mercredi 3 juin 2015

Des nouvelles de Mirna à Alep

Jean Vanier a écrit à Mirna pour lui demander des nouvelles ; elle lui a longuement répondu et, avec leur autorisation à tous les deux, je vous fais part de cette lettre qui est très émouvante car elle décrit de l'intérieur ce que vivent les chrétiens de cette ville martyre. Elle dit aussi comment Foi et Lumière demeure source de joie et d'amitié au milieu des ruines et des décombres de la ville, comment Foi et Lumière peut allumer des lueurs d'espérance dans les ténèbres.
Nous vivons la plupart du temps nos rencontres de communauté dans l'insouciance ; il ne faut pas oublier que cette joyeuse nouvelle que nous avons à faire connaître est un fabuleux trésor, un trésor qui peut faire des miracles dans les circonstances les plus difficiles ou tragiques de notre monde. Soyons bien conscients de cette dimension de notre mouvement, et n'hésitons pas à continuer à annoncer Foi et Lumière, à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contretemps, à encourager avec patience et souci d'instruire (2 Tm 4, 2), c'est ce que font Mirna et les communautés d'Alep.


Cher Jean,
Merci beaucoup… Je vais bien, comme tous autour de moi. Il n’y a pas de réseau à Alep depuis mon dernier message… et maintenant, nous nous débrouillons pour trouver d’autres moyens pour pouvoir rester en contact.

Alep est une ville si meurtrie, la semaine de Pâques fut très difficile pour les habitants. De nombreux missiles sont tombés sur la ville à minuit, tout le monde dormait ; 7 bâtiments ont été totalement détruits, et beaucoup d’autres en partie détruits ; de nombreuses familles ont été tuées, les funérailles concernaient des familles entières, le père, la mère, les enfants étaient tous enterrés en même temps. La peine à Alep fut immense et engendra un nouveau flot de départs : des habitants, des familles ont quitté Alep pour un lieu plus sûr, ceux qui sont restés vivent des moments très difficiles, ils ont si peur, et c’est la peur qui guide leurs décisions, leur vision de la vie, leur vision de leur avenir.
Aujourd’hui encore, un obus de mortier est tombé. Depuis plus d’une semaine, nous n’avons plus ni eau ni électricité. Tout le reste est disponible, nourriture, produits ménagers… mais c’est très cher. La route principale qui relie les villes est devenue très longue à parcourir à cause des nombreux points de contrôle et avec de gros risques. Les dangers les plus grands aujourd’hui sont la division, la haine, la peur de l’autre, le manque d’espoir, le manque de sens.

Avec l’aide de Nabil, je peux voir quelques lumières au milieu des ténèbres. Nabil fait partie de ma communauté depuis 28 ans ; nous avons une longue histoire commune, beaucoup de souvenirs, des moments de joie, des moments de tension. Il travaille dans un atelier proche de mon bureau et quand il rentre chez lui, il nous rend visite pour quelques minutes, saluant chacun. Il demande souvent à mes collègues (il l’a même demandé une fois au directeur du secteur de l’éducation gouvernementale lors d’une visite officielle) : « qui es-tu ? Es-tu un membre de Foi et Lumière ? » Et quand ils répondent négativement… il dit : « ooooooooh nooooon, et pourquoi pas ? » Puis il se met à les inviter à nos rencontres de Foi et Lumière. Je constate le changement chez ceux qui au bureau sont en contact avec Nabil : ils sont plus ouverts, heureux de le rencontrer et de rire avec lui, même s’ils ne comprennent pas tout ce qu’il leur dit. Nabil appelle à ouvrir les portes, à faire tomber les barrières à une époque où, en Syrie, beaucoup d’autres essaient de construire des murs très épais et de fermer les portes.
Avec les communautés Foi et Lumière, nous pouvons encore vivre la joie et l’amitié. Nous avons célébré la fête des mères, toutes les communautés se sont retrouvées ensemble : nous avons commencé par apprendre un chant, nous avons parlé de la valeur des mamans, puis nous avons dansé, nous avons partagé un petit repas…

Félicitations pour le "prix Templeton" ! C’est pour notre monde une source d’espérance. Je trouve que c’est une très bonne nouvelle. C’est important, pour conserver de l’espoir, qu’il y ait des fondations et des personnes qui cherchent et encouragent la paix pour notre monde, et qui expriment ce besoin. Il faut que nous fassions connaître le chemin de la paix, encourager les gens à se rencontrer et à ne pas avoir peur les uns des autres.
Le temps de Pâques est très approprié à ce que nous sommes en train de vivre, nous avons besoin de la paix de Jésus ressuscité quand il dit à ses disciples "la paix soit avec vous" et nous avons aussi besoin de la "force du Saint Esprit". J’essaye de garder mes mains libres et ouvertes pour recevoir ce don en prenant du temps pour prier, du temps en silence pour demeurer proche de Dieu, pour vivre de sa paix, son amour et sa tendresse.

Je voudrais partager avec toi quelques histoires qui m’ont touchée. Au début de ce temps de crise, j’étais très proche d’une famille, une famille très pauvre, un papa, une maman et leurs quatre filles ; Rita, l’une d’entre elles est morte en tombant dans des escaliers. Son père n’a pas pu l’enterrer car le cimetière chrétien se trouve dans un quartier dangereux d’Alep. Il a dû louer pendant quatre jours une pièce de l’hôpital (jusqu’à ce que sa paroisse trouve un autre endroit pour une sépulture temporaire). Pour conserver le corps dans de bonnes conditions de température, il a loué un générateur et de l’essence. C’est très cher pour une famille pauvre, mais le père a dit que c’était la dernière chose qu’il pouvait offrir à sa fille et la mère a dit que son principal souci était de trouver un lieu pour enterrer sa fille et qu’elle puisse reposer dans l’éternité. Cette famille a vécu une semaine très difficile.
Ce temps de crise a impacté une tradition très importante pour notre peuple. Par exemple, la tradition du deuil et du respect que nous devons à une personne décédée. Les musulmans enterrent leurs proches le jour même de leur mort, c’est très important pour eux (pour montrer du respect à une personne morte, il faut l’enterrer rapidement). Donc la célébration de funérailles a lieu le jour même. Pour nous les chrétiens, nous pouvons attendre le jour suivant, en gardant le corps du défunt pendant une nuit à la maison. Seulement pour des occasions spéciales, nous pouvons attendre un peu plus (dans le cas où il faut attendre quelqu’un qui arrive de loin).
Nous avons aussi la coutume que la famille et les amis accompagnent le cercueil jusqu’au cimetière et ils y reviennent fréquemment pour prier pour les défunts ; ce n’est plus possible aujourd’hui, car il n’y a plus de pierres tombales et on ne sait plus retrouver les lieux des sépultures. Il y a aussi le fait qu’il y a un nombre croissant de morts, des dizaines chaque jour.
Quand un jeune garçon de douze ans a été tué par un obus de mortier, sa famille a fait imprimer une petite carte en mémoire de sa mort. Au dos de cette carte, ils ont mis la prière de Saint François d’Assise. J’ai été très touchée par cette famille, ce fut très inspirant pour moi à Pâques de voir comment ils ont été capables de pardonner et d’appeler les autres à devenir des artisans de paix malgré toute leur grande douleur. Cette famille m’a aidé à comprendre Jésus sur la croix : malgré toute sa douleur, il a été capable de penser aux autres, à leur transmettre son amour, à les appeler à prendre soin les uns des autres.

Les mains ouvertes et en silence, je reçois la lumière de Jésus ressuscité.
Prie pour la Syrie, pour Alep, pour toutes les familles déplacées, et aussi pour moi.

Mirna Hayek
Syria-Aleppo

lundi 4 mai 2015

Un pèlerinage pour se souvenir de Pâques 1971

La porte de Brandebourg, centre de Berlin
Nous avons emmené nos enfants et trois petits enfants (sur cinq) à Berlin pendant une semaine fin avril. C’était pour leur faire découvrir une ville qu’aucun d’entre eux ne connaissait et où nous nous sommes rencontrés pour la première fois avec Isabelle.
Cela s’était passé pendant la semaine sainte de l’année 1971… A l’époque, j’étais étudiant à Paris et mon école avait proposé un voyage à Berlin auquel je m'étais inscrit. J’avais sans doute entendu des annonces dans ma paroisse invitant les jeunes à aller à Lourdes pendant la même période ? Je ne m’en souviens pas, mais si je les avais entendues, je pense que j’aurais eu la réaction de Jonas : partir dans la direction opposée !
Isabelle était étudiante à Paris et ses parents habitaient Berlin et elle était revenue passer les vacances de Pâques avec sa famille. Des amis communs nous ont présentés et pendant ces quelques jours, avec d’autres amis, nous avons eu – en plus des nombreuses activités programmées par mon école (découverte de la ville, de son histoire et de ses blessures) – quelques autres activités moins sérieuses : patinoire, pizzeria, concert à la Philharmonie… Au retour de Berlin, nous avons continué à nous voir et nous ne sommes plus quittés.
Pendant ce temps à Lourdes, un autre événement fondateur était en train de se passer ; nous n’y avons pas participé, mais nous avons rejoint le train en route vingt ans plus tard pour le pèlerinage de 1991, et nous ne l’avons plus quitté.
La barque de Foi et Lumière sur le mur de Berlin

En 2015, à Berlin, pour ce pèlerinage familial, nous avons retrouvé une ville profondément changée ! Plus de mur, mais les cicatrices restent tout de même très présentes : j'y ai retrouvé la barque de Foi et Lumière. Puisque nous disons qu'il vaut mieux construire des ponts que des murs, sachez qu'il y a à Berlin 1700 ponts, plus qu'à Venise. 
Nous avons retrouvé la pizzeria de 1971, et nous sommes retournés à la Philharmonie. De ce point de vue, rien n'a changé !


mardi 28 avril 2015

Lettre à un "guérisseur" de personnes trisomiques


Quand Anne-Marie Pike entend dans sa paroisse un prêtre de passage dire que les personnes trisomiques peuvent être "guéries", son sang ne fait qu'un tour et une fois que sa colère (une sainte colère) est retombée, elle lui écrit pour lui donner son témoignage. Ce témoignage qui est un peu celui de son fils John m'a beaucoup touché et je partage tout ce qu'elle dit dans sa lettre !



Cher Père,
Je vous écris en tant que mère de John (33 ans), trisomique 21, en tant que présidente de Foi et Lumière international et en tant que co-fondatrice de la Communauté Marralomeda à Christchurch, un foyer accueillant, depuis 25 ans, 19 personnes ayant un handicap mental. Avec mon mari Roger, nous vivons  dans ce foyer depuis ses débuts. C’est pour moi un privilège que de vivre avec des personnes trisomiques ou ayant d’autres types de handicap mental et de les côtoyer au quotidien ; je peux vous attester que ce sont nos amis handicapés qui m’ont guérie et qu’ils ont été mes maîtres. Ils me font confiance, m’aiment inconditionnellement et ont enrichi ma vie au-delà de toute mesure. Ils m’aident dans ma vie spirituelle à tel point que je me demande si ma confiance en Dieu est comparable à celle de mes amis, si mon amour pour les autres est aussi inconditionnel que le leur...
Comme j’assistais à la messe à l'église Saint-Grégoire dimanche soir, je vous ai entendu dire que les personnes trisomiques avaient besoin d’être guéries ; j’ai ressenti alors une très forte colère car je considérais que vous étiez en train d’insulter, certes inconsciemment, ces belles créatures de Dieu. Les transformer en objets qui nécessiteraient une puissance de guérison de la part de Dieu pour les rendre “normales” (quel que soit le sens qu’on donne à ce mot) donne un message complètement faussé à la société et pourrait renforcer de très dangereux stéréotypes. Le taux d'avortement pour les fœtus handicapés est déjà très élevé, et je crois que la société sera vraiment rassemblée quand nous apprécierons tous ses membres, chacun avec ses différences, comme de véritables créatures de Dieu. En fait, je pense que la société serait bien meilleure si nous nous mettions à l’écoute des personnes handicapées plutôt que de penser qu'elles devraient être “guéries” pour devenir comme nous. Il y a  un mystère si merveilleux dans la manière dont certaines personnes handicapées vivent des vies fécondes dans tout ce qu’elles donnent aux autres dans le monde. Les personnes handicapées nous mettent aussi en garde, nous qui sommes considérés comme “normaux” ou “sans défaut”, quand nous pensons qu’elles veulent changer ou être “guéries”. Pour certains, le handicap fait partie intégrante de leur identité. J’ai récemment entendu parler d'une femme médecin ayant un handicap physique : elle suggérait que l'Église catholique devrait considérer soigneusement son attitude et son enseignement sur cette question. Il lui avait été annoncé que, quand son corps serait ressuscité à la fin des temps, elle n’aurait plus de handicap. Mais elle a répondu que ce ne serait plus elle sans son handicap... Nous devons donc être très prudents... C’est une question très délicate. Même Jésus, quand il est apparu à ses apôtres, avait un corps ressuscité qui avait encore les plaies de la crucifixion.
J’ai aussi été intriguée par le témoignage que vous avez donné à propos de l'enfant trisomique qui a été guéri... Je me demandais quelle forme la guérison avait pu prendre... L'enfant a-t ‘il été examiné par un généticien qui a constaté que le chromosome supplémentaire avait disparu ? Est-ce que les caractéristiques physiques de la trisomie 21 avaient changé ? L'enfant s’est–il mis soudainement à exceller à l'école ?
 Je me souviens d'un prêtre de la communauté de L'Arche en Irlande qui disait : "Les personnes ayant un handicap mental vivent un Évangile qu'ils n’ont jamais lu". Même s’ils ne peuvent pas lire l'Écriture, ils sont en quelque sorte pleins du message de Jésus et ils le vivent tout simplement. Je peux vous dire que les personnes trisomiques ou ayant d'autres types de handicap mental sont vraiment saintes et les “petits enfants” de Dieu. Henri Nouwen, dans son livre intitulé "Adam" montre cela beaucoup mieux que tout ce que je ne pourrai jamais dire et je vous recommande de le lire.
Au cours des années, ma passion a été de parler aux autres, qui n’ont pas vécu une vie aussi privilégiée et bénie que la mienne, du don des personnes handicapées, de leur dire combien la société a besoin d'elles pour nous apprendre à devenir vraiment humains... Jésus n'a-t ‘il pas dit "devenez comme de petits enfants" ?
Au fil des années, les gens m’ont dit : "Je pense que tu es merveilleuse" et ils le disaient avec gentillesse et comme un compliment, parce qu'ils me voyaient, dans la communauté, accompagner des personnes handicapées et ils s’imaginaient que je suis comme une sainte avec une infinie patience... Et ils étaient complètement dans l’erreur. Personne ne dit à mes amis ayant un handicap que ce sont eux qui sont merveilleux, parce que toute la richesse qu'ils m’ont donnée est invisible... Donc ma mission dans la vie est d’annoncer à la société et à l'Église le merveilleux cadeau que nous avons dans notre société et qui est largement ignoré et évité. Les personnes handicapées doivent recevoir leur juste place dans notre société et dans l'Église et nous avons besoin d'évaluer ce qu'elles peuvent nous apprendre.
Je crois que notre Église, si elle veut véritablement être porteuse du message de Jésus, doit être aux avant-postes pour transmettre ce message au monde. Comme vous êtes un prédicateur que beaucoup écoutent, je me devais de partager ces réflexions avec vous. Je vous ai donné mes coordonnées en haut de la lettre et je serais heureuse de poursuivre cette conversation, mais j’ai pensé qu'il valait mieux d’abord vous écrire.
 J’espère que vous ne serez pas irrité par cette lettre, mais mon fils John et mes autres amis ayant un handicap ne peuvent pas parler pour eux-mêmes et leurs merveilleux dons sont cachés de tant de monde. Je ressens très fortement l'absence de valeur que la société donne aux personnes handicapées.

Que Dieu vous bénisse dans votre ministère de guérison.

jeudi 16 avril 2015

Conseil d'administration aux Pays Bas


Le CA et l'équipe provinciale Coeur de l'Europe

Le 19 mars, jour de la Saint Joseph, les membres du Conseil d'administration de Foi et Lumière international se sont retrouvés à Thorn aux Pays-Bas pour sa réunion de printemps. La Providence a voulu que ce soit ce jour-là et pas un autre, et deux d'entre nous, Anne-Marie Pike et Artkin Muwishi se sont rendus sur la tombe du père Joseph qui était sur leur route entre l'aéroport d'Amsterdam et Thorn. Ils lui ont confié notre réunion et je suis certain qu'il a veillé sur nous pendant ces quelques jours.

Marthe Robin veillait aussi sur nous, : c'était le mois de mars et, pendant ce mois, le carnet de route nous invitait à la prendre comme modèle de messagère de la joie. De plus, nous étions hébergés dans un Foyer de Charité, oeuvre fondée par Marthe. Nous avons pu vivre les temps de prière et la messe matinale avec la communauté du foyer et le Père Pierik nous a présenté la vie de celle qui est maintenant Vénérable depuis le mois de novembre 2014 car l'Église Catholique a reconnu "l'héroïcité de ses vertus". J'ai vraiment ressenti une très grande proximité spirituelle avec les Foyers de Charité ! Il faut dire que c'est dans un Foyer que j'ai suivi ma première retraite avec Jean Vanier, en octobre 1983, quatre ans et demi avant la naissance de Julie... Sur le plan matériel, la communauté du Foyer nous a accueillis de manière exceptionnelle !
Joli ciel de printemps sur Thorn , la ville blanche
Et puis nous étions là en même temps que l'équipe de la province Cœurs d'Europe ; nous avons beaucoup de temps d'échanges pendant les repas (y compris dans un bon restaurant de crêpes néerlandaises, des pannekoeken), et nous avons eu une soirée commune au cours de laquelle nous avons bien partagé... Il faut remercier tout particulièrement Hetty qui a tout fait pour que nous soyons bien accueillis et que nous nous sentions bien dans son beau pays.

Toutes les photos






vendredi 27 mars 2015

Le prix Templeton, un secret bien gardé !

Jean Vanier avec Jennifer Templeton Simpson
Lorsque le 9 février, à sa demande, j’appelle Jean Vanier, je pense que c’est pour fixer les modalités pratiques d’un prochain rendez-vous. Mais quand il me dit au début de notre conversation « Ghislain, sais-tu garder un secret ? », je me demande bien de quoi il peut s’agir… Et alors, il m’annonce qu’il a été choisi pour recevoir le prix Templeton pour l’année 2015, que l’annonce en sera faite à Londres le 11 mars, et que d’ici là, je ne dois en parler à personne, sauf à Marie-Hélène qui est aussi dans la confidence. Nous serons invités tous les deux à venir l’entourer ce jour-là.
Quand j’ai raccroché, je me suis senti très heureux pour Jean et, en même temps, un peu embarrassé… Quand tu as une grande joie et que tu ne peux pas la partager, tu te sens un peu bête ! Et puis très vite, je me suis posé plein de questions : où dans Londres et à quelle heure cela va-t-il se passer ? Il y a certainement des personnes de l’Arche qui sont au courant, mais lesquelles ? Je me suis senti responsable de cette importante nouvelle et j’ai alors revêtu les habits du parfait agent secret, prenant des airs énigmatiques, ne voulant pas expliquer pourquoi je devais aller à Londres ce jour-là… Je disais : « C’est pour une rencontre avec l’Arche ! »
J’ai pris l’initiative de demander (par texto, c’est plus sûr !) à Patrick, mon homologue de l’Arche, s’il avait prévu un déplacement en Angleterre vers les 10 et 11 mars ; il me répondit que non, il sera à Chicago…
Marie-Hélène n’en sait pas beaucoup plus, et de plus, elle me dit qu’elle n’ira pas, que je serai le seul représentant de Foi et Lumière, et que je pourrai peut-être profiter de ce séjour à Londres pour démarrer une communauté dans le centre de la ville car elle connaît plusieurs personnes qui pourraient certainement aider ! En plus des habits d’agent secret, me voici revêtu de la tenue du héros de la série “Mission Impossible” !
Le paysage finit par s’éclaircir avec Isabelle et Martha, de l’association Jean Vanier, que Jean a chargé d’être en rapport avec les membres de la Fondation Templeton. Le secret est lié à l’exclusivité vis-à-vis de la presse de cette annonce : c’est à la Fondation que revient la primeur de cette annonce et jusqu’au 11 mars à 10h30, heure de Londres, il y a embargo pour qu'il n'y ait pas la moindre fuite. Mais il faut tout de même se mettre en position de communiquer nous aussi à partir de 10h31 ! Il faut donc préparer les communiqués, prévoir les textes qui seront publiés sur nos sites et sur les réseaux sociaux, rédiger les courriers qui seront envoyés aux provinces, aux amis de Foi et Lumière ! Je contacte alors Anne-Marie pour qu’elle signe avec moi ces messages qui vont être diffusés, et Corinne pour que nous listions les destinataires de ces messages… Tout est arrangé lors d’une conférence téléphonique avec l’Arche et l’Association Jean Vanier au cours de laquelle nous parlons en mots codés : il s’agit du prix T. dont le nom de celui qui va le recevoir sera annoncé à L…
Tout se prépare donc dans la plus grande discrétion et avec un peu de fébrilité car les textes qui doivent nous servir de support n’arrivent qu’à la dernière minute… 
Jennifer Templeton Simpson annonce la remise du prix
J’arrive à Londres le 10 après-midi pour assister au dîner offert par la Fondation Templeton dans un grand hôtel de Londres, le Millenium Hotel, à Grosvenor Square, dans le quartier de Mayfair ! J’y retrouve Jean et quelques personnes connues de l'Arche et de l'Association Jean Vanier ; il y a aussi des représentants de cette mystérieuse Fondation John Templeton dont je vais pouvoir mieux comprendre la mission et l’origine du prix. Cette fondation a été créée en 1987 par sir John Templeton, un Américain, et elle a son siège à Philadelphie. Le président actuel de la fondation est le fils du fondateur, John M. Templeton, Jr. En plus de son activité principale qui consiste à financer des études scientifiques, la Fondation remet chaque année le prix Templeton à une personne vivante qui a contribué de façon exceptionnelle à affirmer la dimension spirituelle de la vie, que ce soit par des idées, des découvertes, ou des travaux pratiques. Depuis 1973, ce prix a récompensé de grandes personnalités comme Sainte Mère Teresa, frère Roger, Chiara Lubich, Dame Cicely Saunders (notre témoin du mois de juin dans le carnet de route),  Alexandre Soljenitsyne, Desmond Tutu… Le Président, Dr John M. Templeton Jr, n’est pas présent, c’est sa fille, Jennifer Templeton Simpson qui le représente.

Le lendemain, par un très beau temps sans nuage, nous nous retrouvons à la British Academy pour la conférence de presse tant attendue ! Il y a eu le matin à 06h10 un article paru sur le site du magazine “Le Point” disant en titre : Le Français (sic) Jean Vanier couronné par le prix Templeton. Mais cela n’a semble-t-il pas été repris dans le reste de ce monde complexe de la presse…
Peu avant 10h30 précises, Jean Vanier prend place sur l’estrade, entouré de Jennifer Templeton Simpson, de deux représentants du Haut-Commissariat du Canada et de l’ambassade de France, et d’un représentant de la Fondation qui annonce que Jean Vanier est la personne qui a été choisie pour recevoir le prix Templeton en 2015 ! Tous aplaudissent à tout rompre ! Il s’en suit les discours officiels : celui de Jean Vanier, dont nous avions reçu le texte à l’avance est dit sans note et chacun est – comme toujours –très touché par ses paroles ! Jennifer Templeton Simpson a un sourire qui n’est absolument pas artificiel et elle a l’air extrêmement ému d’avoir entendu Jean parler avec son cœur.
A 10h31, tous nos messages ont été envoyés et j’ai senti mon téléphone portable vibrer comme jamais dans les minutes qui ont suivi ! Twitter, Facebook, les emails se sont succédé sans interruption pendant toute l’heure qu’a duré la conférence de presse ! 
Jean a fait monter sur l'estrade les personne handicapées présentes
Nous nous sentons tous très fiers que Jean Vanier ait été ainsi honoré, nous sommes tous impressionnés par la manière qu’il a d’associer à cette récompense tous ceux qu’il a rencontrés et sont ses amis depuis plus de cinquante ans !

La prochaine étape sera la remise officielle du prix le 18 mai, encore à Londres ; il y aura plus d’invités et nous serons une vingtaine de Foi et Lumière qui se retrouveront ensemble avant la cérémonie pour parler du lancement de la communauté Foi et Lumière de Londres !

lundi 16 mars 2015

L'équipe de coordination internationale "al lavoro" !

Sur la Place Saint-Pierre
L’air et l’atmosphère de Rome, la ville éternelle, me font du bien ! Après le pèlerinage de la revue Ombres et Lumière en octobre, le congrès mondial des mouvements ecclésiaux et des communautés nouvelles en novembre, voici la réunion de l’équipe de coordination internationale en février !
Avec 10 vice-coordinateurs (il manquait malheureusement Ann et Kristina), le père Isaac, Corinne, les interprètes et Guénaël, maîtresse de maison, nous sommes 18 à nous retrouver à la Casa Tra Noi, à deux pas de la Place Saint Pierre. Arrivé fatigué par toutes les activités de ce début d’année et par un bon rhume, j’ai été immédiatement remis sur pied par l’accueil enthousiaste de chacun ! Nous avons passé trois jours pleins à travailler dans une ambiance exceptionnelle ! Tellement bien que nous avons souhaité nous retrouver une deuxième fois cette année ; quand nous avons réalisé la responsabilité qui est la nôtre, il nous est apparu très clairement qu’une deuxième réunion ne serait pas du luxe ! Si nous voulons bien accueillir les coordinateurs de province qui seront présents au conseil des coordinateurs en 2016, cela demande un peu de préparation. 
Nous avons eu le dernier jour la visite de Gérard Chaurand, notre trésorier international, qui nous a écoutés préparer notre budget 2015 ; puis il a pris la parole pour nous sensibiliser sur ces questions, et ce fut une très bonne séance de travail pour tous.
Mais nous n’avons pas fait que travailler… comme pour toute rencontre Foi et Lumière, nous avons partagé, célébré et prié ensemble.
Carlo et Paolo préparent une pâtisserie sicilienne !
Pendant notre réunion, il y avait, en parallèle, l’équipe italienne en charge de la préparation du pèlerinage des 40 ans de Fede e Luce qui a démarré au moment du pèlerinage de Rome en 1975 ; nous nous sommes rencontrés pendant les repas, mais nous avons aussi eu une bonne soirée en commun, tout à fait dans le style de Foi et Lumière : musique, chants, spécialités culinaires des quatre coins du monde et une prière pour terminer.

Nous avons eu une célébration du lavement des pieds pour nous rappeler que notre responsabilité est d’abord un service ; et comme l’Évangile du premier jour de notre réunion disait : Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive  (Lc9, 23), j’ai offert à chacun une croix : une croix légère, facile à porter et douce au toucher.
Le cadeau du Pape
Enfin, comme nous étions tout près du Vatican, nous sommes allés le dernier jour sur la Place Saint Pierre, où nous avons pu entendre le Saint Père François pour l’Angelus. Comme c’était le premier jour du Carême, nous avons même reçu un cadeau, un petit livret "Custodisci il Cuore" (protège ton cœur) : une aide spirituelle pour les choix quotidiens entre bien et mal, entre mondanité et Evangile, entre indifférence et partage.

Nous sommes tous repartis pleins d’énergie et d’enthousiasme pour poursuivre notre mission auprès des provinces, et heureux à la perspective de nous retrouver tous ensemble bientôt !




jeudi 5 mars 2015

La joie de Foi et Lumière au Moyen Orient

Amgad un véritable messager de la joie !
Amgad, vice-coordinateur international pour le Moyen Orient a voulu nous faire passer un message : nous nous faisons toujours beaucoup d'inquiétude pour toutes les communautés Foi et Lumière des pays comme l'Égypte, la Syrie, l'Iran, la Jordanie, le Soudan, le Koweït et nous avons raison de les porter dans notre prière, car ils en ont besoin !
Mais quand nous disons que les membres de nos communautés sont des messagers, des missionnaires de la joie, pensons-nous vraiment que dans tous ces pays, cela est possible ?
C'est justement ce que Amgad veut nous dire en nous proposant cette très belle méditation sur notre emblème. Il nous dit : "oui, Meb avait
raison !"



Notre emblème



La joie est une des caractéristiques essentielles de ce que nous vivons à Foi et Lumière au Moyen-Orient. Mais comment pouvons-nous vivre cette joie avec tout ce qui se passe dans notre région ?
De grosses vagues frappent notre petit bateau, et des vents forts poussent les nuages vers nous, mais malgré tout, le soleil brille sur les gens qui vivent l’amitié à l'intérieur du bateau.
Meb avait raison quand il a peint l’emblème de Foi et Lumière, il a choisi de montrer que notre joie se vit malgré les vagues, les problèmes et la peur.
Jésus monte à bord et amène avec lui la joie à l'intérieur du bateau, il fait disparaître la peur ; il n’y a plus de peur à l'intérieur du bateau de Foi et Lumière.
Il n’y a aucune crainte à avoir pour Foi et Lumière au Moyen-Orient, nous portons la joie en nous et nous voulons la transmettre à tous.