, puis j’ai réalisé qu’il était mort depuis plusieurs semaines".
Les communautés interreligieuses sont si importantes ; pendant les crises, les personnes ayant un handicap sont les plus vulnérables, elles sont les dernières dont on va s’occuper, et la priorité est donnée aux autres enfants. Les familles ont tellement de soucis, d’angoisses, de peurs, qu’elles ont moins le temps de prendre soin de leur enfant handicapé, on l’écoute moins, on lui parle moins pour lui expliquer tout ce qui se passe. Au cours d’une réunion d’une communauté interreligieuse, une mère nous a dit toute sa fatigue, elle était proche de l’épuisement. Elle avait prévu d’aller voir un psychiatre, mais c’est alors qu’elle a été invitée à une rencontre de communauté interreligieuse (un rayon de lumière) et après quelques réunions, elle nous a dit : "maintenant, je ne ressens plus le besoin d’aller voir un psychiatre, je me sens plus à l’aise, je ne sais pas ce qui se passe, rien n’a changé, mais je me sens mieux ; j’ai vu que mon enfant était heureux, j’ai rencontré d’autres femmes comme moi, les amis de la communauté m’ont accueillie avec mon enfant, c’est une vraie famille dont je sens que je fais partie".
La semaine dernière, avec un autre ami, nous sommes allés voir Serjio (il est mon ami à Foi et Lumière) pour fêter son anniversaire : il était très heureux de nous voir, ce fut une fête très très simple avec juste un petit gâteau et une tasse de café, nous étions peu nombreux, nous avons bavardé, ri, chanté, nous nous sommes rappelés nos histoires communes, les moments joyeux, les moments tristes, et comme à son habitude, Serjio nous a invités à prier. Pour moi, ce fut un rayon de soleil, célébrer la vie au milieu de la mort, rencontrer des amis au milieu de la division, vivre des moments paisibles au milieu de la guerre, vivre des temps de paix intérieure au milieu du chaos.
J’ai aussi été invitée à la cérémonie de mariage de deux amis : c’était à trois heures de l’après-midi, une heure inhabituelle car à Alep, les mariages se célèbrent le soir et sont suivis d’une fête qui démarre à minuit et qui dure jusqu’au matin. J’étais heureuse de voir ce couple entouré par les amis qu’il leur restait. Nous avons fait moins d’efforts pour les habits, les cadeaux, la fête, mais nous étions là pour fêter avec eux leur engagement, pour les encourager. Ils ont pris une décision courageuse dans la situation présente, une décision fondée sur leur désir de continuer, sur leur foi dans la vie, sur leur espérance pour l’avenir, même s’il n’y a pas de signe d’un bon futur à court terme. Leur décision a allumé une grande lumière d’espérance au milieu d’une jeunesse désespérée. Les crises nous ont rappelé, à nous les témoins, le véritable mystère du mariage.
Il me semble que nous sommes comme l’homme insensé de l’Évangile : nous avons construit notre sentiment de sécurité (notre maison) sur des rêves virtuels, sur le sable (une belle maison, une bonne santé, de l’argent, des amis, des biens, un bon travail, des enfants, des parents, une éducation, une bonne position, une bonne réputation, même sur Dieu qui est derrière tout cela). Mais quand les crises sont arrivées (la pluie, les torrents, les vents), tout cela s’est écroulé dans un grand fracas, et tous sont terriblement déçus, perdus, déracinés. Ils pensent qu’il n’y a plus de sens à la vie, plus de futur, plus de Dieu. Pour moi, j’ai revu l’infrastructure de ma maison, l’infrastructure de mon sens de la sécurité : cela nécessite plus d’écoute et d’obéissance à la parole de Dieu. Quand mon sens de la sécurité proviendra de l’amour de Dieu, ma vision de la vie, de l’avenir, de moi-même, des autres, et même de mon ennemi sera très très différent… et rien ni personne ne pourra me l’enlever.
Une jeune réfugiée irakienne de dix ans a été interrogée à la télévision. Elle a expliqué combien sa vie avait changé, tout ce qu’elle avait perdu, son école, sa maison, des parents, des voisins, des jouets ; elle demandait qu’on l’aide à retrouver sa meilleure amie, elle ne sait pas où elle est. Le journaliste l’a aidée pour qu’elle puisse passer un appel à ses amis. Mais ce qui m’a le plus impressionnée, c’est qu’elle ne manifestait aucune haine à l’égard de ceux qui lui avaient causé tout cela, elle leur pardonne, prie pour eux et demande à Dieu de les guider.
S’il vous plait, priez pour les Syriens, pour la paix et pour moi. Merci

Mirna

samedi 19 décembre 2015

Kristina

L'église du monastère de Paparčiai
Quand en mai 2014, Kristina, qui était depuis six mois vice-coordinatrice internationale, m’a invité à aller passer 24 heures au monastère des sœurs de Bethléem à Paparčiai, au milieu des forêts de Lituanie, je n’imaginais pas vraiment tout ce qui allait se passer !
J’avais bien remarqué que Kristina était très à l’aise dans cette ambiance très particulière d’un ordre monastique sévère ; en effet, "la famille monastique de Bethléem de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno" observe la règle de Saint Bruno, celle de l’ordre des Chartreux. J’ai pu en observer la rigueur dans mon petit ermitage dans lequel on venait m’apporter mes repas… Mais cela m’a permis de prier, de méditer et de me préparer intérieurement à la session de formation que j’allais animer dès le lendemain soir… Dans le train qui nous ramenait à Vilnius, j’ai demandé à Kristina si elle avait jamais entendu un appel à rejoindre cette communauté ? Elle m’a répondu que non, que le seul appel auquel elle avait répondu, c’était celui de Foi et Lumière. Et l’engagement qu’elle avait pris en acceptant de servir comme vice-coordinatrice internationale était porté dans la prière par les sœurs qui connaissent bien Foi et Lumière et sont de bons soutiens de Foi et Lumière en Lituanie et dans le monde.
A notre arrivée à Vilnius, nous avons retrouvé l’aumônier national de Foi et Lumière, et avant de rejoindre les participants à la formation, nous nous sommes arrêtés pour prier dans la maison où avait habité Sainte Faustine Kowalska. Nous y avons prié le chapelet à la Miséricorde Divine. C’est dans cette maison de la Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde, où elle a vécu dans les années 1933 – 1936, que le Seigneur Jésus lui avait dicté ce chapelet.
Trois mois plus tard, quand Kristina m’a appelé pour me dire l’appel radical qu’elle avait reçu et auquel, après un long discernement, elle voulait répondre « oui », j’ai été abasourdi et ma première réaction –après avoir raccroché- fut de me mettre en colère contre le Bon Dieu qui semblait me jouer un mauvais tour ! Puis, petit à petit, j’ai "digéré" cette nouvelle et j’ai pu passer à une autre étape qui était celle d’accompagner Kristina dans cette démarche. Fille unique d’une maman veuve, elle a mis du temps à lui annoncer cette nouvelle et j’ai le sentiment d’avoir un petit peu joué le rôle du papa de Kristina… Il faut dire que Kristina est née un 12 avril, elle a donc la même date d’anniversaire que ma fille Julie !
La vue sur le mont Blanc depuis les Monts Voirons
Avec soeur Deir Maria, Julie et Kristina
J’ai été très heureux de revoir Kristina l’été dernier au monastère Notre-Dame de la Gloire-Dieu des Monts Voirons, un superbe endroit au-dessus du lac Léman et face à la chaine du Mont-Blanc ! Ce plus ancien haut-lieu marial de Haute-Savoie a souvent vu Saint François de Sales y rejoindre le groupe des ermites d’alors. C’est là que Kristina, accompagnée de sœur Deir Maria, a passé le mois d’août en retraite. Avec Isabelle et Julie, nous avons passé un très bon moment plein de joie. Nous étions si bien ensemble que nous avons oublié l’heure des vêpres et nous sommes arrivés à la chapelle un peu en retard !
Et puis, le dimanche 11 octobre, Kristina a rejoint la clôture du monastère de Paparčiai. L’Évangile, ce jour-là, disait : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple (Mc10, 29-30). Et les communautés du monde entier avaient pour thème de réflexion pour le mois d’octobre : main dans la main avec les communautés religieuses ! La communauté de Kristina a bien sur choisi de vivre cette union de prière avec le monastère de Paparčiai, un monastère qui est explicitement nommé dans le carnet de route…
L’Église catholique termine l’année de la vie consacrée et s’apprête à entrer dans l’année du jubilé de la Miséricorde. Je me rappelle cette journée de mai 2014, commencée au milieu de la communauté religieuse que Kristina a rejointe et qui s’est terminée dans la maison de Faustine Kowalska que nous avons remplie de notre prière : Par Sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier. Nous allons avoir beaucoup d’occasions dans l’année qui vient de vivre la main dans la main, remplis de cette grande Miséricorde Divine !

Kristina, je réalise maintenant que tu n’as pas vraiment quitté Foi et Lumière, nous avons gagné un soutien constant par la prière des sœurs de Bethléem de Paparčiai. Prie pour nous comme nous prions pour toi !

L'Équipe de coordination internationale s'est réunie en Pologne

Le CA et l'ECI au grand complet
Les rencontres en Pologne se suivent et ne se ressemblent pas toutes, heureusement. Début décembre, nous étions à Konstancin-Jeziorna, près de Varsovie, dans un centre d’animation missionnaire des pères Pallotins, pour deux réunions successives : le Conseil d’administration et l’Équipe de coordination internationale. Il y avait un jour de recouvrement pour avoir le temps de réfléchir tous ensemble, pour tenter de discerner l’appel de Dieu pour Foi et Lumière dans les années à venir. Ce fut un temps de partage à partir des messages que nous avaient donné nos fondateurs ; nous n’avons pas convergé vers la définition d’un horizon clair et limpide de ce qui nous attend sur le chemin qui va nous emmener vers 2025 et au-delà… Il faudra certainement laisser des possibilités au Saint Esprit de nous surprendre et nous étonner, comme il l’a fait en 1971.
Nous avons aussi commencé la réunion de l’Équipe de coordination internationale qui a suivi par une journée de réflexion sur l’identité et la mission de Foi et Lumière : c’était une manière de préparer le conseil des coordinateurs qui aura lieu dans les mêmes locaux en juillet 2016.
Nous avons accueilli très chaleureusement les deux nouveaux vice-coordinateurs internationaux, Kirt Bromley et Uliana Roy qui accompagnent respectivement les provinces du Canada et des USA (Kirt) et l’Ukraine, Between the Seas et Danube (Uliana). Tous deux se sont très vite intégrés dans cette équipe si belle et qui a à cœur le désir de faire rayonner Foi et Lumière partout dans le monde. Nous avons fait ainsi le tour des provinces, nous réjouissant des bonnes nouvelles et partageant les difficultés que vivent certaines communautés (comme au Burundi, à Capetown, en Syrie, en Ukraine…). Nous avons commencé à planifier les activités phares des mois à venir : le Jubilé des malades et des personnes handicapées à Rome en juin, le Conseil des coordinateurs de juillet, les JMJ de Cracovie, un grand rassemblement de jeunes de Foi et Lumière en 2017…
La viste de Saint Nicolas
Nous avons eu la joie de recevoir plusieurs visites : saint Nicolas nous a fait la surprise de venir nous voir le 6 décembre avec une hotte pleine de cadeaux ; Agnieszka, la coordinatrice de la province, et des membres des communautés de Varsovie sont venus nous retrouver pour dîner avec nous et passer une bonne soirée tous ensemble. Nous avons découvert Varsovie by night (le lieu où Saint Jean-Paul II avait dit la messe en 1979, la paroisse où une communauté de Varsovie se retrouve, un restaurant où Frédéric Chopin avait l’habitude de venir dîner… et où nous nous sommes bien amusés, comme dans une rencontre de communauté !).
Sur le plan spirituel, nous avons célébré le 7 décembre, pour la vigile de la solennité de l’Immaculée Conception, l’entrée dans l’année sainte de la Miséricorde Divine par une célébration du lavement des pieds.

Merci à vous tous, vous êtes super ! Un grand merci tout particulier à Asia qui a si bien préparé cette réunion ! Je suis toujours heureux de retrouver cette équipe au complet ! Je me rends compte à chaque fois combien vous êtes précieux et combien c’est plus facile de porter ce travail d’accompagnement des provinces dans la confiance et la communion. Kocham was (c'est du polonais...) !
Dans  le restaurant favori de Frédéric Chopin